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En avant la chronique ! de Philippe Chauché
En avant la chronique ! de Philippe Chauché

| Alexandre de La Cerda

En avant la chronique ! de Philippe Chauché

Ce fut un pur plaisir que de retrouver par le hasard d’Internet Philippe Chauché qui avait collaboré avec ma station « Radio Adour Navarre » dès ses premiers mois d’existence, à la fin des années 70, lorsqu’il y assurait la chronique de jazz avec Robert Latxague. Passé ensuite sur Radio Pays Basque (devenue « France Bleu ») après des études à l'IUT de journalisme de Bordeaux, Philippe était resté à Radio France où, installé désormais en Avignon, il a accompli toute sa trajectoire professionnelle en se livrant à ses passions : au jazz, il ajouta ainsi la corrida, le théâtre, la photo, la poésie occitane… et la littérature !

Et c’est ainsi qu’après une interruption de quasi quatre décennies (!), nous renouâmes nos belles relations d’antan grâce à ses publications dans « La Cause littéraire » qui s’invita un jour à mon compte sur Facebook ! Je n’en fus que plus intéressé de recevoir son dernier ouvrage « En avant la chronique ! » publié chez l’éditeur Louise Bottu.
Il s'agit précisément d'un recueil de ses critiques littéraires dans « La Cause littéraire », augmenté d'une « Réflexion sur la critique » où j’ai également eu le plaisir de retrouver - parmi les diverses contributions - un autre de mes collègues ès-chroniques journalistiques, c’était aussi il y a bien longtemps, dans les colonnes de l’hebdo régional du Pays Basque : le romancier Frédéric Aribit. Qualifiant de difficile autant qu’étrange l’art de la critique littéraire consistant à « ajouter au texte premier l’audace d’un texte second qui s’interpose entre lui et le lecteur, une lecture clefs en main, en somme, comme d’autres font des meubles, Frédéric cite Julien Gracq : « Que dire à ces gens qui, croyant posséder une clef, n’ont de cesse qu’ils n’aient disposé votre œuvre en forme de serrure » ?

Et bien, avec entrain et savoir, Philippe Chauché réussit parfaitement à nous fournir les clefs et surtout l’envie de découvrir à foison de nouveaux livres et leurs auteurs !
Cela va depuis les sujets d’histoire récente comme « Le général a disparu » de Georges-Marc Benamou qui, « en écrivain, s’empare de cette histoire qui a fait l’Histoire du Général, cette disparition, ces hésitations, ces doutes, et finalement cette profonde détermination d’être là où il doit être, quoi qu’il arrive. Du Palais à Baden-Baden, ce roman pressé est un combat de boxe, tout va très vite, on retient son souffle, on est admiratif de la prouesse romanesque, de la construction, de la composition, éblouis par les portraits de ces hommes d’action ou de pouvoir. On est saisi par le regard aiguisé de l’écrivain, les esquives, les éclats, la vision d’un homme romanesque qui tremble et qui est sur le point de tomber... »
Jusqu’à « Nikolaï, le bolchevik amoureux » de Gérard Guéguan, où prédominent « ruse et feinte » dans un Paris, nid d’espions à l’ambassade de l’Hôtel d’Estrées (la Russie, puis la Soviétie, ndlr.), avec des rencontres, Malraux et l’ombre de Trotsky...

« Silence, exil et ruse », encore, à propos du roman « Le Nouveau » de Philippe Sollers, sans oublier ses attaches au Pays Basque lorsque Philippe Chauché évoque « Oyana » d’Eric Plamondon avec ses ramifications autour d’ETA, ainsi que « Cabaret Biarritz » et sa célèbre « Villa Belza » devenue le cabaret « Château Basque » par la grâce des émigrés russes blancs : « Ah, Biarritz ! Qui n’a point vécu cet âge d’or à Biarritz ne connaît ni la vie, ni ses plaisirs... »

Succédant à une promenade photographique d’« Hiver en Galilée », Philippe n’a pas crainte d'arpenter encore le  « Boulevard Saint-Germain » en compagnie de Gabriel Matzneff, à une époque où beaucoup de ses anciens « zélateurs » se sont détournés de l’écrivain : « La source de l’écriture est le refus de l’oubli, et la mémoire est le fondement de toute culture, profane ou sacrée ».

La tauromachie, la poésie (avec Marina Tsvetaeva dans « Manifeste Incertain »), le jazz et le baroque ne sont guère absents de ce merveilleux recueil d’un « honnête homme cultivé », rare en notre siècle de presse et de superficialité : à l’image du « Dandysme en littérature » de Jean-Jacques Schuhl et Guillaume Basquin, Philippe Chauché sait lire et écrire « afin de se glisser avec légèreté dans une œuvre, sans oublier de s’y confronter, parfois même croiser le fer ; savoir lire pour bien savoir écrire, l’inverse est aussi nécessaire »… Il y réussit admirablement !

« En avant la chronique ! » de Philippe Chauché, chez Louise Bottu, 175 pages 16 €.

Alexandre de La Cerda

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