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la lettre du Pays-Basque

Nos disparus

In Memoriam : le chanoine Dominique Irigoin

2018 : le chanoine Irigoin participait à la messe d'action de grâce des prêtres jubilaires © DR

Dernière minute : nous sommes bouleversés d'apprendre le décès accidentel, jeudi soir, sur sa propriété du "Pouy" à Saint-Martin-de-Hinx, de notre très cher ami Hervé d'Olce. Ses funérailles auront lieu au début de la semaine. R.I.P.

Dominique Irigoin né à Saint-Jean-Pied-de-Port en 1923 appartient à la génération de la guerre. Il fit son séminaire à Ustaritz, puis à Bayonne, avant de rejoindre Rome avec Roger Etchegaray, Pierre Charritton, tous jeunes prêtres et amis de toujours, et être ordonné en 1948.
Ils furent les jeunes témoins de la guerre et connurent Monseigneur Vansteenberghe, mort à la fin de cette époque : cet alsacien d’origine était peu disposé à la présence étrangère allemande en France.
Dominique Irigoin s’illustra avec Bernard Pagola et quelques comparses lors de l’affaire Finaly. Il fallait protéger des enfants juifs menacés, les scolariser sous une fausse identité et assurer leur sécurité. Dans l’esprit du temps ces enfants pouvaient connaître l’adversité. De Lyon par Bayonne, jusqu’à la frontière et l’autre rive, on assura leur suivi dans le plus grand secret jusqu’à une dénonciation en interne qui conduisit quelques jeunes prêtres sous les verrous pendant quelques jours, le temps d’éclaircir les intentions de leurs auteurs.
On trouva l’intention bonne, mais la méthode employée par nos sujets fit l’objet de débats publics dans les journaux de l’époque.
Dominique Irigoin n’en fut guère affecté car, répétait-il, il fallait sauver ces enfants.
Il fut professeur de séminaire par la suite, avant de devenir toute une vie durant, ce curé doyen de la paroisse Saint-Jean-Baptiste attaché profondément à la foi chrétienne et à sa mission dans la belle église, fleuron du patrimoine local.
Dominique Irigoin était né d’un père venu des Amériques. Orphelin de mère dans sa jeunesse, il fut élevé dans le giron de sa famille élargie en Garazi, et respira toute sa vie durant l’âme de son cher Pays Basque.
Le « curé doyen » de Saint-Jean-de-Luz - comme on disait alors - avait de la superbe dans sa personne, de la noblesse et de l’entregent, il avait connu la guerre et ses méfaits.
Le retour des prêtres prisonniers, en particulier le père abbé de Belloc, un vicaire général du Béarn reconnu pour sa bravoure, fit alors bénéficier le séminaire de nombreuses vocations... Dominique Irigoin était doué d’un verbe précis, au récit imagé et au propos délié.
Une belle âme, un esprit éveillé, un regard perçant sur la vie qu’il affectionnait avec précaution en observant de la distance avec les évènements de l’actualité.
Il sera l’un des derniers survivants de cette histoire diocésaine qu’il connaissait de l’intérieur comme témoin et acteur ardent de la Foi.
« Sois heureux », disait-il à ses hôtes, particulièrement les plus jeunes prêtres qu’il encourageait toujours d’un enthousiasme enjoué. Arborant la simplicité et l’authenticité d’un « jauna », il ne noyait jamais la réalité dans des métaphores ni des paraphrases induites.
Dominique Irigoin fut chanoine de la cathédrale de Bayonne où ses obsèques se dérouleront ce vendredi.
L’âge venu, il quitta sa stalle du chapitre dignement, sans maugréer ni se lamenter : « Mon temps est accompli », disait-il, « je laisse aux suivants la place et la fonction ».
n’excluant pas de la fermeté.
Hélas, la série de ces hommes d’Eglise qui ont illustré une époque s’épuise désormais. Il en fut l’une des dernières figures, avec Roger Etchegaray qui accomplira en septembre son 97ème anniversaire. De belles personnes, qui ne regrettant rien, se confient à la grâce divine au terme d’un long chemin de vie : « Au ciel, au ciel », répète Roger Etchegaray, auprès des siens et de ses amis disparus !

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