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Histoire
Soixante bougies pour Enbata
Soixante bougies pour Enbata

| Jean-Louis Davant et François-Xavier Esponde 1439 mots

Soixante bougies pour Enbata

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Charte d'Itxassou ©
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La stèle d'Itxassou ©
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“Embata” devenu "Enbata” au fil du temps célèbre la longévité de soixante années de vie ; ce qui pour un mouvement culturel, social et médiatique est une gageure.
Car "Enbata" fut tout d’abord un courant de pensée en faveur du basque prôné dès 1960 par des étudiants issus d’Euskadi en résidence à Bordeaux, et qui débattaient entre eux “du destin d’une région aux frontières de l’Espagne, désireuse de vivre et de développer ses facultés propres.”

Des semaines d’études sous le vocable d’Embata, dont celle de Saint-Joseph à Hasparren en 1957 distillent les préambules d’un rendez-vous qui se développera autour d’un mouvement et la création du journal "Enbata". Parmi ce premier cercle des origines, on trouve Jakes Abeberry, Ximun Haran, les docteurs Burucoa et Labéguerie que l’on ne saurait oublier.

L’académicien d’Euskaltzaindia, Jean-Louis Davant, a bien voulu nous rappeler quelques épisodes de l’histoire d’Enbata :
« Le journal et le mouvement "Enbata" furent précédés par une association d'étudiants Basques de Bordeaux appelé "Embata", avec m. Celui-ci était apolitique : il se limitait au domaine culturel, il produisait de temps en temps un périodique d'information portant le même nom. Dans l'été 1960 un groupe d'anciens de l'association décida de transformer ce périodique en organe politique. Les premiers numéros sortirent dans l'automne 1960. Les responsables de l'association étudiante ne furent pas d'accord avec les idées radicales de la publication, résolument abertzale, c'est-à-dire patriotiques basques. Les anciens décidèrent de passer outre en changeant l'orthographe du titre "Embata" (avec m) en "Enbata" (avec n). Le nouveau périodique, séparé de l'association étudiante, fut d'abord un mensuel, qui deviendra hebdomadaire au début de l'été 1968, pour redevenir mensuel ces dernières années.

Entre-temps, le groupe du journal "Enbata" créa le mouvement du même nom à Itxassou le 13 avril 1963, lundi de Pâques. Celui-ci fut mis en sommeil par ses responsables au début de l'été 1968. Restait le journal qui, à ce moment là, devint hebdomadaire, comme indiqué ci-dessus.

Le mouvement fut relancé en décembre 1970 pendant le fameux procès de Burgos. Il sera interdit par le gouvernement français à la fin de janvier 1974 pour son projet de "République basque" exposé dans son Cahier N° 4, "Objectifs et stratégie" du mouvement "Enbata". Le journal aussi se tut pendant un an. Mais l'on sut par les juristes qu'il ne pouvait pas être concerné par l'interdiction, les organes de presse ayant une existence légale distincte de tout autre organisme, y compris des partis et mouvements dont ils transmettent les idées, prises de position et décisions. Donc le journal "Enbata" repartit au début de 1975, et il na pas cessé de reparaître depuis ».

Une histoire tourmentée

Les années 60 furent terribles en Euskadi sud, et le projet en germe de ces novices en politique dérangeait les institutions et les pouvoirs en place. De 1961 à 1968 on édite un mensuel de quelques feuillets qui deviendra plus consistant jusqu’en 1974, où sa parution est interdite et le Directeur de l’édition et fondateur Jakes Abeberry est condamné avec sursis pour avoir diffusé des informations qui à l’époque sont jugées condamnables et médiatiquement incorrectes.
Le journal devenu mouvement d’opinion connut plusieurs fois les avatars et les ennuis judiciaires d’une publication que l’on admire pour les uns, déteste pour d’autres, mais qui se lit pour tout public, car le contenu intéresse par adhésion ou par négation dans les pré carrés des courants de pensée du pays.

Dès 1975, le courant des partisans penchait en faveur d’un journal d’opinion, mais les épreuves étaient encore à venir. Les évènements qui se dérouleront en Euskadi, dans l'Etat espagnol, auront une résonnance directe sur ce groupe d’intellectuels et d’hommes engagés, dont les écrits, les manifestations publiques donneront lieu à des violences notoires et sanglantes en ce quartier Saint André à Bayonne où était édité Enbata. Et au fil des décennies, on comptera désormais les morts des deux côtés des opposants aux propositions publiques du mouvement abertzale puis euskaltzale.

