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Cinéma
La critique de Jean Louis Requena © DR

| Jean-Louis Requena

La critique de Jean Louis Requena

Zombi Child - Film français de Bertrand Bonello – 103’

Haïti 1962. Dans l’obscurité, des mains armées d’un grand couteau, découpent, dépècent un poisson ballon (tétraodon) pour en extraire les entrailles. L’homme, un sorcier vaudou, prépare en silence une décoction qu’il saupoudre ensuite dans une paire de chaussures… Un homme marche dans une rue ensoleillée et s’écroule : il est mort. S’ensuit une cérémonie funéraire avec chants et liturgies vaudou. Rapidement il est mis en terre dans un grand cercueil blanc. Le défunt, c’est Clairvius Narcisse que l’on retrouve ensuite errant dans le cimetière puis la nuit, indolent, en compagnie d’esclaves, coupant la canne à sucre sous les ordres d’un contremaître violent…

En France, 50 ans plus tard. Dans la prestigieuse école des Demoiselles de la Légion d’Honneur, Fanny (Louise Labèque) vit un intense chagrin d’amour : Pablo (Sayyid El Alami), son amoureux, s’est éloigné d’elle. Elle le réclame, souffre de son absence. Pensionnaire de cette institution d’excellence, elle se renferme, s’isole perdue dans sa douleur. Cependant, elle demeure entourée de quelques amies : Salomé, Romy, Adèle qui forment, avec elle, un petit groupe soudé… Une nouvelle venue s’intègre à ce cercle après quelques épreuves initiatiques d’usage : Melissa (Wislanda Louimat), jeune femme noire originaire d’Haïti.

Cette sororité s’entend à merveille. Certaines nuits elles se regroupent pour chantonner, se distraire, maintenir leur cohésion : le niveau d’exigence scolaire de ce pensionnat est fort élevé comme l’a souligné la surintendante de l’établissement. Seule la réussite compte. La pression scolaire augmente. Le petit groupe féminin fait bloc en dépit de la mystérieuse personnalité de Melissa venue d’un autre univers : elle converse au téléphone en créole avec une interlocutrice que personne ne connaît. Elle ne reçoit pas de visite…

Les deux niveaux historiques, l’espace (Haïti – France), et le temps (1962 – 2012) cohabitent, s’imbriquent. Des passerelles scénaristiques, parfois laborieuses, permettent le passage d’un univers à un autre, d’une temporalité à une seconde, avant que celles-ci ne fusionnent.

Bertrand Bonello (50 ans), réalisateur et scénariste, a tenté de nous livrer trois films de genre en un : un film documentaire (les scènes de vaudou en Haïti), un « Teen movie » (jeunes adolescentes au pensionnat), et enfin un film « gore » sur les zombis. Accommoder dans le même récit ces trois genres constituait une gageure que Bertrand Bonello, remarquable cinéaste par ailleurs (« L’Appollonide, souvenirs d’une maison close » – 2011, « Saint Laurent » – 2014) ne parvient pas à réussir entièrement, nous semble-t-il, faute de moyens financiers. Ce long métrage a été produit avec un budget de 1,5 millions d’euros, ce qui est notoirement insuffisant. Notons que le budget moyen d’un long métrage de fiction en France est de 4 millions d’euros (source : Centre National du Cinéma – Étude sur la production cinématographique 2018).

Du coup, le réalisateur/scénariste cumule les faiblesses dans le déroulé des deux intrigues (les univers s’emboîtent mal vers la fin du récit) et le travail sur l’image manque de finition par déficit de moyens (éclairage, caméra à l’épaule).

Bertrand Bonello a choisi le parti de tourner son film rapidement (son direct) plutôt que d’attendre d’hypothétiques financements qui lui auraient donné plus de confort. C’est son choix et c’est fort respectable dans ce métier si aléatoire de réalisateur de films. Il n’en reste pas moins que ce metteur en scène attachant, cultivé (compositeur et musicien classique !) reprend, dans son huitième long métrage, en mode mineur, le thème de la dualité qui apparaît comme la poutre maîtresse de son œuvre.

Ce dernier opus a été projeté à la Quinzaine des Réalisateurs au dernier Festival de Cannes.

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