Logo BasKulture

la lettre du Pays-Basque

Portrait

In Memoriam : l’abbé Jean Sallagoity, une âme basque rayonnante

Fête-Dieu avec l’abbé Sallagoity © DR

Jean s’en est allé, en cet automne commençant, vers l’Au-delà. Né à Hélette en 1919, au lendemain de la Grande guerre qui fit tant de morts et de victimes jusque dans les familles de notre pays, Jean fut de son temps et de son siècle.

Ecole primaire, cours chez le curé du lieu pour le séminariste en germe et, comme tout enfant de la terre, ces apprentissages à la ferme au service de ses parents.

Le jeune homme connaîtra, comme ceux de son âge, le service militaire, la guerre qui suivit, et les années laborieuses de formation en temps de guerre dans un séminaire improvisé par les circonstances où les uns fréquentèrent le monastère bénédictin de Belloc, d’autres Saint-Jean-Pied-de-Port où l’on avait transféré dans l’urgence les livres et quelques biens liturgiques depuis le séminaire de Bayonne occupé par les allemands qui, dit-on, auraient bien accepté la cohabitation avec les quelques séminaristes, mais ces derniers et leurs maîtres ne nourrissaient guère les mêmes sentiments envers leur présence.

Le diocèse était gouverné par Mgr Vansteenberghe, alsacien d’origine connu pour ses sermons clairement définis contre l’occupant, confiné dans sa résidence épiscopale et qui mourut en ces terribles années de guerre, de maladie et de manque de soin à sa personne.

Jean Sallagoity est démobilisé. Il avait 20 ans en 1939, et connaitra les avatars de cette époque.

Un séjour d’étude à Saint-Jean-Pied-de-Port avec quelques rescapés de la guerre. On cite le chanoine Berrogain Dupré, parmi les responsables du séminaire en ces années difficiles. Ce dernier, originaire de Saint-Palais, et quelques autres camarades professeurs que les drapeaux n’avaient pas engagés pour raison d’âge ou de santé, furent au service d’un « séminaire de campagne » provisoire et précaire en raison des hostilités.

Jean sera prêtre en 1946 et ses missions le conduiront à Bidart, Ossès, Musculdy, Bardos, Saint-Esteben, Saint-Martin-d’Arbéroue avec l’allant qui lui était propre et toujours bien disposé et de caractère heureux.

Bascophone, bascophile, il avait appris, comme il était d’usage à cette époque, le latin - liturgique et catéchétique - qui demeurait la base de la formation en ces temps encore fidèles au Concile de Trente. Le concile suivant viendra avec la pratique du basque liturgique et catéchétique généralisé, et toujours en usage aujourd’hui.

Un changement d’habitudes

Doué d’une voix magnifique, il aimait le chant – particulièrement en basque - qu’il entonnait avec une joie épanouie, surtout dans ce répertoire qu’il avait acquis en labourdin et en souletin dans ses diverses missions de pasteur. L’âme basque rayonnait dans son esprit et son cœur.

Sa maitrise de la langue maternelle était authentique dans un vocabulaire qui paraît peut-être daté aujourd’hui, mais bien d’origine.

Mais Jean avait gardé sa liberté de basque « récalcitrant », particulièrement pendant la guerre, qui lui vaudra quelques jours de prison à Saint-Palais pour des faits de résistance à l’occupant : le jeune Jean sera arrêté par les gendarmes sur dénonciation. Il en parlait peu, mais cette épreuve avait marqué le jeune patriote. Interrogé, soumis plusieurs fois à l’épreuve, il fut libéré faute de preuves. Un sujet qu’il gardait bien caché dans ses souvenirs de jeunesse mais livrait occasionnellement à de plus jeunes.

Comme ceux de sa génération, le curé du village occupé à la mission des humains avait son jardin privé au presbytère. Connu comme un paysan, il cultivait ses légumes, ses arbres fruitiers, ses arbustes décoratifs. La main verte et l’esprit paysan, la nature et l’environnement faisaient cas de ses attentions saisonnières. Nous avons gardé de lui les conseils du jardin qu’il entretenait comme autant de précautions dans la gestion de ses terres attenantes au presbytère.

Jean avait encore une réelle passion pour la fête annuelle de la Fête-Dieu - Iguski sainduaren besta. A Saint-Esteben et Saint-Martin-d’Arbéroue, pendant deux dimanches successifs, le curé nonagénaire continuait encore à mobiliser ses jeunes recrues costumées pour la procession, la manifestation haute en couleur de cette fête annuelle des deux villages. Bannières au vent, chapes et dorures, chasubles, jeunes gens et jeunes filles costumés, ostensoir rutilant, enfants habillés de blanc, munis de corbeilles de pétales de rose, tout le cérémonial d’un temps béni des cieux, et des faveurs des villageois.

Notre patriarche s’en est allé, un des plus anciens du diocèse. Serviteur de l’invisible, jusqu’au terme d’une vie simple, spontanée et libre !

 

François-Xavier Esponde

Commentaires

Réagir

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.