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Portrait
Olivier Ribeton, rénovateur et conservateur en chef du Musée Basque tourne une page de son histoire
Olivier Ribeton, rénovateur et conservateur en chef du Musée Basque tourne une page de son histoire

| Anne de Miller-La Cerda

Olivier Ribeton, rénovateur et conservateur en chef du Musée Basque tourne une page de son histoire

Bayonnais « cap et tout », homme de tradition et de culture alliant le goût de l’ancien à la modernité, chevalier des Arts & Lettres et de l’Ordre du Mérite, Olivier Ribeton prend sa retraite du Musée Basque - sans le quitter tout-à-fait - après l’avoir rénové pour sa réouverture en 1998, avant de le diriger jusqu’à maintenant.

Le regard vif à l’allure stricte, l’ancien conservateur a entrouvert les portes de son jardin privé à Bassussary. Dans son intérieur règne un désordre maîtrisé où s’entrechoquent livres, bustes Empire, tableaux contemporains et anciens, fauteuils Louis XVI… Au plafond du salon, un lustre des années 80 du designer Iñigo Mauretz inspiré des mobiles de Calder, composé d’une multitude de citations, diffuse poétiquement une lumière contemporaine. Sur un guéridon, des médaillons dévoilent les visages de la famille. Huguette Franc, originaire d’une famille de négociants bordelais, avait épousé Etienne Ribeton, avocat à la Cour d’Appel de Bayonne, puis à Bordeaux, et conseiller municipal de Bayonne sous le mandat de Maurice Delay. De cette union naquirent à Bayonne Olivier en 1952 et, dix ans plus tard, sa sœur Piluca.

Une généalogie bayonnaise

De son grand-père Marcel Ribeton, juriste et maire de Bayonne (de 1941 à 1944), Olivier a hérité  le goût de l’histoire, se passionnant pour la stratégie des guerres napoléoniennes. Pendant les deux guerres mondiales, son aïeul, ancien officier de réserve, avait reçu deux croix de guerre, la première en 1918 et la seconde en 1940.
Au fil de l’histoire, en observant ainsi ses ancêtres, Olivier Ribeton étudia l’art du portrait et des peintures qui fixent entre ombre et lumière la vie des gens. Une passion qu’il approfondit en devenant titulaire d’une maîtrise d’histoire de l’Art et d’Archéologie et d’un brevet d’aptitude à la conservation des Musées classés.
« Après cinq ans d'études juridiques et trois mois de stage dans un cabinet d'avocats à Paris pour faire plaisir à mon père, enfin je bifurquais vers les musées en 1978. Ma première exposition au musée Carnavalet traitait des Folies du XVIIIe siècle à Paris où je découvrais la "Folie Gramont" de la rue de Clichy, prémices de bien des études consacrées aux ducs de Gramont... »

En 1988, après ce stage au musée Carnavalet et un poste de chargé de mission à la Fondation Mitsukoshi (Paris-Tokyo), Olivier Ribeton fut nommé à la tête du Musée Basque et de l'histoire de Bayonne. C’est à cette époque qu’il devint dépositaire de la collection des Ducs de Gramont, cette famille qui partagea si longtemps la destinée de sa ville natale, classée au patrimoine d’Art et d’Histoire en 2011. Archiviste, historien, il rédigea « Le duc de Gramont et la chute du Second Empire ». Dans un autre registre, Olivier Ribeton écrit actuellement un ouvrage sur Marie-Anne de Neubourg, cette reine d’Espagne de la dynastie des Habsbourg, exilée à Bayonne.

Le Musée Basque sauvé des eaux !

