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Cinéma
Stanley Kubrick, première partie : naissance d’un visionnaire 1928-1965 (II)
Stanley Kubrick, première partie : naissance d’un visionnaire 1928-1965 (II)

| Jean-Louis Requena

Stanley Kubrick, première partie : naissance d’un visionnaire 1928-1965 (II)

En 1958, Stanley Kubrick qui a divorcé de Ruth Sobotka en 1957, épouse sa troisième femme qui n’est autre que la jeune chanteuse de cabaret de son dernier film : Susanne Christian (née Harlan), nièce de Veit Harlan (1899/1964) grand réalisateur allemand rallié au régime nazi (Le Juif Süss – 1940).

Revenu au États-Unis Stanley Kubrick entreprend deux scénarios qui n’aboutissent pas (refus des studios). Il travaille longuement (six mois) avec l’acteur Marlon Brando, alors au faîte de sa gloire, sur un projet de western : La Vengeance aux deux visages (1960). La star hollywoodienne se sépare du réalisateur pour mettre en scène, elle-même, dans des conditions rocambolesques, le western (durée du tournage, dépassement de budget, etc.) qui fera un « flop » au box-office.

Durant ce temps, Kirk Douglas, avec sa maison de production, a mis en chantier un péplum en coproduction avec une major d’Hollywood, la Universal Pictures Compagny. Son titre : Spartacus (1960). Il en est l’acteur principal (Spartacus). La major compagnie a exigé que le film au budget important (13 millions $ !) presque qu’autant que Ben Hur (1959) soit réalisé par un metteur en scène chevronné : Anthony Mann (1906/1967). Kirk Douglas, producteur exécutif, afin d’asseoir son autorité, réussit à faire licencier Antony Mann au bout de deux semaines de tournage, et d’imposer Stanley Kubrick alors âgé de 29 ans. Le scénario a été écrit par Dalton Trumbo (1905/1976) alors « blacklisté » (commission des activités antiaméricaines), à partir du roman éponyme de Howard Fast (1914/2003) communiste déclaré. Spartacus, narre l’histoire, idéalisée, de la révolte d’esclaves en 73 avant J.C qui fit trembler Rome. Le péplum, long métrage ambitieux de plus de trois heures (184’ et 197 minutes dans sa version restaurée - 1991), brasse une foule de personnages : Les esclaves, Spartacus (Kirk Douglas), Varinia (Jean Simmons) la compagne de Spartacus, Antoninus (Tony Curtis) le compagnon lettré ; des romains : Crassus (Laurence Olivier), Lentulus Batiatus (Peter Ustinov), Cracchus (Charles Laughton), etc. C’est un tournage long (167 jours), compliqué (tournage en studio à Hollywood, en Espagne – scènes de bataille) en « Super Technirama » 70mm. Des conflits éclatent entre la star et Stanley Kubrick qui veut intervenir durant le tournage sur le scénario dont il trouve certaines scènes « débiles ». D’autre part, ses connaissances en matière de fabrication d’images le met en conflit avec le chef opérateur expérimenté Russell Metty (1906/1978)… Le jeune réalisateur malgré son âge (29 ans !), son apparence juvénile, ne paraît pas impressionné par la grande machinerie hollywoodienne…

A sa sortie au États-Unis, en octobre 1960, Spartacus est un immense succès national, puis international. Spartacus obtient quatre oscars en 1961 : meilleur second rôle (Peter Ustinov), Meilleurs costumes, Meilleure photographie, meilleure direction artistique.

Stanley Kubrick reniera ce film comme impersonnel car il était soumis, selon lui, à « l’enfer hollywoodien » où le réalisateur n’est qu’un tâcheron. Durant la longue production de Spartacus, deux filles naissent de son union avec Christine Kubrick : Anya Renata (1959) et Virian Vanessa (1960). Sa femme ayant déjà une fille d’une première union, Katarina, le couple a trois filles !

