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Cinéma
West Side Story (156’) - Film américain de Steven Spielberg
West Side Story (156’) - Film américain de Steven Spielberg

| Jean-Louis Requena 1377 mots

West Side Story (156’) - Film américain de Steven Spielberg

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West Side Story ©
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West Side Story ©
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Roméo et Juliette de William Shakespeare

La Très Excellente et Très Pitoyable Tragédie de Roméo et Juliette (Romeo and Juliet) a été écrite par le grand William Shakespeare (1564/1616) selon toute vraisemblance vers 1595. Nous n’en savons pas plus sur cette pièce de théâtre et fort peu sur ses représentions du vivant du « Barde » sinon qu’elle a rencontré un grand succès public. Cette tragédie a deux sources : les histoires d’amour tragiques remontant à l’Antiquité et la vogue, à Londres, des comédies italianisantes chères au théâtre élisabéthain. La pièce est publiée pour la première fois en 1597 chez l’éditeur londonien John Danter dans une édition in-quarto de mauvaise qualité (incomplète). William Shakespeare l’a remaniée sans cesse, au fil des représentations, en accentuant ici ou là la partie comédie et la partie tragique. 

La tragédie en cinq actes se déroule à Vérone (Italie) : deux adolescents Roméo Montaigu (17 ans) et Juliette Capulet (13 ans) tombent amoureux fous l’un de l’autre alors que leurs familles respectives sont en conflit. Ils ont une mort tragique. Devant les deux chefs de familles réconciliées, le Prince conclut la représentation par ces trois vers : 
Certains seront punis, et d’autres pardonnés,
Car jamais histoire ne vit plus grand fléau
Que celle de Juliette et de son Roméo.
Acte V – Scène 3 - Traduction de Jean-Michel Déprats / Bibliothèque de la Pléiade – Gallimard 2002

Roméo et Juliette, drame de la prime jeunesse et de la découverte de l’amour à traversé les siècles au gré de multiples adaptations.

West Side Story, la comédie musicale (1957)

Le compositeur, conférencier, chef d’orchestre prestigieux Leonard Bernstein (1918/1990), s’est intéressé dès le début de sa carrière à la comédie musicale telle qu’elle se pratiquait à Broadway (New-York). Dès 1944, il écrit une comédie musicale en deux actes : On the Town qui deviendra en 1949 un long métrage avec Gene Kelly (1912/1996) et Frank Sinatra (1915/1998) : Un jour à New York (98’) de Stanley Donen (1924/2019) pour la mise en scène et Gene Kelly pour la chorégraphie. Leonard Bernstein sera déçu par le résultat sur l’écran car seules deux chansons ont été maintenues. Il retiendra la leçon !

Depuis 1949, après de nombreuses tentatives avec divers collaborateurs (musiques, livrets, chansons, etc.) Leonard Bernstein s’entoure du compositeur Stephen Sondheim (1930/2021) pour les chansons et d’Arthur Laurents (1917/2011) pour le livret afin de composer un drame lyrique américain sur les phénomènes de gangs qui sévissent à New York : West Side Story. L’intrigue, simple, se déroule au mitan des années 50. Dans un quartier déshérité, deux bandes rivales s’affrontent : les Jets (irlandais, suédois, polonais) dirigés par Riff, et les Sharks (portoricains) dirigés par Bernardo. La tragédie se développe dans le quartier pauvre de Manhattan alors en pleine reconstruction afin d’y édifier, à la place, le futur Lincoln Center. La production originale de West Side Story est créée au Winter Garden Théâtre de Broadway en septembre 1957. Le spectacle est mis en scène et chorégraphié par Jérome Robbins (1918/1998) et interprété par Larry Kert (Tony, l’ami de Riff), Carol Lawrence (Maria, la sœur de Bernardo) et Chita Rivera (Anita, la fiancée de Bernardo). La comédie musicale d’un genre nouveau dont la trame est calquée, en partie, sur la tragédie shakespearienne Roméo et Juliette, connait un immense succès qui depuis n’a jamais cessé.,

West Side Story (1961), film de Robert Wise et Jerome Robbins

Aux États-Unis, à l’arrivée du cinéma parlant (1927 : Le Chanteur de Jazz), de grands studios hollywoodiens puisent sans retenue, dans les représentions théâtrales de Broadway (théâtres, comédies musicales, spectacles divers, etc.) afin d’alimenter l’industrie hollywoodienne en scénarios, interprètes, scénaristes, compositeurs, etc. West Side Story succès public et critique, n’échappe pas à la règle. Sur un scénario d’Ernest Lehman (1915/2005) qui adapte, sans la trahir, la comédie musicale pour l’écran, deux metteurs en scène sont choisis par la production : le vétéran Robert Wise (1914/2005) pour la réalisation et le créateur de l’ouvrage sur scène, Jérôme Robbins, pour les séquences dansées. Aucun artiste de la création de la pièce n’est retenu hormis George Chakiris (Bernardo dit « Nardo ») qui avait créé la pièce à Londres dans le rôle de … Riff ! Les producteurs exigeaient, à la mode hollywoodienne, des têtes d’affiches « banquables » : Natalie Wood (Maria), Richard Beymer (Tony), Russ Tamblyn (Riff), et Rita Moreno (Anita). Hormis Georges Chakiris, aucun des principaux interprètes ne chantent : ils sont « doublés » par des chanteurs professionnels qui ont signé un contrat qui stipule qu’ils n’apparaitront pas au générique ! Natalie Wood (1938/1981) qui a enregistrée ses chansons est remplacée sans ménagement par la soprano Marni Nixon (1930/2016). C’est la loi du show business !

