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Critique
La critique cinéma de Jean-Louis Requena © DR

| Jean-Louis Requena

La critique cinéma de Jean-Louis Requena

Dogman - Film italien de Matteo Garrone – 102’

Dans une petite station balnéaire de Campanie, Marcello (Marcello Fonte) est toiletteur pour chiens. Il exerce son métier dans un petit atelier à l’enseigne « Dogman », au pied d’un immeuble déjà rongé par les embruns de la Méditerranée, à la fois proche et lointaine. Ce quartier autrefois estival aux longs immeubles mornes, est devenu triste, lugubre. Marcello, avec son physique de gringalet, y promène les chiens que l’on lui confie et les garde dans son arrière-boutique. Il aime ces canidés qu’il cajole, comme il aime sa fille Sofia (Alida Baldari Calabria), 10 ans, qui lui rend visite de temps à autre. Marcello est divorcé et en souffre.

Un ami d’enfance, Simoncino (Edoardo Pesce), sorte de colosse, ancien boxeur, tout juste sorti de prison, s’est lié d’amitié avec lui. C’est un drogué récidiviste à qui Marcello fournit de la cocaïne: étrange couple à la Laurel et Hardy. Un colosse bavard, violent, et un gringalet mutique, peureux. L’un ordonne, commande ne supporte aucune astreinte, l’autre résiste mollement, tergiverse puis obéit. Ils finissent cahin-caha par monter un casse minable.

C’est le point d’inflexion de l’histoire : le couple dominant/dominé va-t-il perdurer après ce croquignolesque épisode ? Marcello tient par-dessus tout à sa bonne renommée de voisin commerçant sans problème.

Dans son neuvième film aux cadrages froids, précis, Matteo Garrone décrit un univers impitoyable, glauque, sans horizon (au bord de la mer !) dans un site architectural déglingué, délaissé comme échoué sur le sable. La photo sombre aux tonalités froides avec de nombreuses scènes de nuit, de lever ou coucher de soleil, accentue la tristesse couplée à la rudesse des lieux. Rien de gai ni de souriant : les personnages nous apparaissent comme englués dans leur environnement. Ils demeurent prisonniers de l’inexorable mécanisme de la violence. Il y a comme une fatalité du mal.

Le cinéma italien de la grande époque (1950/1980) nous avait décrit avec force émotion des couples aussi tragiques, destructeurs (par exemple, Gelsomina/Zampano dans la « Strada » de Federico Fellini - 1954) que celui de Marcello/Simoncino : l’accointance circonstanciée du fort et du faible, de l’ignoble et du laid. Le couple dissonant est un excellent « moteur » pour un scénario et celui-ci fonctionne à merveille.

C’est une belle réussite cinématographique que nous propose son metteur en scène Matteo Garrone avec un acteur prodigieux, Marcello Fonte, qui a obtenu le Prix d’Interprétation au dernier Festival de Cannes.

 

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