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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Saint Palais des années 60

Saint-Palais, les haras « Saldi-choury » © SR

1 - Saint Palais fut de toute origine un chef-lieu actif et vivant du Pays Basque.

Souvenirs de ces années d’enfance dans ces années 60, on y trouvait commerces, écoles, dispensaire - hôpital, internats scolaires et vie commerciale pour le Pays Basque et les franges béarnaises des cantons voisins. Des commerces nombreux familiaux dont le souvenir demeure dans les deux artères de la cité.

Le marché du vendredi était un temps fort de la semaine avec son florilège de vendeurs de bestiaux, de produits fermiers et de volailles, dans une ambiance féérique de poulailler et de cour de ferme, dans un espace avant les constructions sous abri du marché couvert qui suivront.

On venait de partout, les achats et ventes représentaient un solide appoint à la vie économique du pays. Une ambiance de kermesse régnait en ce jour de rencontres où maquignons et bouchers de la ville avaient pignon sur rue et une fonction prestigieuse.

Les enseignes connues de la commune - dont certaines ont disparu - brassaient viandes et carcasses animales sur les étals et le défilé des acheteurs suivait sans arrêt pour trouver le meilleur du jour et le prix le meilleur des ventes.

Les écoles étaient nombreuses dans le panel du temps jadis, de celles qui majoritaires, étaient catholiques ou confessionnelles et de l’école publique au cœur de la ville.

Se souvenant que toutes les écoles agricoles du Département des Basses-Pyrénées furent fondées par le diocèse de Bayonne dans un élan dynamique en faveur du monde agricole en marche en ces années 60.

L’enseignement agricole promu en ces années par l’Eglise dans tout le département rayonnait autour du Centre Garicoitz Enia administré par un prêtre, l’abbé Challet, dont le souvenir est lié à la manifestation estivale de Force Basque. L’action catholique paysanne porta le projet dans la cité et se développa par la suite avec l’Institut Jean Errecart, nom du célèbre élu du chef-lieu de Saint Palais qui donna son patronyme à l’établissement supérieur d’enseignement agricole.

2 -La campagne alentour changeait en effet en ces années.

On défrichait à grands moyens les terres agricoles qui deviendront des terres de culture du maïs. D’une campagne de polyculture habituée de la terre, les paysans en feront un espace de monoculture du maïs.

Le remembrement des sols, les discussions et conflits dans le partage des terres, le défrichage des forêts pour en faire des sols de rendement agricole, font partie du passé, mais en ces années, chacun se souvient que le changement des habitudes de travail, la mécanisation et les initiatives neuves portées par la profession, constituèrent une révolution agricole de longue portée.

La présence d’une Coopérative Agricole d’importance fut pour le pays une originalité régionale supplémentaire. « Lur Berri » entrait dans le paysage des champs et des terres et ne cessa depuis de diversifier, de prospérer et de développer les métiers de la terre, des cultures et des débouchés.

La ville disposait de la maison Sainte-Elizabeth, un dispensaire en attendant de devenir la première clinique de la ville à laquelle Lucien Hurmic donna son nom. Les Sœurs Franciscaines de l’époque accueillaient les ainés et des services d’accueil de populations plus fragiles auxquels aujourd’hui on donne le nom de « dépendants ».

Une communauté importante du sud de la France, composée d’infirmières, d’aides-soignantes et d’accompagnantes dévouées aux missions sanitaires pour leurs pensionnaires et les accidentés de la vie en ce dispensaire qui se transporta par la suite dans la Clinique dite de Saint Palais, en mutation depuis lors.

En ces années 60, les transports scolaires n’existant pas, les familles adoptaient le régime des internats dont le Centre d’Arthez, les Franciscains et Garicoitz Enia avaient le privilège. On y venait de tout le Pays Basque et des Landes.

3 - Le père Sauveur Bellemur, une figure taillée dans le paysage de l’époque en était un des protagonistes actifs.

La colonne des enfants, deux par deux, traversait matin midi et soir les rues de la petite ville pour aller à l’école Etchecopar et revenir au couvent franciscain, dans un décor peu fréquenté par les voitures qui n’y circulaient pas encore, ou si peu. Sous surveillance, car l’idée de filer à l’anglaise, le temps d’acheter quelques friandises chez « les japonaises », nous était prohibée. Le règlement ne connaissait aucune dérogation !

Les vélos et les animaux pouvaient présenter quelque risque ? La colonne empruntait la voie médiane de la route, on pensait à l’époque que la route était à tout le monde et les piétons en avaient la priorité !

Près de soixante ans nous séparentv de ces souvenirs historiques. Des noms demeurent dans la mémoire du temps passé, le père Cambet, directeur de l’école de Bétharram, le Cours Etchecopar, le frère Charles, le père Cazenave par la suite, et du côté des franciscains, le frère Gabriel et plus tard Albert, deux figures de la terre locale, proches des enfants et des scolaires de cette époque.

Les Pères franciscains disposaient en plus d’un pavillon de prêtres âgés de l’ordre. Les pères Rothenburger, Dapzol, Peter, venus pour certains du Maroc, expulsés de ce pays ou d’autres communautés, composaient ce paysage varié de religieux et d’horizon pour nous inédit. Le tout administré par le père Bohler, venu de Strasbourg, qui avait préféré quitter l’Alsace avec les siens pour le Sud de la France et le Canada plutôt que de souffrir “l’occupation allemande” selon ses propres termes...

Saint Palais et sa population vivaient en ces temps-là dans un espace accompagné de loisirs, cinéma salle Saint-Louis, de compétitions de basket, une spécialité du frère Charles, de rugby et de pelote basque dont la cité avait l’apanage et la fierté.

Le Journal de Saint Palais, imprimé chez l’imprimeur Clèdes, apportait son lot de nouvelles chaque semaine. On attendait sa parution faute de TV et d’Internet, de mobile et du reste, on vivait ainsi dans un emploi du temps bien encadré, nature et écologique, le tout simplement du monde.

Mademoiselle Madeleine Bourdé donnait ses leçons de piano, le frère Charles entraînait au ballon rond, le père Sauveur conduisait les sorties sur les voies jacquaires à la recherche des trésors avec la complicité du docteur Urrutibéhéty en quête de grottes et de failles terrestres où il découvrait des silex et des pierres des cro-magnons du pays...

Nous vivions ainsi le plus simplement du monde, sans fioriture, et les sorties d’exception comme celle d’Arantxazu, en bus une fois l’an avec le frère Gabriel, nous semblaient une sortie dans une orbite lunaire incroyable.

Il est vrai qu’en ces années, passer la frontière avec les contrôles d’usage, les certificats signés par les parents, les justificatifs multiples du voyage, rendaient le déplacement insolite.

Se souvenir nous rappelle que le monde d’alors a bien changé, celui d’aujourd’hui ne cesse de muter, qu’en ferons-nous demain ? Je ne sais !

François-Xavier Esponde

 

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