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Exposition
Gregorio Ordoñez : une destinée prometteuse fauchée en plein vol © ALC - Gregorio Ordoñez et son épouse sur l'Adour

| Alexandre de La Cerda

Gregorio Ordoñez : une destinée prometteuse fauchée en plein vol

L'exposition « Gregorio Ordoñez. La vie possible » vient d’être inaugurée mercredi dernier au Palais Miramar de Donostia/Saint-Sébastien par sa veuve Ana Iribar, accompagnée de la commissaire de l'exposition, María Jiménez, du responsable de la conception muséologique, Enrique Bonet, du directeur de la production audiovisuelle Iñaki Arteta, et du rédacteur du catalogue Gonzalo Saavedra. Elle rappelle, à travers près de 300 objets personnels, images et matériel de campagnes électorales, la vie du député au Parlement basque et maire-adjoint de la capitale guipuzcoanne assassiné par ETA il y a un quart de siècle, le 23 janvier 1995.
L'exposition propose "une biographie concentrée d'Ordoñez, non seulement de la politique, mais aussi de sa façon d'être, de son personnage et de sa façon de vivre qui est totalement liée à sa façon de faire de la politique et au projet qu'il avait". Elle est divisée en trois salles, la première consacrée à l'attentat contre Ordóñez, "pourquoi nous sommes ici", une seconde qui déroule sa biographie politique "à toutes ses étapes, à la Mairie de Donostia et au Parlement basque", et une troisième consacrée à ses origines familiales, du Venezuela où il est né, en passant par Pampelune où il a étudié et à Saint-Sébastien. Ce sont, au total, près de 300 objets entre photographies, objets personnels, matériel de campagne électorale, qui sont exposés dans cette exposition qui veut essentiellement non seulement raconter ce qui s'est passé, mais aussi évoquer ce qui aurait pu se passer si la trajectoire de Gregorio Ordonez n'avait pas été privée de son élan.
Elle sera ensuite montée à Bruxelles, Madrid et en d'autres lieux tout en accueillant des écoliers et des étudiants... 
Une popularité sans égal
Tranchant singulièrement sur une époque et des mœurs politiques dont la veulerie, la corruption et les compromissions sont légion, Gregorio Ordóñez incarnait à merveille l'intégrité et la passion au service de la cité et de ses habitants pour lesquels, sacrifiant sa vie de famille, il fonctionnait pour ainsi dire jour et nuit « à guichets ouverts ».
Ne déclarait-il pas : « les seules commissions que je veux percevoir sont celles de l’Eternité, qui donnent un billet pour le Ciel »
Ses charges nombreuses au service de la collectivité ne l'empêchaient pas de se lever au petit matin pour aller suivre, avant l'ouverture des bureaux, des cours de basque afin de mieux maîtriser la langue et la culture d’un pays et d’une ville qui lui tenaient tant à cœur.
Formé au journalisme à l’Université de Navarre, Gregorio Ordóñez obliqua rapidement vers la politique dans un contexte d’agitation et de violence qui troublait alors la capitale du Guipuzcoa où vivait sa famille. De l’Allianza Popular des débuts jusqu’au Partido Popular d’Aznar, il mena sa formation vers des succès électoraux incroyables – obtenant le plus grand nombre de suffrages aux européennes de 1994 à Saint-Sébastien – en politique atypique qui savait parfois demeurer indocile à certaines consignes et manières de penser partisanes. Car, il répétait toujours : « Je suis de Saint-Sébastien avant d’être du P.P. ; je travaille en blanc et bleu ! » (les couleurs de la ville, ndlr).
Jovial – même avec ses ennemis politiques – et un éternel sourire aux lèvres, Gregorio – « Goyo » pour ses proches - tenait la gastronomie comme instrument de base pour le rapprochement des peuples : toutes ses réunions se concluaient d’un joyeux repas arrosé de bon vin auquel il n’hésitait pas à convier ses contradicteurs.
De simple conseiller municipal élu en 1983, il devint maire-adjoint et tout laissait supposer qu’il fût même élu maire de la ville lors des municipales de 1995, tel était son degré de popularité toutes tendances politiques confondues. Ses assassins ne lui en laissèrent pas le loisir : le lundi 23 juin 1995, il mourut d’une balle dans la nuque tirée par derrière et à bout portant lorsqu’il déjeunait en compagnie de quelques collaborateurs au bar « La Cepa » dans la vieille ville. Il laissait une veuve et un fils âgé d’un an et demi.
Précurseur des relations transfrontalières
Avec lui disparaissait le brillant ambassadeur de Saint-Sébastien qui avait réussi en quelques années à redresser l’image de sa ville bien-aimée en établissant d’innombrables relations avec d’autres régions et pays. Il eut particulièrement à cœur de renouer la collaboration pratiquement interrompue à l’époque avec le Sud-Ouest, les provinces basques voisines et leurs élus, parfois réticents et souvent incompréhensifs à l'égard des cousins d'outre-Bidassoa et de leurs réalités. Combien aura-t-il accompagné de « tamborradas » dans leurs amicaux défilés par les rues de Biarritz, Pau, Mont-de-Marsan, Bordeaux et Toulouse ; combien ai-je organisé avec lui et sous son égide, de semaines culturelles, de réceptions et d'invitations, d’échanges de toute sorte, en particulier dans le domaine du tourisme – qu’il voulait de qualité pour préserver un environnement privilégié - toujours dans le but de lancer davantage de ponts entre des populations géographiquement si proches, mais éloignées dans leur entendement mutuel ? Comment ne pas égrener quelques souvenirs nostalgiques, alors que les relations se sont considérablement améliorées de part et d’autre de la « muga » ? C’était lors de la première municipalité Borotra, au début des années 90 : d’une volonté conjointe du rédacteur de cet article et de son ami Gregorio Ordóñez, adjoint au maire et délégué au tourisme de Saint-Sébastien, naquit une promotion commune des deux « villégiatures-reines » de part et d’autre de la Bidassoa. Le projet avait été monté grâce à l’appui de l’adjoint au tourisme biarrot de l’époque, Philippe Morel. Avec ma petite équipe formée essentiellement de mon filleul Guillaume, j’avais présenté complémentairement les atouts des deux villes, et avec beaucoup de succès, notamment devant les centaines de milliers de visiteurs des foires internationales de Toulouse et de Bordeaux, afin de promouvoir un tourisme « de proximité et de qualité » en préservant son environnement privilégié.
Concept qui fut mis en sommeil et oublié aussitôt que Philippe Morel fut remplacé par l’entité « Biarritz Tourisme »… Et cette mémorable promotion de la littérature basque au Virgin Mégastore de Bordeaux en février 1991, avec l’appui du Dr Jean Tavernier, alors président du Conseil régional d'Aquitaine, et surtout du dynamique adjoint au maire de Bordeaux Dimitri-Georges Lavroff, grand constitutionnaliste et président de l’Université de Bordeaux I, trop tôt disparu il y a quelques années ! Sans oublier la gastronomie avec la présentation de mon livre « Les Secrets de la cuisine basque » dans les salons de la librairie Mollat, avec Gregorio et le chef Martin Berasategui ! Et ses rares vacances, il les prenait en Iparralde : sur notre photo, avec Ana Iribar,  en bateau sur l’Adour, le pilote étant l’auteur de l’article ! 
Peu de temps avant d’être tué, Gregorio Ordóñez souhaitait, en tant que délégué à l’urbanisme, attribuer les noms de quelques villes du Pays Basque de France aux rues des quartiers nouvellement construits de Saint-Sébastien…

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