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Tradition
Colloque de Cambo : le passé détient-il la clef de notre avenir ? © DR

| François_Xavier Esponde

Colloque de Cambo : le passé détient-il la clef de notre avenir ?

Le colloque tenu le mercredi 7 août à Cambo à l’initiative de « Pax Christi » Bayonne, section locale de « Pax Christi » France, a donné l’occasion à trois intervenants de premier niveau de « faire partager le récit historique dans leur spécificité ».

Le maire de Cambo Christian Devèse, le député de la circonscription Vincent Bru, et d’autres élus se joignirent aux représentants de diverses familles religieuses : juive, chrétiennes et de « sagesses du monde de l’Orient ». En présence de trois évêques, celui du diocèse de Bayonne, Mgr Aillet, son prédécesseur Mgr Molères et le conférencier, Mgr Colomb, le curé de la paroisse Joakin Jauregui accueillit la conférence en l’église Saint-Laurent. Trois commentaires croisés de l’histoire vue de l’Europe, du Bassin méditerranéen et de l’Asie. Par le récit biblique pour Jean-Pierre Bezin qui fut pendant dix sept ans directeur de la Société Biblique de Genève qui avait marqué son centenaire en 2017. Par la présence des Missions Etrangères de Paris , en Asie depuis désormais 360 ans. Et par le retour à l’Europe et la quête d’une histoire commune des 28 pays de la Communauté Européenne qui célébrera en 2020 ses 60 ans d’existence (1960-2020).

Cette rencontre se déroulait à Cambo, là-même où le Cardinal Roger Etchegaray s’est retiré dans son ermitage de « La Petite Assise » à Arditeya, au milieu des retraités de sa génération et loin des lustres de Rome, dans l’humilité d’une maison de repos pour des anciens rompus aux missions pastorales et religieuses.

Un colloque en souvenir de la rencontre, il y a 33 ans, des Religions priant pour la paix dans le monde, précisément organisée en octobre 1986 par le Pape Jean Paul II et le Cardinal Roger Etchegaray. De cet événement, le seul membre présent à l’assemblée kanboar était Alain Lamassoure, à l’époque jeune député européen élu à 42 ans qui avait alors demandé au cardinal Etchegaray de participer à cette rencontre inédite et prometteuse - c’est ce qu’il rappellera à l’assemblée – dont il garde « un souvenir inoubliable au milieu des centaines de chefs religieux venus du monde entier, de toutes confessions, de philosophies et de sagesses des quatre continents ».

A l’occasion de la rencontre, un tableau réalisé par Marie Dausset fut remis au cardinal pour le remercier de son engagement sans retour au service de l’Église, auprès du pape Jean-Paul II pendant les 22 années de son pontificat.

Les intervenants :

1 - Jean-Pierre Bezin, physicien de métier, protestant formé à la lecture et à l’étude et de la Bible, invita le public à « sillonner le cours de l’histoire du Livre depuis ses origines orientales, depuis les premiers Codex ayant permis de recueillir la mémoire de l’alliance hébraïque puis chrétienne ». Un commentaire illustré, rempli de dates et de références précises dans la tradition protestante et calviniste des Paroles de l’Eternel contenues dans les papyrus, les parchemins, les copies des monastères et, depuis l’époque contemporaine, par l’invention de l’imprimerie.

Un historique passionnant montrant jusqu’à présent la vitalité ininterrompue du Livre qui s’adapta aux évolutions sans renoncer aux codes essentiels du donné fondateur des prophètes de la première alliance, et des missions apostoliques chrétiennes qui suivirent  la seconde alliance.

Le défi majeur des Sociétés bibliques du monde - au nombre de 450 - est de transcrire et de transmettre dans les langues vernaculaires de l’univers le dépôt sacré de la foi des chrétiens.

A ce jour traduite en plus de 650 langues du monde, la Bible rejoint tous les continents et les éditions de la société biblique de Genève portent leur implication par la diffusion à plus de cinq millions d’exemplaires de la bible Segond dont Jean-Pierre Bezin sera le promoteur au cours de sa mission dans la société suisse.

Traduire le texte fondateur pensé dans une culture autre, méditerranéenne, sans trahir son contenu relève du défi permanent des traducteurs locaux soutenus par la Fondation de la société. Le support de la parole transcrite dans le texte écrit et imprimé fut l’étape première de ce travail de bénédictin au fil du temps.

Aujourd’hui, la présence du numérique, des techniques audio visuelles et de la diffusion par les réseaux sociaux existants élargit encore la dimension universelle de la transmission.

Fidélité au texte littéral, possibilité de l’exposer dans sa forme évolutive par l’usage des langues et parlers locaux ou nationaux en constante syntonie inspire la production de bibles au langage revisité par leurs auteurs : les maisons d’édition contemporaines internationales aux USA, en Europe et en Asie élargissent cette faculté de diffusion dans les langues existantes adaptées aux générations de lecteurs qui n’utilisent pas le même vocabulaire que les générations précédentes.

Un projet de traduction toujours à poursuivre, « sans lésiner sur les moyens archéologiques, exégétiques, historiques concernant le Livre, enrichis par des découvertes nouvelles dans ce bassin méditerranéen sur la Terra Santa de l’Alliance des chrétiens avec l’Eternel »...

