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Cinéma
A propos du film "Akelarre" projeté actuellement : la véritable histoire des sorcières basques !
A propos du film "Akelarre" projeté actuellement : la véritable histoire des sorcières basques !

| Alexandre de La Cerda 1256 mots

A propos du film "Akelarre" projeté actuellement : la véritable histoire des sorcières basques !

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"Aquelarre" ou le sabbat des sorcières vu part Goya (1797-1798) ©
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Sorcières équipe fondatrice Musée Basque.JPEG
L'équipe fondatrice du Musée Basque (anc. "cabinet de sorcellerie") par José de La Peña par ©
Sorcières équipe fondatrice Musée Basque.JPEG

C’est sur la belle plage de Laga située dans la Réserve de la Biosphère d’Urdaibai près d’Elantxobe en Biscaye ainsi qu’à Lesaka en Navarre et à Sare et Saint-Jean-de-Luz en Labourd que s’étaient donné rendez-vous les « sorcières » qui figurent dans « Akelarre », le cinquième long métrage du cinéaste argentin Pablo Agüero (« Eva ne s'endort pas » (2015), « Salamandra », 2005). 
L’action se déroule au Pays Basque en 1609. Les hommes de la région naviguent au large. Amaia, 14 ans, participe à une fête nocturne improvisée dans la forêt avec d'autres filles du village. Le juge Pierre de Rostéguy de Lancre, chargé par le roi Henri IV de purger la région de ses sorciers, les arrête et les accuse de sorcellerie. Amaia commence à offrir de la résistance au juge avant d'entrer peu à peu dans son jeu. Farouche et rusée, elle va progressivement prendre les rênes d’un duel de plus en plus intime… Le film présente une très jeune distribution dirigée par Amaia Aberasturi et Álex Brendemühl. Le directeur de la photographie est Javier Agirre (lauréat d’un prix « Goya » pour « Handia » en 2018) et la direction artistique est signée par Mikel Serrano (également un « Goya » pour « Handia »). La musique est interprétée par Maite Arroitajauregi d’Eibar.

Ce film, tourné à l’origine en espagnol et en basque, déjà lauréat de cinq « goya » (prix décernés par l'Académie des arts et des sciences cinématographiques d'Espagne), concourra également à la « Concha de oro » du Festival de Saint-Sébastien Zinamaldia en septembre prochain. Il est actuellement projeté dans les salles du Pays Basque : le Select à Saint-Jean-de-Luz, complexe Saint-Louis à Saint-Palais (le 27 août), le Vauban à Saint-Jean-Pied-de-Port (le 28), l’Aiglon de Cambo-les-Bains en présence du réalisateur Pablo Agüero qui y présentera son film (le 29), les Variétés à Hendaye (le 30), Getari Enea à Guéthary (le 31) et Itsas Mendi d’Urrugne le 1er septembre ainsi qu’à Bayonne (CGR Tarnos, etc.).
Malheureusement, dans les "déclarations d'intention" des uns et les commentaires des autres, il est toujours question de ce "marronnier" (en termes journalistiques, un sujet qui revient chaque année) que constitue l'aspect "répressif de l’église catholique romaine et de son Inquisition" auquel de bonnes âmes ajoutent encore "un antisémitisme échevelé"
Or, en ce qui concerne les procès de 1609, instrumentalisés par le pouvoir royal, ils répondaient à des questions essentiellement "géopolitiques", et ce sera plutôt l'évêque de Bayonne qui y mettra fin lorsque des prêtres du diocèse seront accusés de... sorcellerie ! D'où le rappel historique qui suit.

La véritable histoire des sorcières basques

Au début du XVIIème siècle, le Labourd subissait une terrible vague de procès en sorcellerie instruits par Pierre de Lancre, un conseiller au Parlement de Bordeaux d’origine basque. Ces événements ont durablement marqué la province, provoqué un début d’exode en Navarre également touchée et inspiré de grands peintres.

Dans une lettre datée du 17 janvier 1609, le roi Henri IV qui venait de nommer le conseiller au Parlement de Bordeaux Pierre de Lancre à la tête d’une commission chargée d’enquêter sur la sorcellerie au Labourd, « pays quasi infecté en tous endroits par un si grand nombre de sorciers et de sorcières », précisait que « les condamnations à mort des sorciers seront sans appel ».
Or, les célèbres procès en sorcellerie qui ont furieusement agité la province basque en débordant l’année suivante sur les villages navarrais voisins, particulièrement Zugarramurdi, pourraient être mis en relation avec la traite des fourrures que les Basques pratiquaient au Canada bien avant l’arrivée des Français et de Champlain, lesquels voulurent y imposer « leur » monopole d’un commerce si fructueux.

