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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Les premiers écrits basques dans les monastères

Plaque commémorative des annotations basques © DR

Malgré une évangélisation précoce, c’est au IXe siècle que la vie chrétienne pénétra au cœur du Pays Basque. En 848, bloqué par les guerres, saint Euloge de Cordoue eut l’occasion de visiter les monastères navarrais qu’il décrivit ensuite dans une lettre à son hôte, l’évêque de Pampelune. Lors de son séjour à San Salvador de Leyre, Euloge y découvrit une florissante communauté de moines ainsi qu'une imposante bibliothèque. Aux Xe et XIe siècles, Leyre accueillit la Cour du Royaume de Navarre. Incendiée par les Musulmans au Xe siècle, l'abbaye sera reconstruite en 1020 sous les ordres du roi de Navarre. Ses murs robustes furent les témoins d'histoires extraordinaires comme celle de ces deux sœurs chrétiennes qui périrent décapitées pour avoir refusé de se convertir à l’Islam, et dont les restes sont conservés dans un coffre en ivoire exposé au Musée de Navarre.

Pendant le règne de Sanche le Grand, le Monastère de Leyre contrôlait les mouvements spirituels, politiques et culturels de la Navarre ainsi que les passages pyrénéens empruntés par les pèlerins de Compostelle. L'église actuelle fut consacrée en 1057 et les évêques de Pampelune étaient choisis parmi les abbés de Leyre. Trente ans plus tard, Sanche Ier Ramire, roi d'Aragon et de Pampelune, de concert avec son fils Pierre, lui cédait « le monastère appelé Sainte-Engrâce de Port », qui conduit aux Gaules par l'entrée de la Soule : « Nous le donnons et octroyons avec tous ses biens meubles et immeubles, ses limites, bois, vallées, montagnes, pâturages et métairies, maisons, cens et dîmes, terres et vignes, avec leurs entrées et sorties, sis soit dans les Espagnes, soit dans les Gaules ».

Restes, sans doute, d’une première vicomté de Soule apparue au IXe siècle à l'initiative du royaume de Pampelune. Mais ce serait en 1023 que Sanche V Guillaume de Gascogne - formé à la cour de son oncle le roi Sanche III « le Grand » de Navarre investit Guillaume Fort, vicomte de Lavedan, comme vicomte de Soule (Guillen Azkarra en basque). Mais les liens religieux avec la Navarre voisine demeurèrent. Aux termes d’un accord conclus en 1125 entre les abbés de Leyre et de Sainte-Engrâce, le couvent souletin remettrait chaque année à Leyre, le jour de l'Ascension, au cours de la messe chantée et avant l'Évangile, deux saumons et, chaque année aussi, à la fête de Saint-Jean-Baptiste, deux bœufs de labour. Au cas de défaillance des religieux français, Leyre se réservait de se faire livrer les clefs du couvent souletin et de s'adjuger en propriété directe et immédiate les possessions que Sainte-Engrâce avait en Espagne. A noter qu’une coopération exemplaire entre Labourd et Navarre avait permis au monastère de Leyre (qui a reconstruit l’instrument de sa magnifique église romane) et à l’association « Les Orgues d’Urrugne » de créer un réseau de diffusion et de développement culturels autour de l’orgue grâce au Poctefa (Programme de coopération territoriale Espagne-France-Andorre).

Pour en revenir au roi Sanche III « le Grand » de Navarre, il y a mille ans, l’évangélisation se faisait nécessairement en euskara. En témoignent les notes marginales écrites en basque, dans un code de droit canon en latin qui date de cette époque. Il s’agissait, dans un but didactique, d’aider à comprendre le texte en latin : « Içioqui dugu » (nous réchauffe l’âme) et « Guec ajutu eç dugu » (sans tomber dans…).

Ces « Gloses Emiliennes »  proviennent du monastère de San Millan de la Cogolla, à une vingtaine de Km de Najera où Sanche le Grand tenait sa Cour et où la langue d’usage était le basque : encore au XIIIe siècle, des plaignants s’exprimaient en euskara devant les tribunaux et des mots basques (comme « sesenco », jeune toro) figurent sur des stèles de cette époque. Pour l’anecdote, sur son portrait qui orne le salon royal du monastère, le roi Sanche III de Navarre - bienfaiteur de San Millan – est figuré avec les traits de l’écrivain du XVIe siècle Lope de Vega, originaire de Cantabrie.

Alexandre de La Cerda

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