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Histoire

Biarritz : l’anniversaire de Napoléon III le 9 janvier à la Chapelle Impériale

L’arrivée de l’empereur Napoléon III à Biarritz en 1860 © DR

Mardi 9 janvier à 18h, une messe sera célébrée à la Chapelle Impériale pour l’anniversaire de la mort de l’empereur Napoléon III. C’est l’une des quatre messes dites chaque année (1er juin mort du prince Impérial, 11 juillet mort de l'Impératrice Eugénie et 12 décembre fête de Notre-Dame de Guadalupe) dans ce très bel édifice religieux biarrot élevé par l’impératrice Eugénie lors de l’engagement de l’armée française au Mexique (voyez notre article en rubrique histoire « La Chapelle Impériale, un joyau biarrot » dans la Lettre du 8 décembre dernier).

Souffrant de la « maladie de la pierre » (importants calculs dans la vessie), le dernier empereur des Français s’était éteint à l’âge de 64 ans en milieu de la matinée du 9 janvier 1873 à la suite d’une opération chirurgicale. Après sa captivité à Wilhelmshöhe, en Hesse (consécutive au désastre de Sedan pendant la guerre franco-prussienne de 1870), il avait été libéré pour rejoindre l’impératrice au château de Chislehurst, dans le Kent. Le portefeuille de Napoléon III, dont il ne se séparait jamais, fut alors ouvert : avec la dernière lettre de sa mère, des mots d’Eugénie, des cheveux et une courte lettre du prince impérial, une liasse de billets, et des dessins émouvants envoyés par de modestes français, on y trouva le billet par lequel Napoléon Ier avait complimenté Hortense pour sa naissance. Il venait de s’installer dans sa résidence bayonnaise de Marracq lors de « l’affaire d’Espagne » lorsqu’il apprit la naissance, le 20 avril 1808, du troisième fils d’Hortense de Beauharnais mariée à son frère Louis Bonaparte, placé sur le trône de Hollande.

A cette naissance, Napoléon « éprouve une vive joie » - et félicite les heureux parents en leur indiquant : « Je désire que ce prince s’appelle Charles Napoléon ».

Son neveu, prénommé Charles-Louis-Napoléon, connaîtra d’abord une existence aventureuse jalonnée de plusieurs essais infructueux de redonner le pouvoir aux Bonaparte. La malheureuse tentative de coup de force à Strasbourg l'ayant fait condamner par le gouvernement de Louis-Philippe, en guise de « châtiment », à une promenade de quelques mois sur l'Atlantique, il embarqua à Lorient sur la frégate « Andromède » pour y rencontrer Antoine d'Abbadie, jeune astronome basque en quête de lointaines aventures ; ils eurent tout le temps de s'entretenir pendant la longue traversée. Le futur explorateur de l'Ethiopie, qui avait fréquenté la célèbre voyante Mme Lenormand, se hasardait lui aussi à des prédictions. Le prince l'ayant consulté : « Vous serez, lui déclara-t-il, appelé à gouverner la France ; je vous donne rendez-vous aux Tuileries ». L'anecdote est confirmée - en termes aussi vagues que prudents - dans une lettre adressée par Louis Napoléon à sa mère lors d'une escale à Madère, le 12 décembre 1836 : « il y a à bord (...) un savant de vingt-six ans, qui a beaucoup d'esprit et d'imagination, mêlés d'originalité et même d'un peu de singularité : par exemple il croit aux prédictions et il se mêle de prédire à chacun son sort. Il ajoute une grande fois au magnétisme, et il m'a dit qu'une somnambule lui avait prédit, il y a deux ans, qu'un membre de la famille de l'empereur viendrait en France et détrônerait Louis-Philippe. Il va au Brésil faire des expériences sur l'électricité »...

Pendant cette traversée de l’Atlantique, Antoine d’Abbadie intéressera également le futur Napoléon III aux études basques. Aussi, lors de ses séjours à Biarritz, l’Empereur des Français s’intéressa-t-il à la langue basque, aux textes en euskara (avec leur traduction) des chants interprétés devant lui par les chorales et les bertsularis ainsi qu’aux travaux linguistiques de son neveu Louis Lucien Bonaparte qu’il finança sur sa cassette personnelle. Car, au cours de l’été 1854, Napoléon III et Eugénie arrivaient à Biarritz et « inventaient » littéralement la villégiature moderne de la reine des plages et plage des rois comme on ne tarderait pas à l’appeler bientôt.

