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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Canonisations : le Pape Paul VI, Mgr Oscar Romero, et les Basques, dont Juan Lostau Navarro

Un vitrail de François Dardan © DR

Le pape François vient de canoniser dimanche dernier à Rome le Pape Paul VI et Mgr Oscar Romero. Le Cardinal Roger Etchegaray n’avait-il pas soufflé un jour passé le nom de Paul VI « qu’il ne fallait pas oublier », tandis que tous les regards se portaient sur Jean Paul II. Mais il ne faut pas oublier pour autant nos compatriotes basques portés sur les autels : ainsi, ce dimanche 21 octobre aura lieu le rassemblement annuel de la paroisse « Bienheureux François Dardan » d'Hasparren. François d’Ardan était né le 6 juin 1733 dans la maison Sarhia à Isturitz (dont on trouve une première trace dans les feuillets d’impôts de Navarre en 1366). Son père était Guillaume d’Ardan et sa mère, Jeanne Luro, fille de Kattalin Luro, de la maison Oihaberroa, alors que le grand-père du futur bienheureux, François Etchart, était de la maison Salaberria à Ayherre. Ordonné prêtre le 5 juin 1762, après ses études au Séminaire de Larressore dont il sera très vite nommé enseignant, François d’Ardan entrera ensuite au collège Sainte Barbe à Paris comme confesseur des enseignants. Il exercera durant vingt ans dans ce collège où deux siècles et demi plus tôt, le jeune François Xavier était étudiant. Survient la révolution : la constitution civile du clergé décrétée le 12 juillet 1790 par l’Assemblée Nationale s’était heurtée au Pays Basque - comme ailleurs en France - à un refus massif du clergé et à une résistance passive de la population. L'acte de bannissement du 26 août 1792 qui exilait les religieux insermentés au milieu de nombreuses vexations aggrava la violence des persécutions : l'abbé François D’Ardan et une quarantaine d’autres confesseurs de la Foi - parmi lesquels Bertrand de Caupenne - furent massacrés sauvagement quelques jours plus tard, le 2 septembre 1792, à la prison parisienne des Carmes à coup de pistolets, sabres, haches et couteaux. En tout, 1 500 victimes hormis les prêtres, un massacre encouragé par Danton et Jean-Paul Marat.

La messe commune et unique pour toute la paroisse sera célébrée à 10h30 salle Mendeala à Hasparren. Un verre de l'amitié sera servi à l'issue de la messe, suivi du repas à la kermesse de Macaye. Renseignements pour le repas sur le site paroissial: www.paroissehasparren.com

Toute autre information : alxatea@orange.fr ou 06 31 03 64 46

L’abbé François-Xavier Esponde évoque à présent un autre basque inconnu jusqu’au jour de sa canonisation le 15 octobre 2017 par le pape François. ALC 

Juan Lostau Navarro

Il s’agit que l’on a laissé filer dans l’oubli et porte le nom de Juan Lostau Navarro qui fait partie des trente martyrs assassinés au Brésil lors des attaques des Hollandais calvinistes contre les colons portugais.

En 1597 avaient débuté les campagnes d’évangélisation des autochtones indiens par les prêtres portugais, jésuites et dominicains auxquels se joindront des Français comme Juan Lostau Navarro. Car Juan Lostau Navarro est français, bien que né en Navarre dans un territoire acquis à Henri III devenu Roi de France sous le nom d’Henri IV. Au cœur de ce XVIIème siècle où les rapports entre les pouvoirs séculiers et religieux sont tendus, la présence des Français sur ces nouvelles terres de mission enveniment les relations franco portugaises et des conflits surgissent.

Chacun veut sa sphère d’influence et ses prérogatives, tant sur le terrain politique que religieux.

Il s’en suivra que les Français délogeant les Portugais, les tensions sont vives et les indiens seront enrôlés à leur tour sous les armes des soldats français.

