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la lettre du Pays-Basque

Exposition

Bilbao : Zuloaga, un géant basque de la peinture espagnole

5 "Portrait de famille de Zuloaga" 1934 © Col Zuloaga

Provenant des quatre coins de la planète, du musée Ignacio Zuloaga à Pedraza (Ségovie), du musée du centre national d’art Reina Sofía à Madrid, du musée national d’art de Catalogne, ainsi que des musées internationaux tels que la Société hispanique de New York, du musée d’Orsay à Paris, de la Gallerie Internazionale d'Arte Moderna di Ca'Pesaro à Venise ou du musée Franz Mayer au Mexique, ce sont au total près d’une centaine d’œuvres qui sont mises à l’honneur au musée Bellas Artes à Bilbao.
Avant les futurs travaux d’agrandissement du musée Bellas Artes qui commenceront en principe au printemps 2020 prochain, le conservateur Miguel Zugaza et son équipe ainsi que le commissaire de l’exposition Javier Novoa Gonzalez aidé de l’historien Mikel Lertxundi Galiana invitent à découvrir l'importante rétrospective sur l‘œuvre picturale d’ un grand maître basque de la peinture espagnole, Ignacio Zuloaga (1870-1945). Une exposition qui s’articule  autour de trois grandes périodes chronologiques qui marqueront sont style : les débuts jusqu’à 1898 ; de 1898 à 1925 et de1925-1945. 
Au delà de son talent de portraitiste-paysagiste, Ignacio Zuloaga s’avère aussi être un remarquable peintre animalier que nous avons choisi de vous faire découvrir dans cet article.
Maîtrise de la technique dès ses débuts
Ignacio Zuloaga naquit en 1870 à Eibar en Guipuzcoa, au Pays Basque. Il était le fils du célèbre damasquineur Plácido Zuloaga avec qui il travailla le décor des armes qui se fabriquaient dans sa ville natale. Son père lui inculqua l’art du dessin et de la gravure. A Ségovie, l’artiste s’améliore  professionnellement chez son oncle Daniel Zuloaga, un des plus grands céramistes espagnols de l'époque.
Il continuera sa  formation scolaire chez les jésuites, au collège de l’Immaculée Conception de Vaugirard à Paris, ce qui lui permit de maîtriser la langue française. Il épousera plus tard une française Valentine Dethomas, sœur de son ami le peintre français Maxime Dethomas. Entre son Espagne natale et la France puis l’Italie, le peintre ne cessera pas de voyager.
Son premier tableau, « La Fuente dei Bar » (1885) (visuel 1), une  huile sur carton aux couleurs terre de sienne d’une grande technique qui met en scène des villageois avec au premier plan un chien allongé à leurs côtés, fut réalisé à l’âge de quinze ans seulement !
A ses débuts, Ignacio Zuloaga s’initie au réalisme pictural comme en témoigne son auto-portrait représenté à la chasse avec ses deux chiens (1897), (visuel 2). A ses pieds, dessiné méticuleusement, un calgo (lévrier espagnol) lançant un regard complice à son compagnon un autre chien de chasse, se détache de la toile par sa couleur noire aux reflets brillants.
A Madrid, le peintre exposera au Salon de 1890. Peu après, à Rome, le peintre découvre la Renaissance italienne (1889).
A partir de 1898 jusqu’en 1925, le thème de la corrida 
Une grande partie de son œuvre sera consacrée à la tauromachie et aux portraits individuels ou collectifs de toreros célèbres ou inconnus, parmi lesquels, celui de son filleul Albaicin, le fils d'Agustina, figure en habits de lumières.
Au premier plan du tableau « La veille d’une corrida aux taureaux » (1898, visuel 3), un imposant calgo à la ligne svelte et musclée fixe le spectateur tel un taureau. Entourant l’élégant animal, le peintre met en scène avec poésie des sévillanes enveloppées de mantilles noires ou blanches au côté d’un picador sur son cheval. Au second plan, on aperçoit l’arène avec les taureaux prêts à s’élancer.
