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Histoire
Relever le patrimoine menacé, en particulier celui des chrétiens d’Orient
Relever le patrimoine menacé, en particulier celui des chrétiens d’Orient
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| Alexandre de La Cerda

Relever le patrimoine menacé, en particulier celui des chrétiens d’Orient

A partir de ce samedi 21 septembre et jusqu'au 8 octobre, le Musée historique de Biarritz (rue Broquedis) présente « Tabula Rasa », une installation réquisitoire de l’artiste Camille Masson-Talansier mettant en scène les destructions des biens culturels dans le monde qui  trouve son inspiration dans le choc des images diffusant des scènes tragiques du musée irakien de Mossoul sous les marteaux de l’Etat Islamique, des pillages du Musée de Bagdad et du Musée de Minya en Egypte pendant le Printemps Arabe, du vandalisme actuel de fresques millénaires en Cappadoce mais aussi du patrimoine industriel croulant et du patrimoine français en état de délabrement avancé. C’est là où tragiquement, s'ouvre la boîte de Pandore pour remonter plus loin, les révolutions iconoclastes, puritaines, françaises, russes, chinoises rappelant Daech dans leurs sinistres purifications culturelles ou leur négligence à dessein.
L'installation s'accompagne d'une série de 14 photos du photographe et universitaire irakien Ali Yousif al-Baroodi sur les destructions de sa ville natale Mossoul, suite à l’implantation de l’Etat Islamique. Exposition ouverte tous les jours de 10h à 12h30 et de 14h à 18h30. Fermé le lundi. Tarifs : de 3 € à 6 € / gratuit le samedi 21 et dimanche 22 septembre à l’occasion des journées du patrimoine.

On pourrait encore citer à cet égard Maaloula, une petite ville de Syrie située à 50 km au nord de Damas et dont la plupart des habitants communiquent toujours en araméen, la langue du Christ. Les travaux de reconstruction du monastère, pillé et brûlé par les djihadistes du Front al-Nosra en 2013, ont été accélérés grâce à la création en Syrie de zones de désescalade. Si l’Église russe (Patriarcat de Moscou) aide à la reconstruction des édifices religieux détruits ou vandalisés par les islamistes, les Bénédictines d’Urt prennent également leur part de ces efforts, en ayant récemment organisé à l’abbaye de Belloc un concert qui avait permis de  récolter, grâce à la générosité du public, la somme de 6400 euros remise au siège de l'Oeuvre d’Orient à Paris, pour venir en aide à la reconstruction de l’école maternelle de Maaloula...

Et en Palestine, les archéologues israéliens ont découvert les vestiges d'un temple byzantin du Vème siècle, dont le sol en mosaïque représente le miracle du Sauveur qui avait nourri cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons, temple édifié précisément sur le site supposé du miracle évangélique de la multiplication des pains que représente la figure centrale de la mosaïque conservée. Les vestiges de ce temple sont situés dans la ville d’Hippos, qui existait jusqu'au VIIème siècle, sur la rive orientale du lac de Tibériade (ou mer de Galilée). Les archéologues qui étudient l’édifice depuis 1993 suggèrent que cette église avait bien été construite sur le site du miracle de la multiplication des pains avant d’être incendiée par les Perses qui détruisirent tous les temples lors de l'invasion du début du VIIe siècle. Et de préciser que le charbon, les cendres et les fragments du dôme et de la voûte effondrés sur le site du temple incendié ont empêché de manière plausible la destruction de la mosaïque au sol, laquelle nous est donc parvenue presque intacte.
Rappelons que dans les évangiles, il est décrit deux miracles de la multiplication des pains accomplis par le Sauveur, qui se sont tous deux déroulés au bord de la mer de Galilée (Matthieu 14: 13-21 ; Marc 6: 31-44 ; Luc 9: 11-17 ; Jean 6: 1-14) et le miracle de nourrir plus de quatre mille personnes avec sept pains et plusieurs poissons (Matthieu 15: 32-38 ; Marc 8: 1-9).
« Il prit les cinq pains et les deux poissons et, levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces. Puis, il rompit les pains, et les donna aux disciples, afin qu'ils les distribuassent à la foule. Il partagea aussi les deux poissons entre tous. Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta douze paniers pleins de morceaux de pain et de ce qui restait des poissons. Ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes » (Мarc 6:41-44, Bible de Segond).

En Terre Sainte, un autre endroit est connu où, comme on le croit, le miracle de la multiplication des pains a été accompli : Tabgha, non loin de Capharnaüm et du Mont des Béatitudes. Le premier temple sur ce site a été construit vers 350. Il a été reconstruit vers 450 et transformé en une église byzantine dont l'autel, contrairement à la première église, était orienté vers l'Est. Au cours des décennies suivantes, l'église a été décorée de mosaïques, considérées comme parmi les plus belles de Terre Sainte et témoignant de l'influence égyptienne (le patriarche de Jérusalem, Martyrius, qui a fondé le temple, avait vécu en Égypte pendant un certain temps, son nom est mentionné dans l'inscription en mosaïque à gauche de l'autel). En 614, lors de l'attaque perse, cette église fut détruite. Pendant plus de 1300 ans, ces lieux saints ont été cachés sous les cendres. En 1932, des archéologues ont alors mis au jour la maçonnerie ancienne avec ses mosaïques préservées. Plus tard, les moines bénédictins ont construit ici leur église qui a acquis sa forme actuelle en 1982.

Pour en revenir à Hippos, il s’agit d’un site archéologique important situé sur une colline, à 2 km à l'est du lac de Tibériade (ou de Galilée). La ville contrôlait un petit port permettant la navigation sur le lac. Elle appartint à Hérode le Grand, roi de Judée, ainsi que - à partir de l'an 4 av. J.-C.- la Syrie dans son entier, à laquelle la ville d'Hippos sera réunie une décennie plus tard. Vers l'an 300, on commence à percevoir la présence de chrétiens à Hippos qui devient une résidence épiscopale dans cette province nommée « Palestina Secunda », qui comprend la Galilée et le Golan. L'invasion par les Perses Sassanides ruina la région et les occupants musulmans achèvent de détruire les églises chrétiennes. Dans le Nouveau Testament, une des métaphores sur le « Sel et la Lumière » dans le « sermon sur la montagne », pourrait concerner Hippos. Lorsqu'il traversait le lac et qu'une tempête se levait, Jésus Christ aurait pu aborder dans le port d'Hippos...

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