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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Une « corrida » particulière à Donosti en 1904 : taureau contre tigre !

Taureau contre tigre dans les arènes donostiar en 1904 © DR

L’histoire tauromachique de Donostia/Saint-Sébastien regorge d’histoires extraordinaires et de souvenirs, à commencer par la place de la Constitution dont les maisons aux balcons numérotés rappellent les « loges » louées par leurs propriétaires aux spectateurs des corridas qui se déroulaient en ce lieu emblématique au cœur de la ville. Et les anciennes arènes donostiar de Chofre au quartier de Gros reçurent en leur temps toutes les célébrités de l’époque, certaines venues d’Outre-Atlantique, tels Hemingway, Charlton Heston, Orson Welles ou Charlie Chaplin…

Voici un épisode ignoré de cette riche histoire rappelé par Daniel Arbisa qui l’illustre d’une photo prise en juillet 1904 aux arènes de San Sebastian :

- « Plus de 12.000 spectateurs étaient venus assister à une lutte féroce entre un taureau et un tigre. Dans l'assistance, un Luzien, Jean-Pierre Lizariturry, ne sait pas qu'il n'en sortira pas vivant. En effet quelques instants à peine après cette photo, un drame se jouera dans ces arènes.

Attention, âmes sensibles, ne lisez pas jusqu'au bout !

Les organisateurs avaient organisé une lutte entre un tigre royal et un taureau. On s'attendait à un combat féroce, or c'est le bide total, le tigre, conscient d'avoir face à lui une force de la nature, ne l'attaquera pas mais au contraire, reculera et ira s'allonger dans un coin, on le voit très nettement sur la photo.

Le taureau essaiera de le prendre avec ses cornes, sans succès. Finalement chacun reste à distance et rien ne se passe. L'attente est si longue que les organisateurs décident de faire quelque chose. On tape sur les barreaux, on fait exploser des pétards pour exciter le fauve... Rien n'y fait !

Le taureau tente une seconde attaque. Le tigre prend encore la fuite en rasant le sol...

Au bout d'un moment, le tigre se lève enfin, le taureau se précipite alors sur lui, et, sous la violence du choc, la cage cède, taureau et tigre sont alors libres dans l'arène, c'est la panique dans l'assistance.

Douze mille spectateurs se lèvent comme un seul homme, en proie à la panique, c'est la bousculade générale, alors que le tigre est relativement calme, il s'est même allongé, certains disent qu'il a été blessé, il serait peut-être mort. Le taureau lui, parcourt l'arène, blessant deux ou trois spectateurs intrépides, sans plus...

La situation n'est pas dramatique jusque-là, mais les organisateurs, cédant également à la panique et à l'affolement général, vont alors tirer plusieurs coups de feu en direction du taureau et du tigre, pour les abattre : dix, vingt coups de feu sont tirés en l'espace de quelques secondes, les balles glissent sur le sol, ricochent sur les barreaux de la cage et vont blesser une trentaine de spectateurs dont certains très grièvement. L'un des spectateurs, Jean-Pierre Lizariturry, est atteint au bas ventre, on le transfert en urgence à l'hôpital proche des arènes ; il y décèdera quelques heures plus tard.

Une fois le tigre abattu, des scènes d'une sauvagerie inouïe se produiront, une foule en délire se rue dans l'arène et met le tigre en pièce en quelques instants, certains spectateurs ne voulant pas quitter les lieux sans découper un morceau du fauve, en souvenir...

Cette affaire fera grand bruit dans le pays, l'Espagne et la presse s'indignent, le ministre de l'Intérieur espagnol mettra un point final en interdisant ce genre d'événements.

Daniel Arbisa 

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