En 2020, Enbata porte toujours l’empreinte de son fondateur Jakes Abeberry, auteur de la quasi totalité des éditoriaux du journal depuis son origine.
Or, le journal faillit disparaître plusieurs fois. Les options des partisans et des opposants au journal ne faisant que peu cas de la liberté d’opinion et de presse en ces années noires du passé.
Mais le soutien et les revendications portées jusqu’au sommet des juridictions nationales françaises permirent son maintien malgré des pressions venues du Sud pour éradiquer de l’espace public “Enbata”, considéré par les plus irréductibles de ses opposants comme le cercle des irrédentistes d’une cause douteuse et dangereuse pour l’unité nationale.

Le contenu du journal comptera d’abord quatre pages, puis Alda vint s’ajouter par l’entremise de la Fondation Roblez Arranguiz qui soutenait la légitimité de sa parution.
Enbata était bien l’enfant de Jakes Abeberry, de Ximun Haran et de quelques amis de jeunesse qui avaient nourri l’espoir de son existence au bénéfice du Pays Basque, leur terre de naissance et de mission. On disserta de savoir s’il s’agissait à terme d’un mouvement politique, ou d’un journal d’opinion nationaliste basque, nourri de l’engagement public et à quel prix parfois, de ces militants régionalistes en rapport avec le Mouvement Fédéraliste Européen qui leur donnait des raisons de poursuivre leur mission.

Le courant Enbata élargit son espace public au fil des décennies : Jakes, banquier de métier, esthète et danseur reconnu, et Ximun, le médecin, sportif séduisant des plazas, exportent l’image authentique du pays qu’ils aiment sans renoncement. L’expression physique et spirituelle de leur personne au service d’un tel projet ouvert au reste du monde demeure une règle continue de leur fidélité à toutes épreuves.
Jakes, né dans une famille de cinq garçons, le seul survivant à ce jour, a désormais 90 ans, mais pour lui, qu’importe l’âge : la flamme ardente de son âme basque n’a jamais fané la silhouette souveraine et séduisante de sa jeunesse intérieure. Car, le Pays Basque n’a pas d’âge et celui de ses artères irrigue toujours sa passion pour le bien commun d’Euskadi qui ne vieillit plus !
Enbata incarna des entreprises originales telles l’Aberri Eguna, ou jour de la Patrie basque en raison du lien profond et personnel avec le groupe Oldarra de Biarritz qui constituait le creuset d’un monde singulier de jeunes basques réfugiés de 1936, venus du sud et que le jeune biarrot aimait à fréquenter.
On dit même qu’il prit des cours de théâtre dans une troupe américaine à la fin de la guerre pour s’exercer dans cet art. Et Jakes s’investit encore dans la diffusion des travaux du chanteur Mikel Laboa en Iparralde ou partie nord de la région.

Le point d’orgue de ce courant politique et médiatique sera en 1963 la Charte d’Itxassou où ces pionniers rêvent d’une région basque fédérée en Europe, armée de ses institutions publiques, ses entreprises, ses coopératives telles Sokoa, et sa noria de projets qui désormais sont admis dans l’espace public. De toute première origine la défense culturelle du basque, du patrimoine public du pays, des traditions et de “l’authenticité” locale devenue celle d’un Pays Basque légitime.

On ne saurait oublier que Jakes Abeberry fut de 1983 à 2014 un infatigable élu de terrain à Biarritz, mettant à profit les idées d’Enbata dans l’espace public pour l’enchantement des proches, et la réticence des moins acquis.
La danse avec l'arrivée à Biarritz de la prestigieuse troupe de ballet du chorégraphe Thierry Malandain et l'organisation du festival "Le Temps d'Aimer", les expositions artistiques, la sculpture, firent avec "Biarritz Autrement", mouvement culturel largement porté par l’élu de la ville, acquérir à la cité une belle réputation dans le fil du temps passé.

Enbata n’était pas un simple courant d’air venu du large que ses détracteurs qualifiaient avec mépris, mais une réalité sociétale qui avait renouvelé l’image d’Euskadi chez nous, et bien au delà de nos limites territoriales.

Dernière heure : comme au "bon vieux temps"... et même pire :
La police aux frontières, le service des douanes, la gendarmerie et les militaires de l’opération Sentinelle vont travailler de concert pour « cadenasser » les frontières, selon l’expression du préfet palois Eric Spitz.
La préfecture vient de recevoir le renfort de 191 militaires, gendarmes et policiers avec pour objectif de « rendre étanches » les frontières basco-béarnaises avec celles de l'Etat espagnol. Au moins sept points de passage devraient être fermés.
Alors qu’un dispositif sera mis en place pour passer le péage de Biriatou au peigne fin, la police aux frontières se focalisera quant à elle sur la zone d’Hendaye tandis qu’un dispositif mobile surveillera les axes routiers secondaires du Pays Basque. Enfin, le service des douanes poursuivra son rôle de garde-frontière et procédera à la fouille des personnes et des moyens de transport sur tout le département.

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