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Cinéma
Belfast (98’) - Film britannique de Kenneth Branagh
Belfast (98’) - Film britannique de Kenneth Branagh

| Jean-Louis Requena 862 mots

Belfast (98’) - Film britannique de Kenneth Branagh

zCiné1 Le réalisateur Kenneth Branagh, les acteurs Ciaran Hinds, Caitriona Balfe, Jude Hill et Jamie Dornan à l’Academy Museum of Motion Pictures Los Angeles.jpg
Le réalisateur Kenneth Branagh, les acteurs Ciaran Hinds, Caitriona Balfe, Jude Hill et Jamie Dornan à l’Academy Museum of Motion Pictures Los Angeles ©
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Ma (Caitriona Balfe), Pa (Jamie Dornan), Buddy (Jude Hil) et Will (Lewis McAskie) ©
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Belfast (Irlande du nord), été 1969. Les astronautes américains se posent sur la lune. Buddy (Jude Hill), un garçon blond de 9 ans, joue avec ses camarades dans une rue ensoleillée d’un quartier ouvrier de Belfast. Dans cette rue animée, où tous les voisins se connaissent, les protestants cohabitent, sans animosité, avec les catholiques. Buddy, protestant, vit dans une maisonnette avec sa Ma (Caitriona Balfe), sa mère, et Will (Lewis McAskie), son grand frère. Le père, Pa (Jamie Dornan), menuisier en Angleterre où le travail ne manque pas, ne vient à Belfast que quelques weekend-ends. La petite famille a du mal à joindre les deux bouts : Pa, un rien dépensier, cache des dettes de jeu à sa famille. Dans l’exiguë logement, Buddy voit tout, entend tout. C’est un voyeur à l’ouïe fine ! Malgré des disputes, le couple est cependant soudé dans l’adversité. Pa rêve de quitter le sombre quartier de Belfast pour des destinations plus souriantes. Ma résiste : elle tient à rester dans la ville où elle est née.

A ce cocon d’affection, de tendresse, viennent s’ajouter les grands-parents paternels de Pa : Granny (Judie Dench) taiseuse qui houspille de temps à autre son mari Pop (Ciaran Hinds), un ouvrier à la retraite, aux reparties cinglantes, qui initie son petit-fils Buddy aux problèmes de la vie. Des militants protestants attaquent le quartier jusqu'alors paisible pour y chasser les catholiques … Un climat violent, hostile, s’installe … Buddy tombe amoureux de sa voisine de classe, Catherine, une jolie blonde … catholique !

Buddy regarde en douce la télévision ou passent de vieux westerns en noir et blanc : Le train sifflera trois fois (1952) de Fred Zinnemann (1907/1997), L’homme qui tua Liberty Valance (1962) de John Ford (1894/1973) dont les héros irréprochables Gary Cooper (1901/1961), John Wayne (1907/1979), nourrissent son imaginaire chevaleresque. Il aime aussi le cinéma où ses parents l’entrainent pour voir sur grand écran un musical britannique en couleur Chitty Chitty Bang Bang (1968) de Ken Hugues qui l’enchante.

Buddy, enfant malicieux, observe un monde déroutant, compliqué, qu’il appréhende intuitivement sans en analyser la complexité : ce n’est pas de son âge … Heureusement, sa famille le protège par une chaleur humaine qui ne faiblit pas malgré les évènements.

A Belfast, les manifestations violentes perdurent …

Kenneth Branagh (61 ans) est né à Belfast en 1960, avant d’émigrer, à 9 ans, en Angleterre, avec sa famille à Reading dans le Berkshire (ouest de Londres). Il poursuivra ses études à la Royal Academy of Dramatic Art de Londres avant de devenir, à 23 ans, comédien de la prestigieuse Royal Shakespeare Compagny ou l’on le surnommera : « le nouveau Laurence Olivier ». Les débuts de sa carrière théâtrale, comme de sa carrière cinématographique, sont étincelants. A 29 ans, il réalise son premier long métrage, Henri V (1989), une adaptation cinématographique flamboyante de la pièce homonyme du Barde. Laurence Olivier (1907/1989) avait en pleine Seconde Guerre Mondiale, à la demande du Premier Ministre, Winston Churchill (1874/1965), réalisé, en Irlande pour les extérieurs, un Henri V (1944) d’enluminures inspirés des Riches Heures du Duc de Berry (XV ème siècle) dans un technicolor éclatant ! Après le succès international de son premier opus, Kenneth Branagh s’installe aux États-Unis ou il met en scène, en alternance avec le Royaume Uni, une vingtaine de films de factures diverses : des adaptations shakespeariennes, Beaucoup de bruit pour rien (1993), un évitable Hamlet (1996), Comme il vous plaira (2006) ; des « blockbusters » dans la tradition hollywoodienne : Thor (2011), Cendrillon (2015), Le Crime de l’Orient-Express (2017) et Mort sur le Nil (2022) tous deux adaptés des romans d’Agatha Christie (1890/1976).

Dans cette filmographie fournie (21 films en 32 ans), Belfast est une œuvre à part : c’est un récit de souvenirs revisités par sa mémoire cinéphilique et son « roman familial » idéalisé. Tout est faux (beauté des images noir et blanc, qualité des dialogues, virtuosité de la mise en scène, etc.) mais sonne juste par cohérence narrative qui nous enveloppe. Le virtuel s’immisce dans le réel, mais peu importe puisqu’au final seul compte pour les spectateurs un chapelet d’émotions.

Sir Kenneth Branagh (Chevalier de l’ordre de l’Empire Britannique depuis 2012) cinéphile averti a probablement était conquis par deux films emblématiques, parmi maints autres, relatant des souvenirs d’enfance portés sur grand écran : Hope and Glory (1987) de l’anglais John Boorman sur ses souvenirs d’enfant durant le « Blitz » (attaque de l’armée allemande contre l’Angleterre à partir de juin 1940) ; Roma (2018) du mexicain Alfonson Cuaron sur son enfance à Mexico dans le quartier chic de Roma. Le premier est en couleur, le second dans un noir et blanc diamantin que Kenneth Branagh reprend à son compte.

Kenneth Branagh reconstitue sans mièvrerie son quartier de Belfast où la caméra toujours mobile, au plus près des personnages, s’évade parfois en quelques plans verticaux (à l’aide d’un drone), nous éblouissant par l’enchantement d’un noir et blanc somptueux (chef opérateur : Haris Zambarloukos) sur des musiques du chanteur Van Morrison, lui aussi natif de Belfast !

Belfast, produit cinématographique calibré mais intéressant, a obtenu, comme il fallait s’y attendre, pas moins de sept nominations aux Oscars 2022 (fin mars) dont les plus importantes pour le film et son réalisateur : Meilleur film, Meilleure réalisation, Meilleur scénario original … de Kenneth Branagh.

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