Première période anglaise… en noir et blanc (1961/1965)

En Angleterre, Stanley Kubrick travaille avec Vladimir Nabokov (1899/1977) sur une adaptation de son roman « scandaleux » publié en 1958, pour la première fois en France, comme un ouvrage pornographique : Lolita (1962). Edité aux États-Unis « Lolita » aura un succès mondial (14 millions d’exemplaires). Le réalisateur s’installe avec sa famille en Angleterre, afin d’échapper aux ligues de vertus puissantes qui l’attendent dans son pays. La loi anglaise exigeant que 80% de l’équipe technique et des acteurs soient anglais, Lolita sera un film britannique !

Un homme d’âge mur Humbert Humbert (James Manson), professeur de littérature loue une pièce dans une villa occupée par Charlotte Haze (Shelley Winters) et sa jeune fille Dolores « Lolita » Haze (Sue Lyon). Humbert épouse Charlotte mais est irrémédiablement attiré par « Lolita ». Autour de ce trio rode un malfaisant Clare Quilty (Peter Sellers) …

Le tournage a lieu pour une grande part dans les studios Elstree avec quelques plans extérieurs aux États-Unis. Pour la première fois Stanley Kubrick tourne certaines scènes avec un fond musical sur lequel il « cale » la mise en scène (mouvements d’appareils, jeu des acteurs). Les acteurs anglais étant d’excellents comédiens il leur demande d’improviser certaines scènes. Lolita (153’) sorti en juin 1962 aux États-Unis est un grand succès probablement à cause de son versant sulfureux (pour l’époque) bien que le réalisateur ait dû élaguer quelques scènes jugées scandaleuses.

En 1963, Stanley Kubrick travaille sur le roman de science-fiction de Peter George (1924/1966) paru en Angleterre sous le titre « Two Hours to Doom ». (Deux heures avant l’enfer). Il s’associe avec le romancier mais surtout Terry Southern (1924/1995) futur scénariste d’Easy Rider (1969) pour modifier considérablement le roman et l’incliner vers une farce tragique teintée d’humour noir : Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et a aimer la bombe (Dr Strangelove or : How I learned to Stop Worrying and Love the Bomb - 1964). L’histoire se déroule en pleine guerre froide. Le général d’aviation Jack Ripper (Sterling Hayden), paranoïaque, décide d’envoyer ses bombardiers stratégiques B-52 frapper l’Union Soviétique. Le Président des États-Unis Merkin Muffley (Peter Sellers) commande une réunion de crise dans la « war room » avec ses principaux conseillers dont le général d’aviation « Buck » Turgidson (George C. Scott) et l’ambassadeur de l’Union Soviétique Sadesky (Peter Bull). Il faut à tout prix stopper la catastrophe…

Le film est tourné aux studios de Shepperton dans la banlieue de Londres. La société de production est la firme hollywoodienne Colombia (budget de Docteur Folamour 2 millions $). Stanley Kubrick épaté par le travail d’improvisation de Peter Sellers sur son opus précédent (Lolita) l’engage de nouveau pour pas moins de trois rôles : Président des États Unis, Merkin Muffley, Group Captain Lionel Mandrake et Docteur Folamour paraplégique et nazi ! Pour incarner les personnages fort différents les uns des autres, Peter Sellers donne libre cours à sa fantaisie filmée par le réalisateur avec deux, voire trois caméras. La war room immense, sombre, avec quelques taches de lumière au-dessus des protagonistes est l’œuvre du chef décorateur Ken Adam (1921/2016) qui sera le directeur artistique attitré de la quasi-totalité des James Bond (décors monumentaux détruits dans les dernières séquences des James Bond).

Docteur Folamour (94’) est une farce burlesque qui montre sous une forme satirique, hilarante les dangers de la guerre froide ou un seul micro accident (folie d’un général) suffit à embraser la planète (guerre atomique).

A sa sortie, en 1964, Docteur Folamour rencontre un grand succès tant aux États-Unis que dans le monde. Stanley Kubrick démontre que l’on peut rire de tout y compris de la peur.

A suivre la semaine prochaine : 2ème partie : La notoriété mondiale (1966-1999)

Légende : Lolita de Stanley Kubrick

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