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Histoire
La Politique agricole commune (PAC) en Europe © DR

| François-Xavier Esponde

La Politique agricole commune (PAC) en Europe

L’embargo russe contre la production européenne en réponse aux sanctions européennes prises sur l’injonction des Etats-Unis et les accords de libre-échange avec le Canada (CETA) et le Mercosur (Amérique Latine) agitent fortement le monde agricole. Pour Manuela Schwesig, ministre-présidente de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (Allemagne), les sanctions économiques contre la Russie qui viennent d'être prorogées d'un an par l'Union Européenne « nuisent aux intérêts des fermiers européens et poussent Moscou à se tourner vers Pékin », car en retour, le président russe a prolongé jusqu’à fin 2020 l’embargo sur une série de produits alimentaires que Moscou avait introduit en 2014 en réponse aux sanctions occidentales : « nos fermiers n’ont plus les moyens de livrer leurs produits à la Russie qui parvient désormais à satisfaire en autonomie ses besoins en produits agricoles ». On eut aimé le même bon sens de la part des dirigeants français, ce qui eut évité bien des désagréments à notre agriculture, en particuliers les suicides d'éleveurs ruinés... Mais hélas, le contentement de nos (très, très "chers", en dollars) alliés américains primait sur les intérêts de nos agriculteurs, et les USA sont encore inconsolables de la « perte » de la base militaire de Sébastopol qu'ils pensaient récupérer à leur profit en provoquant en 2014 la révolution « orange » du Maidan à Kiev, contre le président légalement élu… Et ce n'est pas le traité « Union européenne / Mercosur » qui va arranger les choses : « en Uruguay, Paraguay, Argentine et au Brésil, gros producteurs de viande bovine, les règles de bien-être animal sont bien différentes, les animaux sont élevés dans des feedlots (parc d'engraissement), ils ne savent pas ce qu'est un brin d'herbe », explique un éleveur « les animaux sont hormonés, ont une alimentation avec beaucoup d’OGM… Alors que nous, nous ne pouvons pas utiliser d’aliment OGM, c'est sur notre cahier des charges, et nous avons beaucoup de règles qui s’appliquent sur nos productions : identification obligatoire, des règles de surface minimum par animal lorsqu’ils sont en intérieur, règles de mise au pâturage, des règles de chargement… Nous sommes obligés de produire 80% de l’alimentation des animaux sur l’exploitation ». C’est sur ce fond d’inquiétude et de profond mécontentement du monde agricole que se situe cette analyse de François-Xavier Esponde concernant la PAC. ALC