Le film fabriqué avec minutie en studio (6 mois de tournage ; peu de plans en extérieur) doté d’un budget important (6 millions de $ … de 1960 !) est en couleur (Technicolor), en Panavision 70 mm (2.20 :1) et en son stéréo 6 pistes ! Sorti en mars 1962 en France, West Side Story restera à l’affiche du cinéma George V, sur l’avenue des Champs-Élysées à Paris, près de cinq ans. La bande originale (B.O) éditée en disque 33 tours a été aussi rentable que le long métrage !

A la cérémonie des Oscars 1962 West Side Story aura onze nominations et obtiendra dix récompenses (Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleurs acteurs dans un second rôle, etc.).

West Side Story (152’) peut être considéré, rétrospectivement, comme « le chant du cygne » du vieil Hollywood, la fin de l’âge d’or des grands studios de la côte ouest.

West Side Story (2021), film de Steven Spielberg

Steven Spielberg a vu, comme beaucoup de jeunes américains, West Side Story durant son adolescence (il est né en 1946). Après une filmographie impressionnante de 34 longs métrages, dont Les Dents de la mer (1975), Rencontres de troisième type (1977), E.T, l’extra-terrestre (1982), Indiana Jones (1981), Jurassik Park (1993), La Liste Schindler (1993), Il faut sauver le soldat Ryan (1998), etc., à 74 ans le réalisateur multi-oscarisé s’attaque à un monument du cinéma mondial considéré comme insurpassable. Le « remake » (nouvelle version) de cette comédie musicale dramatique iconique semble une entreprise pour le moins risquée. Mais Steven Spielberg a montré tout au long de sa carrière qu’il était un homme de défi.

Avec l’aide de son scénariste Tony Kushner il revient à la comédie musicale de Broadway plus « hard » que le film (version 1961) dont les aspérités du livret original ont été limés : les deux bandes rivales sont ethniquement plus marquées. Les Jets sont agressifs, insultent et tiennent des propos racistes. Les Sharks vivent dans une communauté fermée ou ils parlent espagnol et non anglais. Le nouveau casting accentue ces différences culturelles : Tony (Ansel Elgort), Riff (Mike Faist) sont des américains intégrés dans le quartier, tolérés par la police, alors que Maria (Rachel Zegler), Bernardo (David Alvarez) et Anita (Ariana DeBose) sont des latino-américains fraichement arrivés de Porto Rico et soumis à des discriminations de la part des autorités (police, justice, etc.). Pour être plus en harmonie avec la comédie musicale originale, Tony Kushner a rétabli l’ordre de deux chansons (I feel Pretty et Cool) qui avait été déplacées dans le récit pour « adoucir » la dramaturgie. 

Le chorégraphe Justin Peck a repris le vocabulaire stylistique de Jérôme Robbins mais sans l’imiter tout en l’adaptant aux décors naturels : rues, chantiers de démolition, commissariat, cours intérieurs, etc. La mise en forme artificielle des grands studios hollywoodiens où a été tournée, pour une grande part, la version de 1961, a disparu, ce qui renforce les séquences festives ou dramatiques d’autant que les principaux personnages sont plus affirmés : Tony, l’ancien leader des Jets sort de prison ou il a été condamné pour violence physique ; Bernardo est un boxeur reconnu par sa communauté, etc.

Le réel (la guerre des gangs) et l’irréel (les chants et danses) s’imbriquent sans heurts fabriquant ainsi une tragédie de notre temps : l’intolérance, matrice de toutes les violences.

Wide Side Story a bénéficié d’un nouvel enregistrement de l’Orchestre Philharmonique de New York (celui que dirigeait en son temps Leonard Bernstein) et l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles sous la baguette fougueuse, inspirée, du jeune chef vénézuélien Gustavo Dudamel (40 ans).

Steven Spielberg a gagné son pari (à 100 millions de $ !) : réussir à nous émerveiller, de nouveau, en « toilettant » avec bonheur une œuvre cinématographique immortelle. Qu’il en soit remercié ! Dans l’azur paradisiaque des poètes, le grand Will ne manquera pas de s’en réjouir.

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West Side Story ©
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