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Patrimoine
Nos bons coins dans un rayon de 10 kilomètres : la Porte de France à Bayonne
Nos bons coins dans un rayon de 10 kilomètres : la Porte de France à Bayonne

| Alexandre de La Cerda 987 mots

Nos bons coins dans un rayon de 10 kilomètres : la Porte de France à Bayonne

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La Porte de France et les fortifications du Réduit depuis l'Adour ©
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Promenade, sport, cueillette, il y a de quoi faire dans les 10 km autour de chez vous. L’occasion pour nous de vous proposer quelques endroits où profiter malgré le « confinement ». 

Dans l’agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz, dix kilomètres, c’est peu et beaucoup à la fois. Et même s’il faudra se contenter d’observer les montagnes plutôt que de les fouler de ses pieds, il y a l’Océan et beaucoup à découvrir sur place et dans les environs. Nous vous proposons de découvrir les restes du dispositif de défense de Bayonne qui fut impressionnant…

Il s’agit du « Réduit », entre le Pont Saint-Esprit sur l’Adour et le Pont Mayou sur la Nive. Sa porte d’entrée dite « Porte de France » n’est plus à l’endroit où elle se trouvait à l’origine.
Il n’en reste que l’échauguette qui a été reconstruite il y a quelques années.

Or, le Réduit était un bel ensemble classique, achevé vers 1760. Un buste de Louis XV l'ornait mais il a disparu à la Révolution. La Porte de France, qui avait vu les fleurs de lys qui la surmontaient martelées en 1793, s’élevait au sein de cet important ensemble défensif qui existait encore à la fin du XIXème siècle. Mais l’ensemble était phagocyté par de pittoresques - pour ne pas dire laides - baraques. L’une, en bois, élevée sur pilotis, était un modeste débit de boisson surmonté de panneaux publicitaires : la Pharmacie Demolon, le chocolat Biraben et les meubles d'occasion de la rue Lagréou.

Quant à cette fameuse "Porte de France", elle se trouvait au coeur du « Réduit » - un terme militaire qui signifie ouvrage construit à l'intérieur d'un autre. Elle porte le nom du pays vers lequel elle donnait accès, la France ! Autour de la porte, des voûtes qui abritaient toute sortes de petits marchands: cartes postales, bonbons, Marianne la castagnère, bouquinistes et quelques mendiants mêlés aux flâneurs. On y trouvait la fraîcheur l'été, refuge et distraction en cas de bourrasque, avant de traverser les deux ponts - à pied, naturellement !

Une tranchée sur la gauche, le long de l'immeuble Personnaz, facilitait alors la circulation pour contourner cet ensemble défensif.

Mais avec le développement des transports, voitures et surtout lignes de tramway, le passage devenait trop étroit et l’on démolit, hélas, le Réduit. Un peu moins d’un siècle plus tard, on retrouva au moins les pierres de la belle porte de France qui avaient été étiquetées et rangées, et on la reconstruisit en lui restituant son blason royal avec les fleurs de lys martelées sous la Révolution. Mais l’endroit choisi, bien qu’adossé aux remparts bayonnais, se trouve en fait aux antipodes de la ville, sous le boulevard Lachepaillet. Elle ouvre le petit tunnel qui fait communiquer le Château Vieux avec le délicieux jardin botanique, un peu surélevé. 

Ménigne Saübe le Bilhe qui avait sauvé Bayonne en empêchant d’éventuels assaillants espagnols de s’y introduire par le Château Vieux en 1651 ne l’a certainement pas vu à l’emplacement où elle se trouve actuellement. 

Achevée vers 1760, retirée et démontée puis reconstruite à la fin du XXème siècle ! Vu comme elle est placée, elle n’est plus orientée vers la France mais plutôt vers ses voisines, Anglet ou Biarritz...  De récents travaux pour l'installation du Trambus ont permis d'exhumer les fondations des remparts du Moyen-Âge, et au dire des archéologues il y avait également un pont-levis à l’entrée de la ville.

Addendum : « les artisans trouveront du travail s’ils savent faire du beau » !

Reçu en commentaire de mon article ces intéressantes précisions de mon ami Yvan Bareyre, chef de la chorale « Lous Cantaires de Came, qui avec le regretté Georges Bourdalès avait animé tant d’émissions gasconnes sur mon antenne de « Radio-Adour-Navarre » et avait construit mon dernier émetteur à Ibardin :

"Adiu Alexandre,
Ton très riche papier sur la Porte de France de Bayonne a réveillé à mon souvenir sa reconstruction à son emplacement actuel, en 1992. Nous avions constitué une équipe de pros et de quelques autres intéressés par le patrimoine bâti.
La prise de conscience de l’importance de la valorisation des Centres anciens commençait à pénétrer les esprits. Les premières démarches de la ville de Bayonne se sont concrétisées dans ces années-là.
Le montage de la Porte de France, tirée miraculeusement de l’oubli et adossée désormais au rempart de La Poterne, inaugurait en quelque sorte une démarche de la Ville en direction de son Patrimoine bâti et de son Centre ancien.
Une opération de plus grande ampleur devait suivre, avec entre autres, la formation des techniciens des entreprises ainsi que des architectes et maîtres d’œuvre.
Amistats e a lèu, Yvan" 

Et de me rappeler qu’Anne-Marie Bordes avait écrit un article dans « Sud Ouest » du 4 avril 1992, mentionnant la « porte monumentale du XVIIIème siècle à reconstituer dans un secteur protégé. Voilà qui fait un stage, et mieux que cela, une formation en chantier réel (…) avec quatre maçons confirmés (Yvan Bareyre de Came, Jean-Martin Arribit, de Béguios, Jean Aguerre, de Souraïde, et Philippe Pollato, d’Urcuit), une étudiante en histoire de l’art (Isabelle Tachoué, de Biarritz), et José Urbano, de Perpignan qui travaille au sein d’une entreprise spécialisée dans la restauration d’églises et de châteaux cathares »…

Chantier effectué sous l’égide du « Centre de la pierre » à Bordeaux, représenté par « Michel Saturnin, dépositaire de ce savoir acquis au long d’une longue carrière de maçon : ici, sur ce chantier, on rejoint l’art et la technique. Il a fallu d’abord dessiner l’ouvrage, le concevoir morceau par morceau, puis mentalement démonter l’ensemble et faire un croquis d’appareillage, constituer un carnet de commandes sur lequel chaque pierre est indiquée et baptisée d’un numéro d’assise. Il a enfin fallu passer aux actes (…). 
Et Michel Saturnin de saluer « ces retrouvailles de l’ancien avec certaines techniques modernes qui facilitent la vie du travailleur manuel. Il faut éduquer le public à un autre regard sur les choses. C’est d’ailleurs, selon lui, ce qui sauvera nombre d’artisans du chômage : ils trouveront du travail s’ils savent faire du beau » !

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La porte de France avant sa destruction ©
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Les fouilles ont permis d'exhumer les fondations des remparts du Moyen-Âge ©
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Remontage de "La Porte de France" en 1992 (photo de Christian Borderie pour "Sud Ouest" ©
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