Logo BasKulture

la lettre du Pays-Basque

Tradition

Biarritz : devant l’Hôtel du Palais, l’église russe et son patrimoine !

Eglise russe entre ombre et lumière depuis l'Hôtel du Palais ! © ALC

Pour les journées du patrimoine, l’église russe orthodoxe de Biarritz consacrée à saint Alexandre Nevsky et à la Protection de la Mère de Dieu ouvre ses portes pour vous éclairer sur sa riche histoire ! Au XIXème siècle, Biarritz s’était métamorphosée en un phare rayonnant depuis que Napoléon III et  Eugénie y avaient drainé le monde entier avec ses têtes couronnées, ses hommes politiques et ses grandes fortunes. Parmi les nouveaux touristes, les Russes furent attirés par la douceur du climat et le charme de la villégiature basque. De plus en plus nombreux, ils appréciaient les bienfaits de l’Océan. Cependant il fallait aussi satisfaire la vie spirituelle. Il fut donc décidé de construire un lieu de culte à Biarritz.

C’est en septembre que la saison russe de velours, drapée de ses vagues, commençait à battre son plein.  Les bals s’organisaient dans l’ancienne demeure de la Villa Eugénie transformée en Hôtel du Palais. Dans un de ses salons, l’établissement avait accueilli une chapelle orthodoxe russe consacrée le 12 septembre 1887 à l’initiative du père Hérodion qui officiait également à l‘église russe de Pau. Après la chute de Napoléon III (1870), le nouveau gouvernement républicain avait refusé l’autorisation d’une église russe à Biarritz. Finalement, ce n’est qu’en 1888, avec le soutien de l’Empereur Alexandre III, que les autorités françaises autorisèrent la construction d’une église à condition qu’aucune cloche n’y soit placée sur un terrain acheté par des villégiateurs russes mécènes au nom de l’ambassadeur de Russie, le baron Mohrenheim. En 1889, après l’achat du terrain dans le lotissement de l’ancien Domaine Impérial, en face de l’Hôtel du Palais, les travaux avaient été financés par de nombreux donateurs réunis au sein d’un comité constitué autour des princes Nicolas d’Oldenbourg et Michel Wolkonsky ; de nombreux nobles, la famille Elisseev (le Hédiard russe), le peintre de « la neuvième vague » Avaïzovsky ainsi que son collègue Makovsky y avaient participé à leur manière.

Les architectes Nikonoff (russe attaché au Saint Synode) et Tisnès (français de Biarritz) établirent les plans qui comprenaient également la construction d’un appartement privé pour le prêtre. A la fin de l’été 1892, autour d’un chapelet de personnalités russes et françaises, l’église fut consacrée à saint Alexandre Nevsky et à la Protection de la Mère de Dieu.

En présence du maire de Biarritz et des autorités locales, le nouveau marguillier, le prince Michel Wolkonsky, grand maître de la Cour d’Alexandre III et membre de l’Académie des Beaux-Arts, accueillaient le cortège des invités d’honneur : l’Ambassadeur de Russie, le baron Mohrenheim, venu de Paris, la princesse Katia Dolgorouky, ancienne épouse morganatique d’Alexandre II, le duc et la duchesse de Leuchtenberg, le comte Orloff-Davidoff, etc.

Une église en péril

La décoration intérieure fut réalisée en 1892 par deux architectes-décorateurs, le russe Lipsky aidé par de Ramonborde. A l’intérieur de l’édifice, l’iconostase en bois doré du XIXème de commandé à l’atelier Gousseff de Saint-Pétersbourg avec ses icônes de la Mère de Dieu et du Christ, est muni de « portes royales » ornées des archanges saint Gabriel et saint Michel. A la base de la coupole centrale, les peintures des quatre évangélistes dans des médaillons contemplent les paroissiens. Tout autour, les murs sont garnis d’icônes, dont celles de Saint Georges terrassant le dragon (de la  Marine), de la Protection de la Mère de Dieu, ainsi que celle de l' iconographe russe Dimitri Stelletsky…

