Logo BasKulture

la lettre du Pays-Basque

Tradition

« Quelque chose de tien pour combler ton absence »…

Christophe Goarant et l’Académie des Jeux Floraux un 3 juin 2000… © DR

Retour au Pays Basque et visite de mon cher ami poète kanboar Christophe Goarant, depuis pas mal d’années nommé professeur à Chartres où il a fondé une famille. Mais il n’en abandonne pas pour autant ses anciens – et proches – amis du Pays Basque. C’est le 3 mai 2000, dans le magnifique cadre renaissance de l’Hôtel d’Assézat à Toulouse, que nous nous sommes rencontrés : lui recevait le prix du jeune poète (réservé aux candidats âgés de moins de vingt-cinq ans, et qui lui sera renouvelé l’année suivante) et pour ma part, j’entrais à l’Académie des Jeux Floraux sur recommandation du marquis (Guy) d’Arcangues et mes « Lettres de Maîtrise » m’étaient remises en présence de mon nouveau « confrère académique », le prince-consort du royaume de Danemark, Henrik. Au cours de cette même session de « l’académie la plus ancienne d’Europe » où Christophe et moi étions honorés, l’écrivain Jean-Marie Rouart recevait le « Liseron d’or », la plus haute distinction des Jeux Floraux, pour l’ensemble de son œuvre ! Le professeur Dominique Quentin-Mauroy, de l’Université de Toulouse Le Mirail, en remettant son prix à Christophe, soulignait combien ses poèmes étaient « délicatement dits, joliment dits, avec une fine touche de nostalgie, un grand bonheur d’expression : ce jeune poète peint avec finesse la vision vaporeuse de ses songeries et de ses émotions »

Voici son « Message » :

Tu m’as laissé ta voix sur un coin de message,
Il m’attendait au soir, tout seul… Mon répondeur
Ne savait que ton nom. Il connaissait par cœur
Le moindre de tes mots, le tour de ton langage.

L’atour de tes soupirs, comme l’air un peu sage
Que tu revêts parfois comme un habit de rigueur,
Et qui masque avec peine un beau merle rieur.
Désormais, chaque fois que j’ouvrirai la cage,

Il chantera toujours cet air que j’ai gardé
Prisonnier de la bande, où les sons attardés
Se pressent de surgir des recoins du silence.

Chaque nouvelle écoute imprime aux alentours
Quelque chose de tien pour combler ton absence…
J’entends même parfois l’ombre de ton contour.

« Metternich », l’esthétique des extrêmes

Une des œuvres les plus marquantes de Christophe Goarant, dont les vers consacrés à « Cyrano » avaient illustré une carte postale éditée par le musée d’Arnaga, est la tragédie classique « Metternich ou le masque de l’Aiglon » dont la première lecture avait été donnée le 19 août 2001 dans des salons d’Arnaga bien remplis, là-même où naguère, Edmond Rostand, Sarah Bernhardt, Coquelin, et combien d’autres célébrités avaient sans doute déclamé, un jour ou l’autre, quelque tirade de l’Aiglon… Une affluence inaccoutumée certes pour écouter les 1804 vers d’une vraie tragédie classique selon les règles les plus pures chères à Corneille, avec le respect des trois unités, de temps, de lieu et d’action ! 1804 vers, l’auteur tenant à ce chiffre qui rappelle le couronnement de Napoléon à Notre-Dame, 1804 vers qui a aucun moment n’ont laissé faiblir l’argument ni le ressort psychologique des personnages, bien interprétés dans l’ensemble par six « lecteurs », avec une mention particulière pour l’auteur lui-même qui jouait le duc de Reichstadt, Stanislas Morelle dans le rôle de son confident, le chevalier de Prokesch, ainsi que Monique Goyeneche dans celui de la comtesse Camerata, une Bonaparte, cousine de l’Aiglon. J’avais bien aimé également Joseph Lafitte dans Metternich, et un peu moins Jean Capdeville, qui nous semblait manquer de relief dans le personnage de l’empereur d’Autriche, François II. Mais l’ensemble avait très bonne allure, eu égard au manque de répétitions et au caractère presque spontané de la manifestation, la troupe ayant été recrutée en un tournemain par l’auteur, ce qui augmente encore son mérite.

A souligner encore la forme, peu courante, du moins actuellement, d’une tragédie classique en cinq actes et en vers, ainsi que dans son argument : la destinée de ce jeune homme, fils d’un empereur déchu (Napoléon), exilé, presque captif dans un pays (l’Autriche) dont son propre grand-père est le souverain, eut séduit l’auteur du Cid » : ne s’agit-il pas, en l’occurrence, des « effets dénaturés de l’histoire » qui conduisent un grand-père à sacrifier l’avenir de son petit-fils aux intérêts de l’Empire ? Cependant, c’est sans doute le personnage de Metternich auquel Christophe Goarant avait réservé le rôle le plus intéressant dans sa pièce, rôle ambigu à l’égard de l’Aiglon, à la fois mentor et instrument de sa destinée malheureuse. Avec lui, deux autres figures, complémentaires dans leur aspect « paternel » à l’égard de l’Aiglon (l’empereur et Prokesch) offrent une vision, voire « une exploration très contemporaine de la paternité ». Ce rappel me paraît opportun en raison de la beauté de ce texte dont la pureté d’expression ne le dispute qu’à l’acuité de la finesse psychologique, avec le secret espoir qu’une compagnie théâtrale viendra le rejouer à Arnaga !

 

 

 

Commentaires

Réagir

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.