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La pandémie commentée par un généticien.
La pandémie commentée par un généticien.

| François-Xavier Esponde

La pandémie commentée par un généticien.

1 – Le regard du Professeur Axel Kahn

Deux commentaires, celui du Professeur Axel Kahn, généticien et Président de la Ligue contre le cancer, et de sœur Bénédicte Lamoureux, directrice du Centre spirituel jésuite « Les Côteaux -Pais » de Toulouse, sur la pandémie en cours dans le monde et au coeur de notre vie présente.

- Le Pr Kahn dit son sentiment prudent et optimiste que « malgré son caractère agressif, le virus est en très net déclin. Après les épidémies virales du XXème siècle, telle la grippe espagnole de 1917-19, la grippe asiatique de 1957, la grippe de Hong Kong de 1968-70, les secondes vagues, lorsqu’elles sont survenues, ont eu lieu l’année suivante, plutôt que dans la foulée de la première.
- Le bénéfice du confinement fut de ramener la circulation virale à ce qu’elle était au tout début de l’épidémie en février.
- L’étude épidémiologique pour identifier les cas contacts, a évité l’extension de la maladie à partir des foyers de la Haute Savoie, du Morbihan, de Montpellier et de l’Oise, dès février.
Cette stratégie fut menée comparativement à un niveau beaucoup plus élevé en Corée du Sud et fit merveille. La politique du traçage, détection, identification des contacts et isolement ciblé prévu, devrait en principe, si l’isolement physique et les gestes barrières sont respectés, permettre d’éviter un redémarrage rapide de l’épidémie », souligne le Pr Axel Kahn.

Mais pendant deux mois, poursuit le généticien, beaucoup de personnes ont renoncé à consulter de peur d’être contaminées, ou de déranger le médecin à la tâche du Covid19 .
Il est urgent désormais que l’accalmie étant très nette, l’exercice de la médecine retrouve son cours normal.
Beaucoup de personnes auraient dû consulter pour des signes cliniques déclarés mais ne l’ont pas fait durant cette période.
Ainsi, deux fois moins de cancers qu’en période normale furent diagnostiqués, soit un déficit de 320 000 cas par rapport à ceux attendus : 400 000 nouveaux cancers diagnostiqués tous les ans.
Ces retards pouvant avoir fait perdre des chances de guérison.

En ce qui concerne les personnes en traitement du cancer, la règle fut d’éviter qu’elles soient contaminées par le virus d’autant qu’on les présumait plus fragiles au Covid 19, sans mettre en péril l’efficacité de leur traitement anticancéreux.
- De facto les cures de chimiothérapie, les séances de radiothérapie dans les interventions programmées furent retardées, certains protocoles furent adaptés et parfois modifiés.
L’heure est venue de rattraper tous les retards passés qui produiront quelque embouteillage probable à l’heure des consultations médicales prochaines.

2 - La pandémie a ses effets annexes.

- Le confinement a été un révélateur de désordres psychiatriques, ajoute le généticien, encore non catalogués et surtout un facteur de décompensation parfois sévère de psychoses connues. Car leur diagnostic a du être différé sans modifier leur cause, comme cela est le cas pour toute autre maladie.
Ce virus nous révèle collectivement dans nos fragilités mais il n’y a a de vie sans virus.
Ils sont contemporains de l’apparition de la vie elle même.Car aucune espèce bactérienne, végétale ou animale n’en est indemne. L’espèce humaine n’est que l’une d’entre elles.

Au XXème siècle, nous connûmes quatre pandémies virales. Trois dit le Pr Kahn, plus graves que le Covid – 19. Les chiffres parlent d’eux mêmes :
- La grippe espagnole fit de 20 à 40 millions de morts dans le monde.
- La grippe asiatique, deux millions de morts, la grippe de Hong Kong, un million.
- Le Sida 40 millions de morts.
Le Covid -19 n’est que la première pandémie du XXIème siècle.

Il y en aura d’autres souligne le généticien. La dernière eut lieu il y a cinquante ans, la grippe de Hong Kong est déjà oubliée.
Deux raisons l’expliqueraient : en 1968 - 70, sans en faire toute une histoire, l’Europe était soucieuse d’autres problèmes que de cette épidémie, étrangère pour elle.