Réalisé par l’entreprise Maumejean, le vitrail de la croix à palmettes et fleurons colorés du Saint Sépulcre au-dessus de la porte intérieure illuminait déjà de ses rayons rouges le narthex et l’intérieur de la nef lors du mariage du Grand-Duc Dimitri Romanoff (frère de la Grande-Duchesse Marie de Russie et ami du prince Félix Youssoupoff) avec Audrey Emery (en 1924). En une autre occasion, les funérailles du jeune prince Wladimir Bariatinsky, âgé seulement de vingt-six ans, assombrissent d’un voile noir la saison estivale.

Lors de la révolution russe de 1917, selon l’image du remarquable ouvrage « Les aigles foudroyés » de Frédéric Mitterrand, tout a basculé. Aristocrates, anciennes fortunes, artistes russes,  survivants riches de souvenirs parlant un français châtié (la langue diplomatique utilisée dans toutes les cours européenne !), atterrissent l’été à Biarritz. A partir des années trente, les bals de charité ne suffisent plus pour subvenir à l’entretien de l’église russe de Biarritz qui commence progressivement à se dégrader.

En 1984, à l’initiative du recteur de la paroisse, le Père Jean Baikovs, l’édifice religieux avait reçu des dons venus du monde entier, et parmi les généreux donateurs on trouvait le célèbre écrivain Alexandre Soljenitsyne. Il  y a quelques années, le metteur en scène André Mikhalkov avait également effectué un legs.

Aujourd’hui, cette église de Biarritz - inscrite aux Monuments historiques – dépend, comme beaucoup d’églises orthodoxes, du patriarcat de Constantinople. Cependant il faut souligner que l’église russe orthodoxe de Biarritz, étant donné son riche patrimoine russe, aurait pu ou aurait intérêt à s’orienter vers l’église russe hors frontières créée en 1922 par les aristocrates russes expatriés après la révolution dont le siège social se trouve actuellement à New York. Depuis la chute du communisme, l’église russe hors frontières, tout en gardant son autonomie, a repris ses relations avec le patriarcat de Moscou.

Il faut bien se rendre à l’évidence que le patriarcat de Constantinople n’a plus les moyens d’entretenir une partie de son patrimoine. Pourquoi l’église de Biarritz dont la plupart des paroissiens sont russes, ne se rattacherait-t-elle pas à l’église russe hors frontières qui pourrait, grâce à ses liens privilégiés avec Moscou, aider à financer les travaux ?

Car, explique l’architecte du patrimoine en charge de l’église, Catherine Matveieff, dont le père d’origine russe avait épousé une Béarnaise au Pays Basque : « Ce monument exceptionnel à l’élégante architecture byzantine, est unique dans notre région. Située en face de l’hôtel du Palais, dans la Zone de Protection du Patrimoine Architectural et Urbain de Biarritz, cette église est remarquable tant au niveau de son style que de son histoire », note encore cette experte en restauration nommée récemment au Conseil de l'Ordre des Architectectes à Bordeaux qui la  fit inscrire et classer en 2015 à l’inventaire des Monuments Historiques. Et d’ajouter : « Il faudrait y effectuer ces restaurations d’urgence ». Cependant depuis plusieurs années l’église se meurt progressivement ;  une partie seulement des travaux furent  réalisés ! L'église sera-t-elle obligée de fermer si elle ne reçoit pas suffisament de dons ?

Samedi 15 septembre : visites du Patrimoine de 10h à 12h et 15h30 à 18h. Vêpres à 18h.

Dimanche 16 septembre : à 9h30, matines et divine liturgie du 16ème dimanche après Pentecôte. De 15h à 19h, visites du Patrimoine.

Sources : Etude de l’architecte du patrimoine Catherine Matveieff et « La tournée des Grands-Ducs » d’Alexandre de La Cerda (Atlantica).

 

 

 

Commentaires

Réagir

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.