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Cinéma
Bonnard, Pierre et Marthe (122’) - Film français de Martin Provost
Bonnard, Pierre et Marthe (122’) - Film français de Martin Provost

| Jean-Louis Requena 850 mots

Bonnard, Pierre et Marthe (122’) - Film français de Martin Provost

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Cecile de France entourée de Martin Provost et Vincent Macaigne ©
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Vincent Macaigne ©
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Paris 1893. Une main agile dessine sur une feuille blanche, les contours du visage d’une jeune femme. Un peintre et son modèle. Le peintre est Pierre Bonnard (Vincent Macaigne) âgé de 26 ans, à la renommée déjà établie dans le milieu artistique de la capitale. 
Issu d’une famille bourgeoise, il est bien élevé et a suivi de bonnes études en droit afin de devenir avocat en 1889, à 22 ans. 
Son attirance et son don pour la peinture ont été plus forts : il délaisse la carrière pour devenir définitivement artiste. 
Le modèle, jeune femme de 24 ans qui pose inconfortablement dans son petit atelier, décline son nom : Marthe de Meligny (Cécile de France), une princesse d’origine italienne suivant ses assertions. Pierre Bonnard a été séduit en l’apercevant dans la rue, où malgré sa timidité, il l’a abordée en lui proposant de la dessiner. Elle a accepté l’offre. 
Marthe travaille à proximité dans une boutique de confection de fleurs artificielles. Pierre et Marthe deviennent amants ; très vite ils sont en couple. Le peintre qui a une prédilection pour le nu féminin la représente sans cesse dans ses tableaux avec son corps harmonieux (1893 : La baignade ; 1899 : L’Indolente, etc.). Le corps nu de Marthe désiré, offert, bien que représenté sous tous les angles (face, profil, trois quart, allongé, plongé, etc.) n’est jamais représenté sous une forme obscène ; elle peuple les tableaux de son compagnon.

Marthe découvre l’univers artistique, bohème, de Pierre. A Paris, elle l’accompagne dans un salon très couru où trône la maîtresse de maison, Misia Godebska (Anouk Grinberg), une pianiste virtuose, volubile et exubérante. Elle n’est pas à l’aise dans ce milieu ou Pierre lui présente ses amis peintres, en particulier son compagnon de route du mouvement « nabi » (prophète en hébreu), Édouard Vuillard (Grégoire Leprince-Ringuet). Elle fuit les mondanités. Son titre de noblesse est usurpé : son vrai patronyme est Maria Boursin, d’humble origine berrichonne. 
De santé fragile, souffrant d’asthme, elle est souvent alitée, ou dans sa baignoire. Avec son compagnon devenu en 1925 son mari (découvrit-il ainsi son véritable patronyme ?) ils forment un couple dissemblable mais soudé, malgré la santé chancelante de Marthe et les nombreuses escapades de Pierre : un noyau infroissable.

Bonnard, Pierre et Marthe, est l’histoire de ce duo atypique …

Le réalisateur Martin Provost (66 ans) n’a réalisé que huit longs métrages sur près de trois décennies. Nous l’avons découvert en 2008 à l’occasion d’un film formidable, son troisième, déjà « biopic » d’une artiste peintre « naïve », Séraphine (7 Césars !), joué avec conviction par Yolande Moreau (César de la meilleure actrice). En 2013, il nous propose Violette, nouveau « biopic » sur l’écrivaine Violette Leduc (1907/1972) une autodidacte à l’écriture brute, sans fard. 
Bonnard, Pierre et Marthe, dont il a rédigé le scénario, est aussi un portrait de femme fascinante à la fois fragile (santé) et forte (détermination). Sans être une créatrice, à l’instar de Séraphine et Violette, malgré les multiples maux dont elle est accablée, les dépressions, les infidélités de Pierre, elle a su le garder auprès d’elle jusqu’à sa fin (1942).

Il y a deux tabous dans l’industrie cinématographique : faire jouer des enfants ; faire jouer des animaux. Tous deux passent pour incontrôlables durant un tournage : les enfants cabotinent au fil des prises ; les animaux n’obéissent pas aux ordres ! Mais il existe deux autres difficultés : le récit d’un artiste peintre ou celle d’un écrivain. Leur art respectif se prête difficilement à la narration visuelle (redondante pour le peintre, ennuyeuse pour l’écrivain). 

Martin Provost avec Séraphine et Violette a « sauté » les deux obstacles grâce à son talent particulier : les deux longs métrages sont une réussite !

Pierre Bonnard (1867/1947) est un artiste majeur, multiple (décorateur, illustrateur, lithographe, graveur, et sculpteur), un extraordinaire coloriste, postimpressionniste, admiratif de ses ses amis Claude Monet (1840/1926), Auguste Renoir (1841/1919). 
Sa production picturale est à cheval sur la fin du XIXème siècle et la première moitié du XXème siècle. De ce fait, son œuvre a été dans l’ombre de deux monuments du XX ème siècle : Henri Matisse (1869/1954) et Pablo Picasso (1881/1973). 
Cependant sa peinture inclassable, figurative, hors des courants dominants, a recouvré sa place en 1960/1970 auprès d’un large public. Depuis, elle ne l’a plus quittée car ses tableaux nous parlent aujourd’hui plus que de son vivant. 
II y a deux sortes d’œuvres culturelles : celle qui tombe rapidement dans l’oubli et celle qui s’impose au fil du temps. Celle de Pierre Bonnard est d’évidence la seconde. Deux citations de Pierre Bonnard : « Il ne s’agit pas de peindre la vie, mais de rendre vivante la peinture », et aussi : « La peinture doit revenir à son but premier, l’examen de la vie intérieure des êtres humains ».

Bonnard, Pierre et Marthe est dans le genre « biopic » sage : il ne va pas bousculer le genre. Toutefois, ses personnages sont interprétés par de talentueux comédiens : Vincent Macaigne (Pierre Bonnard), Cécile de France (Marthe de Méligny), Anouk Grinberg (Misa Godebska) et André Marcon (Claude Monet). Le directeur de la photo, Guillaume Schiffman éclaire les scènes d’intérieurs et d’extérieurs dans une palette impressionniste : la lumière inonde l’écran !

Bonnard, Pierre et Marthe a été sélectionné au Festival de Cannes dans la section « Cannes Première ».

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