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Cinéma
La critique de Jean Louis Requena © DR

| Jean-Louis Requena

La critique de Jean Louis Requena

« Perdrix » - Film français d’Erwan Le Duc – 102’

Sur une route forestière, une voiture break quelque peu délabrée s’arrête. Une jeune femme, Juliette Webb (Maud Wyler), en descend et fait quelques pas pour se détendre. Tout à coup, surgit d’un sous-bois une jeune femme nue qui saute dans la voiture et démarre : le véhicule de Juliette vient d’être volé ! Il recelait toutes ses affaires… Elle déménageait.

Un paisible poste de gendarmerie dans une ville, Plombières-Les-Bains, ancienne station thermale du XIXème siècle que fréquentait Napoléon III. Pierre Perdrix (Swann Arlaud) y est le capitaine de gendarmerie. Il est célibataire à 37 ans. C’est un homme débonnaire à l’allure calme que rien ne semble agacer… Pourtant lorsqu’il rentre chez lui, sa famille ne manque pas d’originalité : sa mère Thérèse (Fanny Ardant) est animatrice, toutes les nuits, depuis son garage, d’une radio locale d’où elle dialogue sur l’amour avec de mystérieux auditeurs. Des amants de passage viennent lui rendre visite dans son antre. Son fils puîné Julien (Nicolas Maury) est un géodrilologue passionné : il élève et observe les vers de terre ou lombrics. La jeune fille de Julien (12 ans) Marion (Patience Munchenbach) est obsédée par le jeu de ping-pong qu’elle exerce seule contre un mur… Tous se rejoignent pour dîner sous le cadre imposant du défunt mari de Thérèse, mort accidentellement vingt ans auparavant.

Excédée par le vol de sa voiture, Juliette vient déposer plainte à la gendarmerie où l’atmosphère est très décontractée : les gendarmes présents semblent placides, sereins, malgré la présence incongrue d’un char M4 Sherman de la deuxième guerre mondiale dans la cour. Le capitaine Perdrix qui enregistre machinalement la plainte de Juliette l’est tout autant : il promet des recherches…

Une relation rocambolesque va s’établir entre Juliette, très excitée par le vol et l’inaction de la gendarmerie, le capitaine Perdrix et sa famille qui héberge provisoirement celle-ci, totalement démunie, et le groupe de nudistes révolutionnaires survivants dans les bois et la compagnie d’hommes habillés en soldats (français, américains, allemands) qui font une reconstitution historique de la Bataille des Vosges (septembre 1944 – févier 1945)!

Nous sommes entraînés dans une comédie amoureuse, burlesque, dont le moteur principal est l’opposition de deux caractères : Juliette Webb, libre et vibrionnante, Pierre Perdrix attaché à sa famille et lymphatique. C’est le principe de la « screwball comedy » à l’américaine avec tous les personnages secondaires gravitants autour de ce duo de choc : Thérèse, Julien, Marion, les gendarmes, les nudistes, les faux soldats…

Ainsi s’engage la lutte croquignolesque des excités contre les placides et des nus contre les habillés !

C’est le premier film d’Erwan Le Duc (42 ans), auparavant auteur de quatre courts métrages. Son parcours est peu banal : il est depuis une dizaine d’années au service des sports du quotidien « Le Monde » ! Son premier long métrage est issu d’un développement de son premier court métrage : « Le Commissaire Perdrix ne fait pas le voyage pour rien » (2012). Le scénario réécrit par le réalisateur est précis dans sa structure narrative qui, bien qu’incongrue dans son déroulé, fourmille de détails pittoresques (caractères des protagonistes, paysages forestiers, etc.), ce qui est rare dans un film français dont c’est généralement le point faible (scénario convenu, voire paresseux). Les acteurs sont épatants : pour une fois dans une comédie hexagonale, ils ne sont pas issus du vivier « stand-up ».

L’influence de quelques grands maîtres du rire est palpable (Jacques Tati, Monty Python, Aki Kaurismaki) mais elle est en quelque sorte « digérée » par la mise en scène inventive d’Erwan Le Duc tout en faux rythme.

De surcroît, Erwan Le Duc nous propose une belle bande son où la chanson de qualité (Groupe Niagara, Gérard Manset) rivalise avec des airs de musique savante (Grieg, Antonio Vivaldi) sans s’annihiler. Il installe ainsi, un climat fait d’étrangeté et d’onirisme, signature de ce nouveau metteur en scène quand bien même il demeure dans son premier long métrage, ici ou là, quelques petites longueurs.

« Perdrix » a été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2019.

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