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Notre disparu(e)
In Memoriam : Jean-Loup Dabadie
In Memoriam : Jean-Loup Dabadie

| Yves Ugalde

In Memoriam : Jean-Loup Dabadie

Jean-Loup Dabadie n'était pas dupe de son titre d'immortel, dont il disait qu'il valait mieux en profiter de son vivant... Sûr qu'il tranchait sur les bancs de l'Académie française, pas loin du président Giscard d'Estaing qui est, on peut se le dire entre nous, à peu près aux lettres françaises ce que fut Guy des Cars à l'art du roman.

Depuis que la docte assemblée existe, l'arrivée sous la coupole des plumes légères et en contact épidermique avec les humeurs de leur temps, a toujours troublé beaucoup des vieux barbons du cénacle. Comme l'ouverture féminine provoquée par Marguerite Yourcenar avait, elle aussi, défrisé les mêmes têtes chenues. "Femmes, je vous aime !"... mais quand même !

En dehors de quelques auteurs tutélaires du génie français de la littérature qui ne souffrent pas discussion, Jean-Loup Dabadie était bien le dernier homme en vert à représenter ce qu'on appelle l'esprit français et dont il y a toujours eu un ou deux spécimens dans cette honorable quarantaine du dictionnaire.

Il a fait dire les choses les plus graves avec des phrases de tous les jours aux meilleurs troubadours de la chanson. Il a mis dans la bouche de Reggiani les mots sublimes d'un Italien qui rentre au logis où on ne l'attend plus. "Mais ce n'est plus le même chien"... Ecrit, sans un clairon ni un couplet martial, la plus belle chanson patriotique de tout notre répertoire avec sa "Lettre à France", livrée à un Polnareff de retour. Saisi à merveille le comique pathétique du dragueur sûr de son charme dans lequel Bedos et Daumier ont excellé. Donné au cinéma de Sautet (notre "Lettre" du 1er mai dernier, rubrique "cinéma", ndlr.) des dialogues qui étaient autant d'échos à nos quotidiens où on s'invente souvent des destins dont personne n'est vraiment convaincu. Pas même soi...

Et ce "Ma préférence" qu'il écrivit dans une maison de location estivale, Allée du Colonel Touchard à Anglet, avec Julien Clerc au piano à ses côtés, entre deux parties de pala en trinquet. Tenue blanche obligée. Comme sur le central de l'Aviron.

Dabadie avait les intuitions de nos vies et les mettait en forme pour, en fonction de l'interprète et de la situation, déclencher nos fous rires ou nos bouleversements. Un orfèvre, un tailleur de diamant, qui savait toujours éviter la noirceur des plus grandes désespérances par une tournure de style, un bon mot. Il savait rester léger tout en évitant l'inconsistance. Son fabuleux talent était là.

L'homme aimait notre région et ses gens. Ami de Jean Dauger et de Philippe Chatrier, jamais consolé des tournants technico-physiques du tennis et du rugby, qui furent ses grandes passions sportives, le geste l'intéressait beaucoup plus que l'effort. Il parlait du jeu dit "à la bayonnaise" comme on parle d'Alphonse Allais. Le style, la fantaisie, pour habiller une souffrance toujours palpable mais qu'il n'a jamais voulu nous jeter à la face avec des mots trop crus. C'est tellement plus difficile...

Il était pour moi une lumière, une forme de référence, dans son expression comme dans sa façon de vivre. Avec lui, on savait que l'élégance pouvait être le moyen le plus sûr de tout dire, de tout vivre et de tout endurer, sans jamais perdre son sourire, histoire de susciter celui des autres… Parce qu'en vérité, il n'y a rien de si grave que ça dans nos vies qui passent. C'était sa conviction et il a su si bien nous la faire partager. Et dire qu'il y a eu des gens à pendre tout ça pour de la futilité…

Légende : Jean-Loup Dabadie et Stéphanie son épouse

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