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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Anniversaire : Pierre Lafitte Ithurralde, un pédagogue de génie +23 février 1985

Pierre Lafitte à son bureau © DR

Pierre Lafitte Ithurralde / Piarres Lafitte / fut un monument de la culture basque. Un pionnier et un aventurier de notre culture, en particulier pendant la dernière guerre, et par ses initiatives partagées par des amis et des anciens élèves devenus les disciples du maître, dont certains rejoindront l’Académie basque « Euskaltzaindia ».

Il était né à Louhossoa le 21 mai 1901, jeune enfant de sept ans, orphelin, élevé par des grands parents, placé pour sa scolarité chez les bénédictins de Belloc. Il rejoindra le séminaire de Bayonne nouvellement érigé par Mgr Gieure à la suite des confiscations par l’Etat du séminaire Lahubiague fermé et transformé au fil du temps en logements sociaux de ce quartier.

Pendant la guerre, Pierre Lafitte cultive dans le silence quelques amitiés dans la résistance française, contrastant avec un clergé majoritairement fidèle au gouvernement du Maréchal Pétain.

Chacun se souvient des désagréments connus par l’évêque de Bayonne Mgr Vanstenberghe, alsacien par ses origines mais peu disposé à souffrir l’occupation allemande.

Ordonné prêtre en 1924, Pierre Lafitte est nommé professeur au petit séminaire d’Ustaritz dès 1926 et prépare ses diplômes de lettres et philosophie qu’il obtint en 1928. L’homme, cultivé, intelligent et à l’esprit éclectique fait autorité. Il marquera plusieurs générations d’élèves qui le distinguent de plusieurs de ses collègues par la liberté d’esprit et les audaces de ce professeur un peu singulier.

Une rencontre personnelle avec José Ariztimuño, fervent serviteur de l’abertzalisme basque, ouvre les voies du jeune Pierre Lafitte avec le mouvement nationaliste basque.

Homme de lettres, journaliste avant la lettre, il fonde plusieurs magazines, dont « Le Carillon » en français et « Aintzina » en basque.

Bilingue et attaché aux deux cultures - française et basque - sans exclusive, Pierre Lafitte maintint toute sa vie cette attitude éclairée et clairvoyante pour le temps qui viendrait.

La création du journal hebdomadaire « Herria » qui succéda au journal « Eskualduna » (fermé à la Libération comme tous les journaux ayant continué de paraître sous l’Occupation) porte son empreinte. Pierre Lafitte dispose de l’aura et de la réputation patriotique nécessaire pour obtenir des autorités françaises la permission de créer ce nouveau journal en euskara pour le Pays Basque. Avec Louis Dassance, un ami Ustaritztar, son ami et complice, fidèle dans les bons et les difficiles moments de la vie.

Les débuts de sa parution sont tumultueux : le journal est imprimé, mais les postes bloquent son envoi à la poste centrale de Bayonne. On se méfie, le contenu est scrupuleusement contrôlé, mais Pierre Lafitte ne cède guère aux intimidations imposées à son projet. Difficile de refuser ce droit légitime à un homme aussi clairement patriote français que défenseur farouche de la langue basque… Il parvient à ses fins. « Herria » paraît, imprimé, acheminé par le courrier à ses lecteurs qui attendent chaque semaine l’arrivée de leur journal basque.

Pierre Lafitte travailla beaucoup. Les élèves du collège voyaient peu cet homme en soutane, descendant à l’heure des cours et prenant ses repas au réfectoire. La lumière de sa chambre s’éteignait peu. Le savant était à son étude, et les enfants nourrissaient pour cet homme une curiosité intéressée... On le consultait pour une direction spirituelle hebdomadaire.

Mais lors des fêtes de Saint François Xavier, patron du séminaire, Pierre Lafitte proposait un programme théâtral ou des concours littéraires que les enfants attendaient avec délice.

Son travail d’écrivain en basque et en français fut colossal : lexique basque, grammaire basque, poèmes, pièces de théâtre, biographies, et des essais. Edition remarquable dans La Grande Encyclopédie Basque d’un travail exceptionnel sur le vocabulaire basque... Pierre Lafitte est élu à l’Académie basque en 1952. Il en deviendra président.

Il reçut le titre de Docteur Honoris Causa de l’Université du Pays Basque en 1982. Pédagogue de génie, le professeur avait le souci de faire apprendre et de faire partager son savoir à tous ceux qui lui rendaient visite au collège d’Ustaritz où il passa la quasi-totalité de sa vie au milieu des livres et des journaux qui tapissaient l’espace de son bureau.

On devinait parmi ces montagnes de documents un visage auréolé d’une paire de lunettes rondes, affable, et d’une indulgence plénière traversée d’un sourire confiant et paisible.

Il décéda  le 23 février 1985 à l’hôpital de Bayonne, entouré de ses plus proches disciples, Emile Larre, Pierre Charriton, Pierre Andiazabal et de tant d’autres...

Tertiaire franciscain, Pierre Lafitte garda tout au long de sa vie la fraîcheur spirituelle de François d’Assise. Il me rappela un jour de ne jamais s’en éloigner dans la vie intérieure pour aimer la vie de toute création divine habitée par la lumière !

François-Xavier Esponde

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