0
Des Hommes
Jean-François d’Alleman, nouveau Prieur à l’abbaye de Belloc
Jean-François d’Alleman, nouveau Prieur à l’abbaye de Belloc

| Manex Barace & A de LC 1196 mots

Jean-François d’Alleman, nouveau Prieur à l’abbaye de Belloc

Fondée en 1875, l’abbaye de Belloc à Urt vit de profonds changements. Quittant le site originel, la communauté de moines a déménagé ce printemps et occupe désormais de nouveaux locaux réhabilités du monastère Sainte Scholastique, occupé par onze sœurs moniales bénédictines, à seulement 600 mètres. La communauté garde son appellation officielle « Communauté de l’abbaye de Belloc ». Depuis le dernier Carême, une seule liturgie quotidienne, messe et liturgie des Heures, rassemble les deux communautés dans l’église de Sainte Scholastique, qui est désormais l’église des Frères et des Sœurs. 

Les Frères ont élu Frère Jean-François d’Alleman comme leur nouveau supérieur. « Je suis donc devenu Prieur Conventuel » commente-t-il humblement. « Le Prieur Conventuel, est supérieur majeur à l’instar d’un abbé. J’ai choisi de ne pas porter les signes abbatiaux, crosse, mitre, anneaux pour être d’égal à égal avec la Mère Marie-Noëlle, Prieure Conventuel de la communauté des Sœurs. Vivant en un même lieu mais chacun dans son quartier, en choisissant d’être Prieur Conventuel, je coupe toute tentation, venant du dehors comme du dedans, de jouer au tuteur d’une communauté monastique féminine jouissant d’une autonomie égale à la nôtre. Humble démarche pour être UN dans notre vocation monastique. Je me recommande donc à votre prière et Je prie avec vous. Bien à vous au plaisir de se voir en notre nouveau monastère Belloc-Urt ! » 

Dans notre « Lettre du Pays Basque » du 2 janvier 2020, nous annoncions que « par vote unanime, les bénédictins de Belloc avaient décidé de rejoindre des bâtiments libérés près du couvent voisin des sœurs bénédictines en cédant leurs propres locaux à la Fondation "Habitat & humanisme" qui y poursuivra à sa façon le travail des moines (accueil des personnes qui se présentent, temps de retraites). Pour la fondation, Belloc est appelée à abriter également une école de formation des trois branches d’activité du Mouvement : « l’habitat à vocation d’insertion, le prendre-soin des mal-logés et personnes dépendantes (malades, personnes en fin de vie, lourds handicapés, etc.) ainsi que l’accueil de ceux qui doivent quitter leur territoire en raison de la violence, qu’elle soit économique ou politique. Les moines bénédictins, selon leur Règle, s’éloignent du monde pour chercher Dieu. Voici qu’ils nous accueillent pour que nous découvrions en tout homme la trace du plus divin » précisait lors d’une visite le Père Bernard Devert, fondateur du Mouvement Habitat et Humanisme.
Abbaye de Belloc, téléphone 05.59.29.65.55 et   http://www.bellocurt.org 
Manex Barace

Ora et labora

C'est l'abbé Jean-Léon Bastres (1832-1904) qui fut l'âme des fondateurs de Belloc, trois missionnaires diocésains de la maison d'Hasparren et deux laïcs. Un séjour au monastère de

La Pierre Qui Vire en Bourgogne lui inspira la fondation d’une communauté en septembre 1875 dans une métairie nommée Bel-locq. Une belle activité missionnaire dans la région ainsi qu’en Argentine, États-Unis, Palestine est interrompue par plusieurs expulsions, en 1880 et en 1905 lorsque la communauté se réfugie à Lazkano en Guipuzcoa avant de réintégrer Belloc en 1926.

La prière et le travail guident la vie monastique. Héritiers du savoir-faire des bergers basques, les frères fromagers de Belloc ont élaboré depuis un demi-siècle leur fromage pur brebis à « la pâte souple et à la croûte fleurie, doté d’une saveur fruitée ».
« Le monastère n’est pas une tour d’ivoire », m’avait à l’époque averti le Frère Jean-François d’Alleman : « La dimension de l’accueil se traduit dans des espaces culturels consacrés à la lecture et aux arts ». Et, surtout, « des lieux favorisant le recueillement et la méditation, particulièrement nécessaires à l’homme d’aujourd’hui afin de reprendre souffle et se retrouver soi-même »…

Les Bénédictins de Belloc à Jérusalem séminaristes & moines.jpg
Les Bénédictins de Belloc à Jérusalem séminaristes & moines ©
Les Bénédictins de Belloc à Jérusalem séminaristes & moines.jpg