 Quand il reprit le Musée Basque, l’édifice « prenait l'eau » : la Nive s'infiltrait dans les murs et les termites rongeaient les charpentes. « Nous avons failli perdre la maison Dagourette », raconte Olivier Ribeton. L'ancien maire Henri Grenet voulait transférer les collections au Château-Neuf. Entre temps, au début des années 90, la bâtisse du XVIIème siècle avait été classée monument historique. Dès lors, la municipalité a reçu des aides ». Après douze ans de travaux  pharaoniques, l’ancienne demeure fut métamorphosée et les toiles endommagées, restaurées sous la direction de l’architecte des Bâtiments de France, Bernard Voinchet pour la partie ancienne et Bernard Althabegoity pour la partie moderne.

La présentation des collections fut alors entièrement renouvelée. Les sept provinces basques, réparties de part et d'autre de la Bidassoa, les sculptures du groupe contemporain Gaur - de Nestor Basterretxea ou de Jorge Oteiza – sont à présent mises en lumière et intégrées parmi les traditionnels objets symboliques de la culture basque, la bibliothèque de 30 000 livres et près de 50 000 gravures et tableaux. 

Depuis sa réouverture en 1998, à l’occasion de l’expositon « Pilota Gogoan », le Musée Basque recueille régulièrement d’importantes donations : en 2012, le legs du maître-verrier Charles Carrère.  Deux ans plus tard, le Musée reçoit une partie des cartons du célèbre maître-verrier Jean Lesquibe avec lequel Charles Carrère avait travaillé.

Commissaire d’expositions, archiviste, historien d’art et historien, Olivier Ribeton faisait ainsi revivre ces dons en organisant des expositions, à l’image de celle consacrée de Ramiro Arrue, encore peu connu à l’époque, qui lui donna l’occasion de publier en 1991 une étude illustrée de 328 pages chez J & D éditions. Cinq ans plus tard, il édita un remarquable ouvrage sur le photographe Jacques Henri Lartigue et le Pays Basque de 1904 à 1958.

Parmi ses autres expositions phares, Olivier Ribeton organisa en 2014  « l’ombre de l’Empereur, la guerre oubliée, Bayonne 1814 ». Cinquante anglais s’étaient rendus à l’exposition afin de rappeler la bataille de Bayonne avec les troupes de Wellington  ! Cette rétrospective fut suivie de l’exposition sur « la Grande Guerre, Bayonne et le Pays Basque » qui commémorait la guerre de 14-18 et ses conséquences douloureuses !

Ce thème  sera développé lors de la présentation en 2018 de l’œuvre  du talentueux peintre dessinateur caricaturiste régionaliste Pablo Tillac. Sans oublier l’exceptionnelle et prestigieuse exposition « 1660, Traité des Pyrénées, politique et famille, l'esprit de Velázquez » rassemblant les plus grands peintres du temps au Musée Basque et attirant un nombre record de visiteurs au musée, ainsi que celle qui suivit : « Un air de Famille, les portraits d’enfants Gramont ».

Aujourd’hui président de l’Association des Amis de la Collection Gramont avec Laure de Gramont, Olivier Ribeton s’attelle à la mise en place d’un site 3 D sur les Gramont. Seul grand regret, l’ancien conservateur aurait tant souhaité que la collection Gramont revienne à Bayonne comme l’avait promis son maire, Me Etchegaray.

A ce sujet pendant son discours évoquant « le départ » d’Olivier Ribeton, le maire réélu a cependant insisté sur le retour de la collection Gramont dans un local spécialement aménagé à cet effet au château Neuf afin de pouvoir ensuite la montrer partiellement et alternativement au musée basque et au musée Bonnat quand il ouvrira. Espérons, cependant les politiques d’aujourd’hui parlent beaucoup … !
A cette occasion, le maire a rappelé qu’Olivier Ribeton a toujours été désireux de transmettre ses connaissances. En septembre, l’ancien conservateur recevra la médaille d’or de la ville de Bayonne.

 Visuel : De g. à d. : la nouvelle conservatrice en chef du Musée Basque Sabine Caznave, le maire de Bayonne Me Etchegaray, l'ancien conservateur en chef du musée, Olivier Ribeton, et le président du syndicat gestionnaire du musée, Yves Ugalde

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