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Tradition
L'espoir de guérison
L'espoir de guérison

| François-Xavier Esponde

L'espoir de guérison

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Decius Mus consulte l'haruspice par Rubens ©Musée Oskar Reinhart ©
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1 - Les devins du passé

L’époque que nous vivons est particulièrement anxiogène et réveille dans le profond de notre subjectivité un attrait irrépressible de l’art divinatoire et de la prédiction de l’avenir embué dans le présent.

Les Etrusques dominés par les Romains apportèrent à leurs envahisseurs “la discipline étrusque, comprenez l’art divinatoire des prêtres de ces terres orientales particulièrement prisée par les Empereurs de Rome qui deviendront des adeptes au quotidien des oracles, des haruspices, des augures issus de cette religion polythéiste.

Satisfaire à Jupiter, la divinité souveraine de l’Empire ne laissait place à l’improvisation, s’agissant de partir pour la guerre, d’ériger un temple dans la cité, de désigner un homme aux responsabilités suprêmes à la faveur des divinités, consultées au préalable.

Ni les haruspices ni les augures n’avaient pouvoir de prédire l’avenir à la différence des prêtres de Sybille, mais leur fonction d’observation de la nature, du ciel et des oiseaux demeurait irremplaçable pour rendre “fas” ou autorisé des décisions au bénéfice de l’Empire ou “infas”, interdire leur prise de pouvoir.

Ce royaume en guerre perpétuelle attisait l’angoisse des soldats et des populations de la soldatesque en permanente mission militaire pour gouverner l’Empire dans ses régions parfois reculées de la capitale.

Lors de sa prestation, l’haruspice tenait un bâton sans noeud tourné vers le ciel et vers la terre, disent les auteurs latins, “le lituus” et dessinait “le templum”, l’espace sacré de sa mission pour plaire à Jupiter et à ses divinités dans l’exercice.  Tous ces dieux ne semblaient bien disposés ou pire malveillants à leurs heures pour contrer l’exercice divinatoire.

Tout cela pourrait nous sembler factice, futile ou dépassé de nos jours.

Les anciens ne plaisantaient avec l’usage et observaient de telles pratiques avec un intérêt supérieur, s’agissant de prendre des décisions premières au seul bénéfice des dieux du panthéon romain.

Parmi ces exercices l’observation du vol des oiseaux, dans ce périmètre sacré désigné par les haruspices, faisait l’objet d’une circonspecte observance des prêtres désignés et des Empereurs requérant leur savoir.

Les auspices choisis pour cette fonction sont des sujets respectés, adulés et parfois craints pour leur force magique.

On serait tenté de sourire à l’exercice, mais il n’en était rien en ces temps où la nature dictait ses règles, et la croyance au pouvoir des oiseaux faisait l’objet de croyance de ces hommes habités de la crainte constante du courroux des dieux et des punitions infligées par ces forces maléfiques sur leur destin.

Ces oiseaux n’étaient pas pris au hasard: on compte les pies, les corbeaux et les corneilles, animaux sacrés sous le ciel romain dont il fallait observer les comportements et décider selon leur conduite pour les affaires du royaume.

Les poulets sacrés disposaient de faveurs exceptionnelles, on les gavait généreusement, en ce lieu dit du Capitole où les espèces croissaient et alimentaient les repas festifs et les sacrifices voués aux dieux de la cité.

Les haruspices vidaient les entrailles de ces volailles, analysaient les viscères,  étudiaient le foie, la rate, et l’estomac, les poumons, le coeur, les reins, car quelque défaut dans ce sujet du sacrifice, vouait la bête au feu ou la rendait incomestible aux divinités et aux hommes, lors de banquets arrosés à la gloire des empereurs et de leurs propres sujets.

L’empereur Claude fasciné par ce collège des haruspices, apprit la langue des étrusques de leur initiation religieuse et dit-on, fit connaitre “la discipline étrusque” à ses sujets comme école religieuse d’Etat romain, observants de l’art divinatoire de ces prêtres au service du sacré. 

2 – Les devins-guérisseurs de la modernité.

Ne sourions pas. Les horoscopes, le zodiaque et les cartes nourrissent encore les pratiques contemporaines de l’art divinatoire.

Par ces temps ombrageux que nous traversons malgré nous, la consultation de ces promesses du futur se lisent dans des prospectus et des officines sous le couvert de la philosophie zen, des pratiques initiatiques polymorphes, de gymnastique de soutien, de guérisseurs  invitant au voyage intérieur de sujets en mal de vivre.

“Sorginak disait-on en Pays Basque, emakume sendatzaileak, ou daunatuak” pour les rebouteux qui distribuaient parfois leur pharmacopée de plantes aromatiques ou sauvages cueillies dans nos lisières des bois. Ces tisanes qui vous veulent du bien et soulageaient les douleurs musculaires des souffrants.

La famille Aguerre, de souche béarnaise, n’a cessé d’exercer ce métier entre Juxue, Mauléon auprès de populations locales en demande.

Des hommes doués de pouvoir de guérison, kinésithérapeutes ou ostéopathes privés, exerçaient cette faculté de soulager des douleurs rhumatismales dans leur environnement personnel. Parfois sur des animaux de ferme, et les humains, relevant au demeurant que les affections existant entre bipèdes et quadrupèdes pouvaient se recommander chez l’animal et chez l’homme de recettes de guérison similaires.

Les gens du pays recommandaient leur consultation.

A Hasparren, une femme âgée accueillait ces visiteurs tôt le matin, tard le soir, à l’abri des regards de voisinage. Car de réputation acquise, la dite dame soulageait les douleurs et recommandait sans se départir de ces plantes placées dans des bocaux de verre, une prière de guérison à ses favorites de la foi, Rita et la Vierge mère des Douleurs parmi bien d’autres saintes protectrices implorées pour obtenir la guérison.

La propagation pandémique actuelle répète à nouveau ces requêtes de la part de tous ceux qui voulant se protéger du virus réitèrent auprès de tous les saints du ciel et de la terre, leur pouvoir de protection de la maladie.

Ne sourions pas à l’envie.

La douleur contractée, physique et psychologique réveille chez tout un chacun des réflexes de défense “immunisants” auxquels les solutions médicales, paramédicales, spirituelles tentent de répondre sans exclusive.

Du rebouteux, de la pharmacopée, du vaccin, et des solutions plurielles conjuguées ensemble, chacun cherche réponse à son inquiétude du moment.

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