Les élections européennes passées, la PAC constitue et reste le poumon de la vie agricole, dans notre région agro-culturelle de tradition
A - La PAC et son déroulé historique.
Les agriculteurs en connaissent la valeur, les aides de l’Europe ne sont pas factices dans la gestion durable de la terre et des cultures.
Une évolution constante depuis 1957 du traité de Rome et de sa pratique continue de fixer le cadre d’une politique agricole commune avec ses trois objectifs du moment : accroître la production, nourrir la population et améliorer le revenu des agriculteurs.
Dès 1962, la PAC est mise en œuvre en créant un marché agricole unique, en instaurant une préférence communautaire, et en renforçant la solidarité financière entre les Etats de l’Union. En 1984, face aux excédents laitiers, on instaura une politique des quotas, et en 1992, les niveaux de prix garantis furent diminués et compensés par des aides directes.
En 1999, la PAC est revue et fondée sur deux piliers, le premier concernant les aides apportées aux producteurs et à l’organisation des marchés, le second touchant aux aides procurées au développement rural. En 2003 les aides directes seront découplées des productions. En 2014 les aides varieront selon le nombre d’hectares des propriétés.
En 2015 le seuil des quotas laitiers est annulé. Les producteurs de lait peuvent œuvrer et exporter sans contraintes de volumes. En 2017 c’est encore la fin des quotas sucriers.
Dans cette évolution des politiques agricoles, trois pays se démarquent par l’importance de l’agriculture dans l’Union européenne : la France et ses 27 814 160 hectares de culture, l’Espagne avec ses 23 229 750 hectares et l’Allemagne et ses 16 715 320 hectares agricoles.
B – Le monde agricole européen.
La France compte 450 000 agriculteurs sur les 22 millions recensés en Europe. Les élections du 26 mai dernier ont déterminéla composition du parlement qui définira la PAC au sein de l’Union au delà de 2020 et l’octroi des aides sans lesquelles les agriculteurs ne pourraient assurer leur vie et parfois leur propre survie. Car, les agriculteurs concernés rappellent que « la PAC a permis de reconstruire l’agriculture européenne au sortir de la guerre, d’assurer l’autonomie alimentaire du continent, sujet de préoccupation à l’époque, d’intégrer une vingtaine de pays, de garantir la qualité sanitaire des animaux et des productions, d’intégrer encore des critres environnementaux  et d’assurer un excédent financier commercial de vingt milliards d’euros par an ».
Cependant les avis divergent sur le résultat de ces objectifs,la PAC faisant l’objet de discussions en interne car il en va de l’avenir de la profession dans sa diversité et sa complexité au sein même de l’Union Européenne. L’Europe soutient ses agriculteurs, mais pas assez pour les mettre à l’abri des fortes fluctuations de prix sur les marchés qui fragilisent les exploitations les plus faibles.
Actuellement, « Bruxelles décide de tout », disent les intéressés. Demain, si les Etats ont une grande marge de manœuvre pour affecter les dotations, comment évolueront ces plans nationaux, et selon quels critères ? Un souci pour les syndicats agricoles et les élus qui craignent à terme une agriculture à la carte, soumise à une concurrence des Etats entre eux au sein de l’Europe.
Le sujet qui fâche est encore celui du budget prévu à la baisse à partir de 2021, soit une enveloppe de 365 milliards d’euros sur sept ans. Pour la France, une baisse de 9 milliards d’euros actuellement à 8,9 milliards pour la période 2021-2027. Au delà des chiffres incriminés, il convient encore de justifier la nature de l’agriculture recherchée pour les professionnels, les objectifs d’une autre agriculture plus respectueuse de la nature, de l’homme, de l’animal et de la planète traversant les esprits... et des propositions concernant « la modification des règles d’attribution des aides calculées non plus par unité de surface mais par unité de main d’œuvre, en voulant passer d’un assistanat à un système qui rémunère les agriculteurs pour les services rendus au cœur du développement territorial, la préservation durable des ressources, la lutte climatique, la santé  et la protection de la biodiversité ».
Chacun comprend l’amplitude de tels défis pour la terre, la protection de ceux qui la cultivent et la protègent ainsi que le rayonnement de leur action dans une vision durable en faveur des générations suivantes.
C - L’agriculture biologique
Le sujet demeure sensible. En France, 5,99 % de la superficie sont réservées au bio, en Espagne 8,73 %, au Portugal 7,04%, en italie 14,86 %, en Autriche 23,37 %, en Allemagne, 6,82%, en Belgique, 6,28%, aux Pays-Bas 3,14 %, en république tchèque 14,09 %, au Danemark 8,6 %, en Suède 19,16 %, en Finlande 11,38 %, en Estonie 19,6 %, en Lettonie 13,92 %, en Lituanie 7,98%, en Slovénie 9,6%, en Croatie 6,46%, en Bulgarie 2,72 %, le Luxembourg 4,15 %, l’Irlande 1,66  %… En revanche, en Pologne, en Roumanie, en Grèce et au Royaume-Uni, les surfaces agricoles consacrées au bio ont baissé durant la période de 2012 à 2017.    
Ainsi donc évolue la profession agricole au bénéfice du bio dans la plupart des pays, mais selon des résultats divers. Un débat interne qui continuera dans l’avenir.

 

 

 

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