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Tradition

Mascarade souletine : magiques instruments de musique du peintre et du luthier

Ramiro Arrue, joueur de ttun-ttun et kantiniersa de la mascarade souletine © DR

A l’époque du Carnaval, les vallées de la Soule vivent au son aigrelet et un tantinet espiègle des instruments de musique traditionnels qui rythment le passe-rue de la Mascarade L’occasion de redécouvrir les instruments traditionnels de musique basque peints par Ramiro Arrue et conçus par le luthier souletin Didier Queheille.

La Médiathèque de Biarritz présentait il y a quelques années l’exposition d’une centaine d’instruments de musique utilisés au Pays Basque provenant de la collection privée de Juan Mari Beltran Argiñena conservée au Centre de documentation de musique populaire « Soinuenea » d’Oiartzun. L’âme du Pays Basque à travers son essence musicale qu’a su remarquablement représenter le peintre Ramiro Arrue. En 1911, à l’âge de 19 ans, le bilbaino Ramiro Arrue, issu d’une famille d’artistes, partit pour devenir élève à la Grande Chaumière à Paris. A Montparnasse, il rencontra Picasso, Modigliani, Cocteau ainsi que Zuloaga, Durrio et son futur ami, le sculpteur Bourdelle. Nostalgique de son pays natal, Arrue y retourna en 1922 pour fonder - avec Philippe Veyrin et le commandant Boissel - le Musée Basque de Bayonne, tout en œuvrant au sein de l'Association des Artistes Basques, puis du « Groupe des Neuf », et peindre les pêcheurs, les pilotaris, danseurs et musiciens traditionnels, soit la vie quotidienne des deux côtés des Pyrénées.

Dans plusieurs de ses tableaux figurent des ttun-ttun, txistus, txirulas et autres instruments utilisant le souffle, qui participent au répertoire régional depuis la nuit des temps et remontent au moins aux petites flûtes préhistoriques (aurignaciennes) trouvées dans les grottes d’Isturitz.

Tous instruments traditionnels que continue de fabriquer Didier Queheille devant son tour.

Sur la route de Mauléon à Tardets, entre Sauguis et Trois-Villes, on ne peut rater le magasin de meubles de Marcel Queheille. L’ancien champion cycliste - surnommé « le diable rouge » à cause de la couleur du maillot du club mauletar - qui avait remporté l’étape Bordeaux-Bayonne il y a 50 ans a désormais transmis le relais à ses fils. Travaillant de concert avec son frère Bruno, ébéniste, Didier Queheille y a installé son atelier de sculpture sur bois avec vue sur les montagnes proches. Mais le maître artisan iruritar est également un remarquable fabriquant de xirula ou txülüla, petite flûte à trois trous qui entraîne les danseurs - « des instruments au quart et au demi-ton parfois insolites mais qui s’adaptent au chant comme à l’accent du parler souletin » - et de ttun-ttun (traditionnels ou modernisés), pratiquement le seul de «  ce côté de la Bidassoa ». Il produit également des flûtes ossaloises ou bigourdanes, pays qui connaissent également des ttun-ttun, quoique légèrement plus grands.

La tonalité du buis

Au début, bien que manquant de formation musicale, il s’intéressait aux instruments et Roger Idiart, alors curé du village voisin de Sauguis, fut à l’origine de sa vocation : «  il m’avait fait part du souci qu’avait le ménétrier Marcel Gastellu de transmettre son savoir en matière de fabrication de flûtes traditionnelles, et je passai dès lors de nombreux week-end à Tarbes où il résidait ». Le regard de Didier s’allume d’émotion en sortant d’un tiroir le « gabarit » de Marcel Gastellu qu’il utilise jusqu’à présent, ainsi que ses propres « premières fabrications », parmi lesquelles des txanbelas. « En buis, car c’est le bois qui donne la sonorité s’accordant le mieux avec le chant d’ici », précise-t-il encore avec son sourire toujours enthousiaste qui force la sympathie. «  J’ai bien essayé du palissandre, de l’aubépine ou de l’ébène, mais le bois précieux donne une tonalité trop métallique ». Or, s’inquiète Didier, il s’agit de sauvegarder l’âme de l’instrument… « Car toutes les flûtes ont une âme, et parfois certaines reviennent dans mon atelier pour une retouche, je distingue alors celles qui ont vécu » ! Avec sa malice, Didier ajoute qu’il en décèle « l’aspect festif », et même « si le joueur préfère le vin rouge ou le blanc, bref les bons-vivants ». Car, cet instrument à anches doubles de type hautbois s'associe au chanteur qui l'utilise pour reprendre le refrain ou le couplet qu'il vient de chanter : « Elle s’accorde si bien avec le chant montagnard qui monte dans un registre élevé en Soule que pour vanter une belle voix, on dira volontiers : celui-là a une belle txanbela ! »

Créateur de meubles traditionnels ou de ligne contemporaine avec son frère Bruno, Didier Queheille avait également créé il y a trois ans Xibero Telebista, une télévision en ligne aux accents plutôt culturels dont les journaux étaient présentés par des personnalités aussi diverses que les acteurs de la pastorale Jean Pitrau ou Christine de Fabrègue, propriétaire du château d’Andurain et élue de Mauléon. 

Didier Queheille à Trois-Villes,  environ 200 euros la txülüla (tél. 05 59 28 57 36 ou 06 76 88 58 88).

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