La proximité des dates et des protagonistes des deux affaires ne serait pas dus au seul hasard, même si l’un des éléments déclencheurs provenait des sanglantes rivalités entre luziens et ziburutar. Inimitié aussi vieille que la formation, par sa division d'Urrugne au XVIe siècle, de Ciboure que seule la Nivelle séparait de sa voisine Saint-Jean-de-Luz. Des rencontres sanglantes - attisées sans doute par la présence à Ciboure des cascarots, pour la plupart des nomades chassés d'Espagne par Philippe II - opposaient souvent les adversaires sur une île située entre les deux localités. Ces luttes atteignirent leur paroxysme au début du XVIIe siècle en débouchant sur des accusations mutuelles de sorcellerie.

Les Basques, premiers « trappeurs ».

Or, quelques mois auparavant, les pêcheurs basques qui fréquentaient depuis des décennies les « terres neuves » et les rives du Saint-Laurent au Canada, s’adonnaient au commerce ou traite des fourrures grâce à leurs relations privilégiées avec les Amérindiens autochtones, lesquels avaient même adopté un certain nombre de mots et d’expression de l’euskara : par exemple, le terme orignal, désignant l’élan du Canada, proviendrait du basque. !

C’est, donc, bien résolus à défendre l’antériorité de leurs droits que nos compatriotes accueillirent le protestant Pierre du Gua de Monts, chef d'expédition et principal bénéficiaire des monopoles de commerce. Une bataille navale tourna même au profit du navire basque commandé par Martin Darretche qui ne reconnaissait pas le privilège de la traite des fourrures attribué par Henri IV au sieur de Monts. Champlain, arrivé sur ces entrefaites, dut user de diplomatie avec les Basques pour ne pas compromettre son installation à Québec. Il attendit que l’affaire se règle en France, mais manqua d’être assassiné lors d’un complot ourdi par les marins basques…

Rendu furieux, Henri IV conseillé par le chancelier Brulart de Sillery, choisit ce moment pour charger Pierre de Lancre d’enquêter sur la sorcellerie au Labourd.

On notera encore que, parmi les acteurs décisifs dans la création de ce tribunal itinérant, outre Brulart de Sillery - ami des Jésuites -, on trouve le confesseur du roi, le Père Cotton, qui avait pour priorité depuis 1606 l’installation des Jésuites au Canada…

De Lancre à Goya et La Peña

Le 2 juillet 1609 commence l’une des plus terribles chasses aux sorcières en Labourd et la commission présidée par Pierre de Lancre sévira jusqu’à l’automne lorsque les marins basques, prévenus, rentreront précipitamment des « terres neuves » canadiennes.
Entre-temps, Lancre et ses enquêteurs auront « purgé le pays de tous les sorciers et sorcières sous l'emprise des démons » et fait la lumière, en particulier à Saint-Jean-de-Luz, sur « les actes des réfugiés juifs et mauresques expulsés d'Espagne et du Portugal », mais aussi sur « les mœurs réputées libres des femmes de marins en l'absence de leurs maris, et sur les comportements des guérisseuses et cartomanciennes ».

Or, le pourfendeur des sorcières basques, bien que né à Bordeaux en 1553, était le fils d'Étienne de Rosteguy, conseiller du roi et seigneur de Lancre, issu d'une famille de marchands basques.

Le grand peintre Goya s’inspirera du récit publié par Lancre en 1612 sous le titre de « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et des démons, où il est amplement traité des sorciers et de la sorcellerie, livre très utile et nécessaire non seulement aux juges, mais à tous ceux qui vivent sous les lois chrétiennes… ». Avant de peindre ses célèbres « peintures noires » d’où sourd l’hallucinante fureur du « Pré au bouc », il avait figuré un « Aquelarre » pour la demeure des ducs d’Osuna. On y reconnaît l’assemblée des « sorgins » autour d’un akerra « satanisé » et, dans « Asmodea », l’envol vers le sabbat avec au fond le profil caractéristique de la montagne des « Trois Couronnes » vue de La Rhune. Un siècle plus tard, dans les premières années de la création du Musée Basque à Bayonne, son directeur William Boissel fit appel au peintre José de La Peña afin d’y créer un véritable « cabinet de sorcellerie ». On peut espérer qu'un jour, l’équipe du musée remettra en lumière ces terribles événements !

« Asmodea » de Goya

Le sabbat des sorcières vu part Goya

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Le sabbat des sorcieres peint par Goya ©
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"Asmodea" par Goya ©
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Répondre à () :

Nathalie Wostrikoff | 09/09/2021 04:49

Abonnée, mais je n’ai plus rien reçu depuis fin juillet (23). La revue me manque et j’aimerais que les envois reprennent vite….

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