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Livre
Jean-Pierre Alaux, de l’estuaire de la Gironde à l’Adour en passant par le Lot
Jean-Pierre Alaux, de l’estuaire de la Gironde à l’Adour en passant par le Lot
© DR - Le romancier et nouvel élu dans son « fief » d’Albas

| Alexandre de La Cerda

Jean-Pierre Alaux, de l’estuaire de la Gironde à l’Adour en passant par le Lot

Après la belle réussite de son dernier roman « Meurtres au Pays Basque - Quand le diable dansait à Ilbarritz » (qui lui avait valu l’année dernière le Prix des Trois Couronnes décerné au château d’Arcangues, et récemment, un prix littéraire à Saint-Estèphe), Jean-Pierre Alaux vient de faire rééditer « Avis de tempête sur Cordouan » qui réjouira les amateurs des aventures de Séraphin Cantarel, conservateur du patrimoine mué en détective qui avait fait ses premières armes au musée Bonnat à Bayonne !
Mais un succès ne venant jamais seul, le Lot « compte désormais un maire écrivain » car notre journaliste-romancier vient d’être brillamment élu, dès le premier tour des municipales, à Albas avec l’ensemble de sa liste : particulièrement fier du taux de participation, 73 %, l’un des plus élevés de sa région, Jean-Pierre Alaux reconnaît que « tenter l'aventure municipale était pour lui une gageure » ! Gageons pour notre part qu’il saura mettre en exergue, comme dans ses romans, ce « village plein d’attraits, vivant, plus que jamais vigneron, mais ouvert vers le tourisme, en valorisant son patrimoine sur les berges du Lot ainsi que le caractère solidaire et environnemental de ses commerces ». Et en attendant la parution en juin prochain – toujours au Geste Noir - du tome 7 des aventures de Séraphin Cantarel qui s’intitulera « Fontaine, je ne boirai pas de ton sang » et dont l’intrigue se déroule à Bordeaux, Saint-Estèphe et sur le Bassin d’Arcachon, on se replongera avec délice dans « Avis de tempête sur Cordouan ». 
Dans un style alerte où le suspense tient en haleine jusqu’aux dernières lignes de l’intrigue, l’auteur des « Histoires à jeter l’ancre », « Voyage au bout des phares », « Avec vue sur l'océan » etc., qui n’ignore rien de la villégiature d’Eugénie, des pêcheurs de baleines basques ou des mystères du phare biarrot, continue de dérouler une saga qui fleure merveilleusement notre sud-ouest ! 
Une fine analyse des caractères bien trempés de ses habitants, avec leurs qualités et leurs défauts, s’agrémente de détails historiques témoignant de solides connaissances étayées par une documentation sans failles. Jean-Pierre Alaux s’inscrit, à cet égard, dans le droit fil d’un Hubert Monteilhet. D’autant plus que le récit de cet amateur de bonne chère et des plaisirs terrestres adjacents est parsemé d’appréciations d’ordre culinaire qui flattent autant nos papilles que l’excellence de nos terroirs. Jusqu’à regretter de n’avoir pu participer au « repas très frugal chez ce curé débonnaire auquel un de ses paroissiens avait ramené un panier de morilles : avant de procéder au bénédicité, le curé s’éclipsa pour aller quérir un beau-séjour-bécot de sa cave. Le saint-émilion était, déclara-t-il, à la hauteur de la qualité de ses hôtes. une terrine de foie gras truffé précéda l’omelette aux morilles. Suivit une tarte à la rhubarbe marquée, comme il se doit, par une pointe d’acidité sur laquelle glosèrent jusqu’à plus soif Séraphin et son ami du clergé »… Il n’est jusqu’aux truffes de son Quercy natal dont Jean-Pierre Alaux sait conter les saveurs (« La Truffe sur le soufflé », (prix Antonin Carême en 2011).
Nous en serons quittes, comme les gardiens du phare de Cordouan, ce « Versailles des mers » qui est le principal protagoniste du roman, à nous satisfaire pendant les pannes d’électricité, d’une épave de grand cru pour tout éclairage : « En dépit des larmes de cire qui s’étaient répandues sur la bouteille, on pouvait lire Angélus - 1er Grand Cru Classé - 1953. C’était curieux, cette façon de transformer la moindre fiole en chandelier, surtout s’il s’agissait d’un millésime de légende. Comme si la bouteille, vidée de son nectar, attestait d’un plaisir d’anthologie qu’on se remémorait les soirs d’orage ».
Les « amis navigateurs et rêveurs au long cours » de l’auteur (et les lecteurs de l’ouvrage) ne manqueront pas d’être séduits par l’extraordinaire odyssée qu’il brosse de « ce cierge dansant sur un champ d’écumes », œuvre de l’architecte Louis de Foix (qui avait détourné en 1578 le cours de l’Adour à Bayonne dont il avait également réparé les fortifications et renforcé les ponts de la ville) ; en grand péril sous Giscard et heureusement restauré par Mitterrand, ce beau témoignage de l’intelligence et des talents des XVIème/XVIIème siècles compose une véritable symphonie maritime, résistant au sein de l’océan saoulé de tempête aux « lourds nuages de charbon charriés par un vent violent arraché aux entrailles du golfe de Gascogne ».
Lorsque les éléments s’apaisent, l’enquête s’étire jusqu’au quai des Corsaires à Bayonne que Jean-Pierre Alaux connaît bien pour y avoir côtoyé, il y a une quarantaine d’années (!), l’aventure de la première station régionale du cru, Radio-Adour-Navarre. Et son héros, Séraphin Cantarel, ne se souvient-il pas de ses débuts comme conservateur du Musée Bonnat avant d’être promu à la tête des Monuments historiques ?
On attend avec impatience que cette aventure de Séraphin Cantarel soit adaptée sur les petits écrans, comme l’ont été les romans de la série « Le Sang de la Vigne » avec des records d’audience sur France 3 (plus de quatre millions de spectateurs, devançant France 2 et M6), ce qui nous changerait des navets habituels. 
« Avis de tempête sur Cordouan » de Jean-Pierre Alaux, Geste Noir, 328 pp., 13,90 Euros.

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