Les moines de Belloc ont également œuvré à Jérusalem avec un bénédictin originaire de la maison Xiloinea des Aldudes missionné pour restaurer l’ancienne église d’Abu-Gosh et construire un monastère-séminaire sur le Mont des Oliviers qui ouvre en 1904 et dont le bilan en 50 ans de labeur sera éloquent : 52 prêtres « doctes et pieux » ainsi que des patriarches comme Ignace Ier - créé cardinal en 2000 par Jean Paul II -, le patriarche de l’église syriaque Abd-el-Ahad, ainsi que 10 évêques. Etaient présents à Jérusalem le père Téophane Ardans, de la maison Menta aux Aldudes, et le père Gabriel Lertxundi (de Ciboure).

Ajoutons encore l’extraordinaire œuvre liturgique, littéraire et poétique du Père Xavier Diharce (Iratzeder) : avec le Père Gabriel Lertxundi et le compositeur-organiste Urteaga établi à Saint-Jean-de-Luz, ils ont été des chevilles ouvrières de la création de la liturgie en basque, la mettant à l’écart de toutes les dérives. Père abbé de l’Abbaye de Belloc de 1972 à 1987, membre de l’Académie de la langue basque, Iratzeder a laissé à l’Église du Pays Basque un véritable trésor : la traduction du psautier en basque édité en 1963 sous le titre de “Salmoak” et la plupart des textes de cantiques chantés aujourd’hui dans nos églises.

285669965_1419109545271168_3254328605173063739_n.jpg
Jean-François d’Alleman à l’œuvre ©
285669965_1419109545271168_3254328605173063739_n.jpg

L’enluminure, un travail de bénédictin

Il y a quelque chose de l’alchimiste chez le nouveau prieur de Belloc : Jean-François d’Alleman manie avec autant de précision le fin pinceau de l’enlumineur-calligraphe qu’il a crée avec un riche talent inventif les quelques 70 tapisseries aux armoiries ou motifs divers ornant plus d’une mairie basque… L’atmosphère de recueillement à l’abbaye est propice à la concentration nécessaire à cet art qui met les textes en lumière. Un travail très lent et très long qui requiert imagination, attention, précision et rigueur dans un élan créatif de grande liberté, riche de joie intérieure.

Des antécédents familiaux et la découverte en classe de troisième d’un abécédaire gothique dans un dictionnaire avaient produit l’étincelle chez le collégien Jean-François, déjà intéressé par l’art et l’architecture. L’éveil à la vocation religieuse à l’appel du Christ lancé à Pierre - « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? » conduira notre étudiant à Belloc après une longue période de « discernement » et une mise à l’épreuve d’un an en milieu ouvrier et artisanal « pour voir si mon engagement était bien ancré dans mon cœur et tenait encore la route ».

calligraphie.jpg
Jean-François d’Alleman enseigne la calligraphie ©
calligraphie.jpg

De la naissance de l'écriture à l'art contemporain

L'enlumineur « met en lumière » en les calligraphiant (calligraphie signifiant « belle écriture ») des textes auxquels il procure un éclairage très personnel par son art du dessin des lettres et sa conception de la mise en page. 

Au moyen-âge où l’on accompagnait fréquemment l'échange des cadeaux de l’An Neuf d’une lettre peinte à la main, l'enluminure a été tout à la fois le support de la mémoire collective, un moyen de diffusion de la pensée et un extraordinaire support d'expression artistique tombé presque en désuétude depuis l'invention de l'imprimerie pour ressurgir à l’ère de l’informatique : pour Jean-François d’Alleman, « la redécouverte des différentes polices de caractères a relancé l’enluminure. Auparavant, Miro et Picasso en ont été les illustrateurs contemporains. Mais c’est un art très difficile, que l’on maîtrise avec le temps. Car, il requiert une discipline rigoureuse afin que l’écriture reste totalement uniforme depuis la première lettre jusqu’à la dernière. Aussi, malgré un regain d’intérêt matérialisé par des rencontres dans les écoles, les pratiquants sont encore rares ».

Autant que les matériaux utilisés pour l'enluminure, des pigments naturels extraits du sang de la cochenille du Mexique, des étamines de fleurs de lys, safran, prunelles, mûres, indigo, résine de palmier, lichen, etc., de l'or, de l'arsenic ou des lapis lazuli, qui contribueront à orner le vélin, le plus luxueux des parchemins du moine copiste !

Alexandre de La Cerda

Répondre à () :

| | Connexion | Inscription