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Tourisme
Louis d'Arcangues : un voyage en Biélorussie
Louis d'Arcangues : un voyage en Biélorussie

| Louis d’Arcangues

Louis d'Arcangues : un voyage en Biélorussie

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l'église catholique Saint-Siméon et Sainte-Hélène ©
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Allié indéfectible de Moscou, territoire aux décors quelque peu brutalistes et bien sûr dictature comme l’on n'en fait plus au XXIème siècle, le Belarus est un pays dont on ne parle que peu. C’est la nation qui a le plus souffert de la Seconde Guerre Mondiale, en effet cette ancienne république soviétique (dont elle est une des trois fondatrices, avec la Russie et l’Ukraine) a perdu 25% de sa population. Par ailleurs, 98% du patrimoine et des monuments historiques du pays ont été détruits lors des bombardements.

Une dictature pour certains, un pays stable pour d'autres

Dirigé d’une main soviétique par l’indéboulonnable Alexandre Loukachenko depuis 1994, ce pays cultive une nostalgie inaliénable du passé communiste. Lors de son investiture, le « Batka » - « le père », en biélorusse - remplaça le drapeau de la république fraîchement indépendante par l’ancien étendard soviétique, le marteau et la faucille en moins… Véritable enfant du soviétisme, le jeune Loukachenko travailla comme garde-frontière puis en tant que président d’un sovkhoze. En s’imposant comme le garant d’une stabilité post-communiste qui limita les effets pervers de la transition brutale au capitalisme, le nouvel homme fort acquiert une popularité notable, notamment auprès des plus nostalgiques de l’URSS.

L’économie de ce pays repose sur une présence de l’état dans la majorité des entreprises. Ayant fait le pari de cette « troisième voie » ni capitaliste, ni communiste, le régime de Loukachenko a permis de limiter grandement les inégalités et l’accaparement des richesses par des oligarques.

Un musée à ciel ouvert du marxisme

Lors de mon arrivée à l’aéroport de Minsk, mon passeport est bien examiné à la loupe, les fonctionnaires aux uniformes kaki et au képi d’époque kroutchevienne sont surpris de voir un occidental et me posent quelques questions sur les motifs de ma visite. Une fois arrivé à Minsk, je suis impressionné par la propreté qui règne dans les larges boulevards de la capitale, la main du « Batka » se fait bien ressentir.

Minsk est un véritable eldorado pour les amateurs de brutalisme, l’ancienne ville ayant été totalement rasée par la guerre, des constructions angulaires et uniformes font de cette capitale un véritable musée à ciel ouvert de l’URSS. La grande majorité des monuments sont des hommages aux nombreux soldats de l’armée rouge morts pour la mère patrie.

L’équivalent des Champs Élysées de Minsk est la place de l’Indépendance qui abrite l’imposant parlement sous l’œil bienveillant du camarade Lénine. Cette bâtisse est un véritable archétype de la rigueur architecturale soviétique.

Le rouble biélorusse étant très dévalué, les occidentaux bénéficient d’un pouvoir d’achat considérable, ce qui m’a permis d’acheter un grand nombre de bouteilles de vodka, très réputées pour leur qualité artisanale.

Les avantages d’un tel autoritarisme d’Etat sont une sécurité se faisant de plus en plus rare en Europe. En effet les policiers, miliciens et militaires sont nombreux dans les rues. Autre fait unique : le Belarus est le seul pays au monde à avoir maintenu en place le KGB, là ou en Russie les célèbres services secrets sont devenus le FSB, ce qui n’encourage franchement pas à commettre la plus légère des incivilités.

Une identité longtemps estompée

 Ayant été longtemps incorporé à son grand frère oriental, le Belarus n’a jamais vraiment connu d’indépendance avant 1991. De ce fait, l’identité et la culture biélorusses ont souvent été mis de côté. Loukachenko considérait la langue biélorusse comme un sous-dialecte de campagne que ne parlent que les paysans. Prônant pendant des années l’usage du russe au détriment de la langue originale, le président a depuis peu retourné sa veste en voulant faire renouer les Biélorusses avec leur culture. Les projets de la Russie d’intégrer Minsk à sa Fédération font peur au « Batka », poussant celui-ci à affirmer la souveraineté de son pays.

Le Belarus, de par son histoire tragique, de par sa situation géopolitique complexe et de par son image de pays méconnu ne jouit sans doute pas de l’attractivité des Bahamas. Néanmoins, cette nation à bien des choses à montrer aux amateurs de tourisme alternatif, d’anachronisme et d’originalité. Les Biélorusses, peu habitués à rencontrer des étrangers, sont avenants, hospitaliers et seront contents de vous montrer leur patrie, mais surtout de vous poser des questions sur votre mode de vie dont ils aspirent un jour se rapprocher d’avantage…

Légendes  :
1. L'église de Tous-les-Saints de Minsk en hommage aux anciens combattants, dont la première pierre avait été posée en 1991 par le patriarche Alexis II de Moscou.
2 l'église catholique Saint-Siméon et Sainte-Hélène

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Singier-Kurzawa | 17/07/2020 09:09

Très intéressant merci infiniment

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