2 – Mgr Georges Colomb, ancien supérieur des Missions Etrangères de Paris et évêque actuel de La Rochelle donna ensuite son témoignage sur l’évangélisation de l’Asie (voyez son intervention dans la même rubrique). « Un monde immense de diversités culturelles et religieuses sises dans ces empires du Soleil Levant et du Milieu. Une présence des chrétiens depuis l’apôtre Thomas  en Inde et ses premiers disciples. Une histoire millénaire qui se poursuit par les ordres religieux franciscains, dominicains et jésuites au fil du moyen-âge et encore il y a 360 ans, les premières MEP de Paris, religieux et messagers de culture française dans cet Extrême-Orient.

Des envoyés vers l’Orient « ad vitam » - pour la vie - qui découvrent des mondes autres que ceux de l’Occident, étudient les langues, traduisent leurs textes religieux, s’intéressent à la botanique, aux connaissances agraires des populations, à l’astronomie, aux sciences dans leur connaissances locales...

Sinologue, Georges Colomb qui avait passé neuf années en Chine en succédant au père Etcharren, d’heureux souvenir dans notre région (originaire d’Irouléguy au pied des Pyrénées navarraises) rapporta son expérience de grand intérêt sur cette partie importante de sa vie antérieure. « L’asiatique connaît aujourd’hui notre monde, particulièrement par Internet et le numérique. L’Asiatique est sans doute plus connecté que quiconque dans nos pays. La pensée chrétienne, la sagesse et les droits fondamentaux de la personne humaine sont suivis par ces derniers qui savent l’origine biblique de la pensée commune qui inspire nos engagements internationaux. Mais, soulignera Georges Colomb, les références culturelles et religieuses de l’Extrême Orient sont différentes des nôtres : les Asiatiques pensent en Asiatiques, les Occidentaux en Occidentaux les problèmes du monde et des religions. Le défi des MEP demeure l’incarnation dans ces cultures autres, sans volonté de prosélytisme, au service des églises locales et nationales en relation avec elles, sans volonté de les supplanter ni les entraver dans leurs spécificités anciennes et historiques.

L’envoi de jeunes tous les ans pour des immersions en ces pays fut dans le passé l’une des entreprises originales de Mgr Colomb qui évoqua le recrutement récent de jeunes venus des grandes écoles parisiennes qui partent pour des coopérations bilatérales avec les églises locales et l’arrivée d’un sang neuf dans l’institution MEP qui adapte désormais ses perspectives de la mission à ces réalités contemporaines.

Un échange par capillarité comme ce peut être dans le cadre du programme Erasmus en Europe où des Asiatiques rencontrent des Européens et s’enrichissent de ces échanges d’expériences personnelles et humaines de grand intérêt.

3 – Alain Lamassoure intervint enfin sur l’histoire, sujet majeur du temps qui vient pour rassembler les Européens entre eux sur ce défi didactique et personnel pour la communauté européenne. A ce jour, plus de 55 récits historiques existent parmi les 28 pays de l’Union qui en comptent parfois plusieurs par pays, comme dans les Balkans, en Hongrie, en Espagne, en Ulster, etc. La mission à laquelle il fut convié par le président Macron demeure un objectif à réaliser, « de croiser ces récits pour inspirer une histoire qui favorise la connaissance mutuelle des Européens entre eux. La France et l’Allemagne ont déjà rédigé des manuels en chaque langue nationale sur ce profil partagé. Mais il reste encore à faire pour élargir ce regard aux autres pays concernés ».

Un projet sans exclusive, en cours et auquel le député européen - devenu « pédagogue de la mémoire des peuples européens » voue une passion et une conviction personnelle. Tous les acteurs et citoyens européens de toutes origines y sont conviés car il en va de l’avenir d’un continent pour lequel ce défi est majeur et vital.

L’exposé d’Alain Lamassoure, d’autant plus passionnant  qu’il était parsemé de récits vivants des paradoxes actuels existant entre pays et au sein même des pays, montra que « l’avenir européen se jouait entre Européens eux-mêmes, au milieu de résistances possibles, de méconnaissances mutuelles, qui créent des postures marquées d’appréhensions et d’ignorances réciproques ».

Alain Lamassoure, fervent soutien de Pax Europa, une initiative qu’il partage avec les autres pays, fit encore état des propositions reçues sur ces enjeux de l’histoire en perspectives d’avenir, qui verront le jour dans les mois qui viennent. Une voie ouverte aux propositions et aux institutions, aux associations elles-mêmes qui pourront faciliter ces échanges entre pays de l’Union.

Les artistes locaux, le chanteur Michel Etcheverry et l’accordéoniste Gérard Luc prêtèrent leur concours pour les transitions musicales entre les conférences. Les radios « Lapurdi » et « Bonne Nouvelle » diffuseront  ces communications prochainement. Pax Christi France en donnera le contenu prochainement ainsi que Baskulture… On pourra les retrouver en audio et en copie sur le numérique au dernier trimestre de l’année 2019.

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