Villégiature impériale à Biarritz

Les rivages biarrots avaient déjà bercé les rêves de jeune fille d'Eugénie lorsqu’elle descendait à l'hôtel des Princes avec sa mère, la comtesse de Teba y Montijo, « camarera mayor » de la reine Isabel d'Espagne qui villégiaturait à Saint-Sébastien. Or, la famille d’Eugénie était très liée aux provinces basques et pendant leurs séjours biarrots, les souverains visiteront la première brèche (« La Brecha ») pratiquée dans les murailles de Saint-Sébastien, origine du développement ultérieur de la ville ; et les Juntas Generales de Biscaye proclameront solennellement à Guernica (Eugénie possédait à proximité le donjon familial d’Arteaga qu’elle fit réaménager) comme l’un des leurs le fils nouveau-né du couple impérial. Et la Diputacion de Biscaye à Bilbao conserve encore trois somptueux vases de Sèvres aux effigies impériales offerts par les souverains.

En fait, dès son premier séjour en juillet 1854, l'Empereur fut surtout sensible à la rapide amélioration d'une santé éprouvée par les laborieux travaux du gouvernement, ainsi qu'à la vigueur nouvelle que reprenait journellement la constitution délicate d’Eugénie dont on attendait un héritier pour consolider la dynastie renaissante et qui appréciait l’océan : « La mer est bien froide, et il faut beaucoup de force morale pour se décider à y entrer. Cependant, je n'ai pas manqué un seul bain depuis que je suis ici »... Aussi, dès l'année suivante, les souverains pouvaient descendre « chez eux », à la Villa Eugénie dite « Château de Biarritz » ou « de l'Empereur ». La construction, commencée en septembre 1854, fut tout juste achevée le 28 juillet 1855, pour le second séjour impérial. Mais bientôt, à la suite de leurs augustes résidents et bienfaiteurs, « les Biarrots dans leur folie bâtiraient en trois ans plus de trois cents maisons ».

Les grands acquis du règne de Napoléon III

Dans la région : construction des grandes infrastructures (arrivée du chemin de fer sur la côte basque, jonction avec la ligne de Madrid, routes, quais de Bayonne, ports de Biarritz et de Capbreton, digues de Sokoa et de l’Artha à Saint-Jean-de-Luz), ensemencement des dunes d’Anglet, assèchement des marais d’Orx, plantation de la forêt de pins et mise en valeur des Landes, création du domaine agricole modèle de Solférino, surveillance des nombreux abus des agences de recrutement pour l’émigration (décret impérial de janvier 1855), aides diverses (restauration de monuments, orgues, achat d’une œuvre de Léon Bonnat qui lance le jeune peintre). Le Dr Barthez, médecin de l’empereur, n’hésitera pas à écrire : « Nous n’avons presque jamais fait une course, quelque petite qu’elle fût, sans que Sa Majesté n’ait versé l’or et l’argent par poignée ».

Sur un plan général : la période faste du Second Empire s’établit sur l’équilibre entre la modernité industrielle et les bases classiques de l’économie française. La petite entreprise fondée sur un savoir-faire et un goût français appréciés à l’étranger modernisa ses techniques de production et de vente et se développa au rythme des entreprises de biens de production devenues le nouveau moteur de la croissance ; en particulier la production métallurgique qui affronta la poussée des commandes ferroviaires et des charpentes métalliques pour la construction urbaine, multipliée par cinq. Les grands magasins, vitrine de la prospérité impériale, n'empêchèrent pas l'ouverture de boutiques à la mode sur les nouvelles avenues d'Haussmann.
La France rurale suivit la prospérité impériale grâce à la hausse des prix qui soulagea une paysannerie endettée et malheureuse. La viticulture connut alors son apogée (classement des grands crus du Médoc en 1855). Enfin, le plein emploi fut presque réalisé, alors que les Français avaient terriblement souffert du chômage sous la IIème République.

Assistance judiciaire et médecine gratuite pour les plus démunis, conseils de prud’hommes pour les ouvriers, caisse nationale de retraite, crèches-asiles, chambres d’agriculture, caisses d’assurances-accidents, cours pour adultes… Le compte du progrès social impulsé par le souverain n’avait pas de limite.

Alexandre de La Cerda

 

 

 

 

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