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Musique
Quelles étaient les relations de Ravel avec le Pays Basque ?
Quelles étaient les relations de Ravel avec le Pays Basque ?
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| Alexandre de La Cerda 817 mots

Quelles étaient les relations de Ravel avec le Pays Basque ?

Avec quelque humour, on a toujours prétendu que pour être basque, il fallait satisfaire à trois critères :

- être né au pays - Parler sa langue - Et avoir un oncle en Amérique.

Ne pouvant assurer que ce dernier critère était rempli, c'était peut-être le cas par sa branche maternelle, mais indiscutablement pour les deux premiers, il était né à Ciboure, le 7 mars 1875, dans cette belle maison d'armateur inspirée par l'architecture hollandaise, sur le quai qui porte à présent son nom. Ses parrains : Simon Goyenague et sa tante du côté maternel, Gracieuse Bilac, marchande de poisson, dont la déclaration à l'état civil nous apprend qu'elle ne savait pas écrire. C'est dire qu'on parlait le basque chez les Ravel, malgré l'origine helvétique du père, et plus tard, très exigeant concernant la bonne chère, il n'hésitait pas à entretenir des conversations en basque au Marché de Saint-Jean-de-Luz.

Il adorait la pelote basque, et arborait dans l'ensemble un caractère réservé, que, loin d'une quelconque sécheresse de cœur, il attribuait au caractère de sa race : « Vous le savez », disait-il à un de ses familiers, je suis basque - les Basques ressentent violemment, mais ne se livrent que peu, et à quelques-uns seulement » !

Toutes ces finesses et ces nuances échappaient souvent é ses auditeurs et ses admirateurs à l'étranger, parmi lesquels son origine était parfois objet de débat.

Ainsi, après un second concert à New York, plusieurs spectateurs vinrent le féliciter : « Naturellement, vous êtes juif, lui firent-ils ? – Non », répondit promptement Ravel. « Au point de vue religieux, je ne suis pas juif car je ne pratique aucune religion. Ni au point de vue race, car je suis basque » !

Ravel poussait même, presque par zèle du néophyte, à reprendre sa mère quand celle-ci utilisait en basque des mots qu'il estimait altérés voire francisés. A l'annonce de rognons pour le repas, que sa mère appela « Rognonak », Ravel rectifia en utilisant le mot juste et autochtone : c'est « glitzurrinak qu'il faut dire », précisa-t-il.

Nous avons également le témoignage de Gustave Samazeuilh :

- « les nombreux étés que nous avons passés ensemble en ce Pays Basque... Nous voisinions quotidiennement, soit dans les logis qu'il habita successivement à Ciboure ou dans la grande rue de Saint-Jean-de-Luz, soit sur ce coteau de Bordagain, où les miens et moi-même avions fixé nos pénates. Ravel aimait le vaste horizon de mer et de montagne qu'on y découvre. Il goûtait la douceur de l'air, la lumière affectueuse et vive. Que de fois sommes-nous montés en haut de la tour de l'ancienne abbaye de Bordagain pour voir se coucher le soleil ou monter la lune au zénith, quitte à prolonger ensuite notre soirée en la maison voisine aux volets rouges, dont l'isolement nous permettait de musiquer ou de deviser jusqu'à des heures fort avancées ? En descendant vers Saint-Jean-de-Luz le matin, je passais devant la maison de Ravel. Un siffle de ralliement bien connu de ses amis d'alors : le thème initial de la Seconde Symphonie de Borodine... Ravel se mettait à sa fenêtre, souvent  en pittoresque costume de bain. D'autres fois, j'entendais son piano, je grimpais ses étages, et j'avais souvent de précieuses surprises. Une autre fois - beaucoup plus tard - je goûtais le savoureux spectacle de voir Ravel en peignoir jaune et en bonnet rouge écarlate, me jouant d'un doigt, avant d'aller prendre notre bain matinal, le thème du Boléro, et me disant : "Mme Rubinstein me demande un ballet. Ne trouvez-vous pas que ce thème a de l'insistance ? Je m'en vais essayer de le redire un bon nombre de fois sans aucun développement en graduant de mon mieux mon orchestre." On sait avec quelle étourdissante virtuosité il sut réussir cette gageure.

D'autres jours, nous allions faire de longues promenades pédestres ou des randonnées automobiles en Béarn, sur la côte espagnole jusqu'à Santander, en Navarre, en Soule. Je me souviens, en particulier, de celle qui nous amena, par l'admirable route du col de Lesaca, de Pampelune à Estella, et retour par Roncevaux, Saint-Jean-Pied-de-Port et Mauléon. Ravel en avait rapporté le plan d'une œuvre basque pour piano et orchestre, « Saspiak bat », dont il m'a souvent parlé, et que seule la difficulté qu'il éprouva à trouver l'idée pour la pièce expressive du milieu, à laquelle il tenait particulièrement, lui fit abandonner. J'ai toujours pensé que les éléments des pièces vives, notamment de la première et la dernière : une fête sur la place de Mauléon, avaient été utilisées dans les pièces correspondantes du Premier Concerto de piano… »

La semaine prochaine, nous évoquerons les relations de Ravel avec les musiciens et compositeurs des provinces basques du Sud, qu’il rencontrait souvent lors de ses séjours luziens, en particulier le Père Donostia qui fut un remarquable musicologue et sauva de l’oubli plus d’une chanson et d’un air basque.

Alexandre de La Cerda

 

 

Parmi les pilotaris à Ciboure : Maurice Ravel aimait beaucoup la pelote basqueS

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