Passant progressivement du maniérisme au baroque « goyesque », Zuloaga s'intéresse à la vie paysanne. Ce regard parfois trop cru et pas assez flatteur qui irrita les vieilles structures de l'art espagnol, appelées l'« Espagne noire ». « La victime de la fiesta » (visuel 4), tableau peu apprécié des espagnols figurant un vieux picador monté sur un vieux cheval blanc à l'aspect pitoyable, connut un grand succès au Salon des Artistes français de 1911.
Au début du XXème siècle, après avoir épousé Valentine Dethomas, l’artiste revient vivre à Bordeaux. En séjour à Paris, il fit la connaissance des peintres et écrivains qui devinrent les plus influents de leur époque :  Toulouse-Lautrec, Gauguin, Degas, Loti et Maurice Barrès, l’auteur du « Greco » qu’il peindra devant Tolède en s’inspirant d’une toile du Greco, ainsi que la poétesse Anna de Noailles, née princesse Bibesco Bassaraba de Brancovan. Femme de lettres, celle-ci tenait un salon littéraire très apprécié des plus célèbres écrivains de la IIIème République : Valéry, Gide, Proust, Cocteau… ainsi qu’Edmond Rostand et Rosemonde Gérard qui l’inviteront dans leur demeure d’Arnaga à Cambo. Séduit par le lyrisme de ce personnage énigmatique, Zuloaga représenta avec une décadence décontractée la poétesse à la longue chevelure noire, le regard embrumé, étendue sur un sofa (1913).
Au commencement de la guerre de 1914, Zuloaga quitta la France puis partit exposer à Bruxelles, Berlin, Cologne, Düsseldorf ainsi qu’à l’Exposition Internationale de Dresde. Il se lia d’amitié avec le poète Rainer Maria Rilke avec qui il entretint une correspondance fournie. Par l’intermédiaire de Rilke, le peintre fit la connaissance de Rodin dont il acquit plusieurs sculptures. Peu de temps après, il s’installa dans son manoir familial de Zumaya, non loin d’Eibar, en Guipuzcoa..
De 1925-1945, une carrière en pleine ascension
En 1923, au théâtre San Fernando de Séville, il dessine les décors et les costumes d’une romance médiévale : « la libération de Mélisandre par son époux Gaïféros ». Le succès de l’œuvre le conduisit à Amsterdam, puis à Paris sous la direction de Luis Buñuel en 1928.
En 1925 à New York, Zuloaga fut reçu par le président Calvin Coolidge. Cette même année, il acheta le château de Pedraza, à 37 km de Ségovie, qu’il fit restaurer.
Entre les deux guerres, Zuloaga se consacra davantage à ses portraits. Il collabora pour des décors d’Opéra avec le célèbre compositeur Manuel de Falla dont il peignit un portrait spiritualisé (1932).
En 1934 l’artiste se mit en scène en train de peindre sa famille qui semble se refléter dans le tableau qui les fige. Au premier plan de cette scène familiale d’intérieur, le chien, un berger allemand au port altier veille sur la famille. (« portrait de famille », visuel 5).
Près de cinq  ans avant son décès, Zuloaga exécuta un autre autoportrait : sous un béret traditionnel, le regard encore attentif, le col de sa chemise ouverte découvre un corps massif ! C’est en 1945, dans la capitale madrilène, que s’acheva le cheminement complexe de ce géant basque de la peinture espagnole.
Zuloaga rejettera les styles impressionniste, Art Nouveau et cubiste, très en vogue parmi de ses nombreux confrères, pour se consacrer exclusivement au réalisme expressionniste traditionnel de la peinture espagnole, dans la ligne du Greco ou de Goya, en rupture radicale avec un Pablo Picasso.
Jusqu’au 20 octobre, exposition Ignacio Zuloaga (1870-1945) Salle 32 au Musée des Beaux Arts, Museo Plaza, à Bilbao. Du mercredi au lundi, ouvert de 10h à 20h.
 

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