- Puis encore en cinquante ans de progrès médicaux, on a fini par faire croire aux gens que de tels épisodes étaient devenus impossibles, comme ils le demeurent inéluctables, comme ils le seront encore dans l’avenir.
La fragilité de nos sociétés n’est pas tellement due à l’agent viral lui - même mais à ce que l’homme du XXIème siècle est disposé à consentir, en moyens et en efforts dantesques pour juguler un agent infectieux responsable d’une pandémie somme toute banale en regard de celles du passé.
Alors, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le monde s’est figé. Au total, conclut le Pr Kahn, les conséquences sociales, sociétales, économiques de la pandémie l’emporteront de loin sur celles liées au covid 19 en lui-même.
Les réactions sociétales de la pandémie témoignent en effet, poursuit le professeur, que l’acceptation des pertes humaines au profit d’un autre dessein est devenue impossible. D’où les moyens mis en œuvre.
On connaissait le phénomène avec la guerre d’où tend à être rejetée l’hypothèse de la perte des siens. L’offensive sans perte acceptable.
La mort est l’échec suprême, incroyablement douloureux, d’une société qui se présente et se rêve capable de surmonter tous les obstacles.
De ce point de vue, le tableau de cette pandémie est original seulement par la réaction des sociétés de ce nouveau siècle à un épisode sinon dit, non exceptionnel.

L’échec que constitue la mort pourrait conduire à la masquer. C’est le contraire que l’on a observé en dramatisant la situation et justifier l’ampleur des moyens mis en œuvre et les sacrifices consentis…
En théâtralisant la mort par ce rituel vespéral nous partagions tous les soirs le bilan détaillé des victimes de la pandémie...
Concluant le propos, le Pr Axel Kahn souligne enfin, que les personnes âgées durant ces semaines de confinement, ont appelé à reconsidérer le sens de l’existence.
Toutes ces personnes ont exprimé leur désir de vivre et non seulement éviter de mourir.
L’existence ne peut en aucun cas se limiter à ce but. Ne pas mourir n’a en définitive qu’un seul objectif, celui d’en profiter pour inscrire dans l’intervalle du temps restant, une vie dont on puisse se réjouir de la vivre”.

A propos de la santé spirituelle...

Bénédicte Lamoureux, issue de la tradition jésuite de l’Ordre des Xavières, directrice du Centre Spirituel « Les Côteaux Pais » de Toulouse témoigne de ce temps inédit de la pandémie pour un croyant : « Cette vie ne fut une parenthèse, mais notre vie vécue différemment ».
Elle nous rappelle l’expérience de saint Ignace en mai 1521. Les Français assiégeaient la citadelle de Pampelune où s’étaient repliée une poignée de Basques (combattant dans les rangs castillans) emmenée par le soldat Ignace de Loiola : l’ancien page de la cour du roi de Castille sait la bataille perdue d’avance mais il est terriblement orgueilleux : plutôt mourir que de se rendre.
Jusqu’à ce qu’un boulet de canon lui brise une jambe.
Confiné à Loiola, le jeune soldat de 26 ans, s’ennuie. On lui apporte des romans de chevalerie, une vie de Jésus et le « Flos sanctorum », des vies de saints.

Pendant une si longue convalescence imposée, il observe que différents mouvements intérieurs l’habitent : dans une vie partagée de rêveries sentimentales et amoureuses, et la lecture des vies de saints, il découvre ce qu’il appelle la motion de l’Esprit en lui.
Le goût de l’introspection spirituelle, un examen général de sa vie, chercher et trouver Dieu en toute chose, et découvrir sa volonté dans le menu du quotidien le hantent. Relire sa vie, réorganiser, revivre, repenser, retracer, redire impliquent une réflexivité du soi sur soi-même.
La relecture ignacienne se fonde dans cette intériorité personnelle, devant Dieu et selon le souffle de son Esprit. Pour gagner une relation intime avec Lui donne d’être en paix avec son passé, de vivre le présent et d’être envoyé vers l’avenir.

La méthode ignacienne suit une conduite intérieure, tout d’abord en laissant jaillir sa mémoire.
Pendant le confinement, familles, travail, vie conjugale, vie spirituelle, amitiés et voisinages, usage des médias, ont pu nourrir de la joie mais aussi de la désolation ajoutée.
La relation aux autres a pu être difficile, et les accès d’humeur personnelle monter en croissance, au détriment d’une convivialité sociale apaisée.
Repartir en cette vie dé-confinée ouvre à une vie nouvelle.Savoir ce qui fut bénéfique pour notre santé spirituelle invite à faire le choix personnel d’un engagement durable. « La sagesse ignacienne, dira Bénédicte Lamoureux, demande le choix d’une résolution une pour concentrer sa volonté  et accomplir une décision ajustée et jouable ».

Un temps de prière, d’intériorité et de gratuité, nourrit ce que les ignaciens - en cela fidèles à Iñigo de Loiola - appellent “la prière d’Alliance”, la grâce spéciale accordée par Dieu suivant notre attente !

Légende :  Iñigo, blessé à Pampelune, puis « confiné » à Loiola

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