Mais les Hollandais débarquant en force dans le pays dès 1630 ajoutent aux rapports difficiles sur place, la question religieuse calviniste s’opposant aux familles d’obédience catholique. Les disputes entre calvinistes et catholiques qui s’exprimeront par les assassinats, les décapitations et les morts dans ces communautés étrangères venues pour « les missions évangélisatrices sur le terrain ». Le 16 juillet 1645, une soixantaine de personnes seront martyrisées, tuées à la hache, et selon des pratiques sacrificielles barbares en usage dans ces populations indigènes. Parmi elles se trouve ce Français, Basque navarrais de naissance, mais sujet du royaume d’Henri IV, qui connaîtra le sort réservé aux ennemis. Juan Lostau Navarro est sorti de l’oubli en l’an 2000, lorsque le pape Jean Paul II le béatifia, avant d’être canonisé en 2017 par le pape François dont on peut deviner la sympathie pour ses compatriotes sud-américains dont il est issu par ses origines argentines.

Montini, le pape Paul VI (1897-1978)

L’histoire court à vive allure, et si le souvenir du Pape Paul VI demeure pour une génération mature du Concile Vatican II, Oscar Romero, archevêque sud-américain est d’un autre monde, celui du pape François qui a canonisé ces deux personnalités différentes dimanche dernier 14 octobre, lors de la clôture du synode des évêques pour les jeunes. Deux témoins de la Foi du siècle passé, un grand intellectuel italien et un pasteur sud-américain donnés en exemple pour le temps qui suit.

Montini fut l’ami de la France et d’écrivains tels Jacques Maritain, Maurice Zundel et Jean Guitton avec qui il entretint des amitiés intellectuelles à un niveau élevé.

Issu d’une famille de parents engagés dans le service politique et catholique de l’Italie, son père fut un député élu sur plusieurs mandats et directeur de journal d’obédience catholique. Le fils grandit dans cet univers de confrontations d’opinions, d’engagements et de convictions spirituelles dans une Italie où le fascisme de Mussolini représente un risque et deviendra un danger pour l’église. Montini est engagé dans la diplomatie vaticane, et ses missions confidentielles sont reconnues et appréciées du Pape Pie XII. Il en deviendra un proche collaborateur et l’auteur de nombreux discours signés par le pape et écrits - selon les historiens - par Montini. On connait l’origine du Concile Vatican II ouvert par Jean XX III mais qui ne put achever son projet. Montini élu pape accomplira la mission engagée par son prédécesseur.

Parmi sept autres Lettres Encycliques et douze Exhortations Apostoliques produites par le Pape Paul VI, ce dernier est un chercheur de l’intelligence spirituelle insatiable de son temps.

Les auteurs français évoqués plus haut seront ses proches conseillers : on cite Maritain comme l’un des auteurs de textes pontificaux dont la proximité est connue avec le pape Paul VI. La culture française le séduit, les auteurs spirituels français, entre autres les théologiens Yves Congar, Teilhard de Chardin et Dominique Chenu, d’avant et d’après-guerre, l’intéressent au premier chef. S’il ne consent totalement à leur enseignement, il en fera des experts du Concile Vatican II suivant le conseil du pape Jean XXIII.

Les français bousculent en l’état les usages romains sur le dialogue œcuménique, la position de la Foi face aux philosophies profanes en cours en France, la culture athée et athéiste qu’il cherchera à comprendre, les sciences et les questions environnementales qui se profilent déjà.

Paul VI est un diplomate, un intellectuel au fait des débats de société de ces années 50. Il subira les revers des courants traditionalistes hostiles au Concile Vatican II, mais mènera sa tâche jusqu’à son terme parmi les 2200 évêques présents à Rome pour ce concile. Un italien de souche, une intelligence supérieure, l’ami de la France, le pape d’un nouveau monde en naissance, Paul VI est une personnalité remarquée du siècle écoulé. Elève des jésuites dans son enfance dans la ville de Brescia où ses parents ont leurs marques, l’italien de culture classique est une personnalité ouverte au reste du monde. On se souvient de son discours mémorable à l’ONU, le 4 octobre 1965 sur la Paix pendant le concile, et de son premier voyage de pape en Amérique du Nord et du Sud, en Israël, en Australie, en Asie. Montini, le pape Paul VI, a compris que l’avenir du monde et de l’Eglise se jouerait entre les continents. Ce qui pour un européen de souche et de conviction était un défi et une audace peu ou prou comprise.

Le Cardinal Roger Etchegaray rappelait dans une conversation privée : « l’homme est à connaitre, un jour viendra où l’Eglise lui rendra la reconnaissance qu’il mérite »...

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