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Critique
Un public enthousiaste ovationne le succès du nouvel orchestre biarrot
Un public enthousiaste ovationne le succès du nouvel orchestre biarrot
© DR

| Alexandre de La Cerda

Un public enthousiaste ovationne le succès du nouvel orchestre biarrot

Frédéric Lodéon l’avait affirmé d’emblée samedi à la Gare du Midi : l’Ensemble Orchestral de Biarritz créé par Yves Bouillier constitue une « exception culturelle » et un rare bonheur.

Dès les premières mesures du concert, on était séduit par la conduite souple autant qu’énergique de l’orchestre par le jeune dirigeant, l’élégante gestuelle de sa svelte figure, auxquelles répondait le doigté délicat de la harpiste, Muriel Dupin (professeur à l’école de musique de Tarnos, où enseigne également, en plus du conservatoire de Bayonne, notre violoncelliste – chef d’orchestre). Cette « Valse des Fleurs » de Tchaïkovsky nous projetait ainsi, dès le début du concert, dans une ambiance de conte de Noël que prolongeaient les remarquables commentaires de présentation de Frédéric Lodéon, d’une érudition pigmentée de savoureuses anecdotes : à propos d’artistes russes, il était question du théâtre Bolchoï et de Chaliapine qui répondait à une invitation de se placer au centre de la scène : « Là où je suis, c’est le centre » ! De Tchaïkovsky à Beethoven, il n’y avait qu’une partition, d’autant plus que Frédéric Lodéon ne manquait pas de rappeler cette réplique impertinente de l’auteur de la Septième Symphonie dont l’Ensemble Orchestral interprétait le célébrissime allegretto : répondant à un prince allemand qui pensait le remettre à sa place pour avoir bousculé quelque altesse lors d’une présentation, le compositeur rétorquait : « Des princes, il y en a plein, mais il n’y a qu’un Beethoven » !

C’est, précisément, dans cette majestueuse envolée beethovénienne de la Septième que l’orchestre, dans un ensemble parfait, donnait toute sa puissance par contraste avec le caractère « gracieux » de la valse de Tchaïkovsky.

Venait ensuite la 1ère Suite de « Carmen », œuvre qui avait « suscité tant de critiques horribles, alors que c’est l’opéra le plus joué actuellement, mais Bizet n’en vit pas le succès », comme le soulignait Frédéric Lodéon qui relata encore ce souvenir personnel avec Christa Ludwig : la grande cantatrice allemande n’avait-elle pas assimilé le « manzanilla » que Carmen voulait « boire en dansant la séguedille près des remparts de Séville » à de la camomille (le mot ayant un double sens en castillan) alors que Lodéon lui préférait certes l’appellation du vin de Jerez, plus apte à imprimer du mordant à l’héroïne de Bizet…

C’est dans cette célèbre partition - pour le plus grand bonheur d’une Gare du Midi remplie à ras-bord et dont le public redoublait d’applaudissements - que notre nouvel orchestre biarrot fit merveilleusement résonner toutes les sonorités instrumentales qui le composent, sans aucunement nuire à la qualité d’ensemble ; où le talent, le professionnalisme et l’enthousiasme des musiciens étaient aussi « éclatants » que cet air du « Toréador » !

Le chœur Oldarra poursuivait la première partie du concert avec l’hymne religieux russe « Tebe poem » de Bortniansky, « senti, modulé, profond » selon la juste appréciation de Frédéric Lodéon, suivi – sans transition – d’un chant de Mokoroa dédié aux « sorgiñak » (les sorcières de la mythologie basque), puis des airs des « Gitans » et des « Courtisans » extraits respectivement des opéras « Le Trouvère » et « Rigoletto » de Verdi avec l’accompagnement de l’orchestre, toujours dans un ensemble parfait.

Après l’entracte, un concerto de Ferdinand David – violoniste et compositeur ami de Mendelssohn – permettait d’apprécier la virtuosité du jeune bayonnais Vianney Desplantes en découvrant son « euphonium », sorte de « petit » tuba maniable et mélodieux dont il jouait ensuite en solo un air de Piazzolla, et qu’il maniait avec autant d’aisance que l’alboka, l’instrument à vent basque qui lui est tout aussi familier.

La « Marche hongroise » de Berlioz et le final de la « Symphonie du Nouveau Monde » de Dvorak (ainsi que la cinquième danse hongroise de Brahms en bis) concluaient de belle manière - quasi triomphale - cette première prestation de l’Ensemble Orchestral de Biarritz avec toute la force, l’élan et les couleurs imprimées par les jeunes interprètes, depuis la fille d’Yves Bouillier, Capucine - douze ans et un trombone -, la fougue des percussionnistes, mêlés à des musiciens confirmés ou vétérans, le plus âgé étant Michel Lepoivre, ancien médecin d’Urt et violoniste, 83 ans, en passant par la conservatrice du Musée Bonnat, violoncelliste… Selon une volonté d’« intergénérationnalité » chère au créateur de l’orchestre. Yves Bouillier sait susciter la passion des jeunes pour la musique et le public enthousiaste – maire et élus de Biarritz en tête - ne s’y est pas trompé !

Prochain concert de l’Ensemble Orchestral de Biarritz : « Autour de Mozart », samedi 28 janvier à l’Eglise des Forges à Tarnos.

Alexandre de La Cerda       

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