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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Une ambassade russe à Bayonne et Bordeaux en 1668

Pierre Potemkine dirigeait l’ambassade russe à Bayonne et Bordeaux © DR

Il y a exactement 350 ans, 50 diplomates russes envoyés par le Tsar Alexeï Mikhaïlovitch (père de Pierre le Grand) séjournent à Bayonne pendant plus de deux semaines avant de faire étape à Bordeaux, puis attendre Paris, siège de la Cour royale et but de l’expédition !

Le Tsar Alexis Mikhaïlovitch, deuxième souverain de la dynastie Romanoff, s'apprêtait à renouveler auprès de Louis XIV – en particulier sur le terrain commercial - des tentatives d'alliance demeurées jusque-là infructueuses à cause de la solidarité « confessionnelle » entre le monarque « Très Chrétien » de France et la très catholique Pologne.

Partagé entre les traditions de ses ancêtres et les réformes dont il laissera finalement l'application à son fils Pierre le Grand, Alexis résolut donc d'envoyer une ambassade auprès de Philippe IV d'Espagne et de Louis XIV de France.

La relation de cette ambassade fut publiée en 1853, peu de temps avant sa disparition, par un grand érudit russe, le prince Emmanuel Mikhaïlovitch Galitzine, dont la vie fut, en elle-même, une extraordinaire illustration de la puissance de l’attraction intellectuelle et culturelle française sur les plus brillants esprits de l’intelligentsia russe.

La conférence se base sur le journal tenu par l’ambassade

- La délégation russe :

Au nombre d’une cinquantaine avec à leur tête Pierre Potemkine, dignitaire de la Cour et gouverneur de Borovsk, ainsi que Siméon Roumiantsoff, secrétaire du conseil.

- Le voyage :

Ils quittent Moscou le 7 juillet 1667 pour arriver à Cadix le 4 décembre 1667, puis traversent les deux pays, depuis la côte andalouse jusqu’à Paris, en tenant un journal très précis, en particulier lors de leur séjour à Bayonne.

- Séjour à Bayonne :

Le 27 juin 1668, Potemkine et sa suite se trouvent à Irun, dans l'attente de franchir la frontière entre les deux royaumes : il dépêche à Bayonne un sous-secrétaire chargé de préparer l’arrivée de la délégation.

Du 2 au 13 juillet 1668, c’est toute la délégation qui s’installe dans une auberge bayonnaise.

Nombreuses péripéties : démêlés avec l’aubergiste. Querelles avec les deux fermiers des douanes qui se trouvaient à Bayonne, celui du roi renonçant à percevoir ses droits, mais le fermier du maréchal de Gramont persistant à exiger les taxes qu'il estimait lui être dues. Passage mouvementé de l’Adour avec menace de confiscation de leurs précieuses icônes par le fermier du maréchal de Gramont…

Le 13 juillet, les diplomates russes arrivèrent non loin de Bordeaux où l’accueil fut facilité du fait du séjour, au début du siècle, du diplomate russe Ivan Kondireff, chargé par le tsar Mikhaïl Feodorovitch, premier souverain de la dynastie Romanoff et père d'Alexis, d'annoncer son avènement au roi Louis XIII.

Louis XIV ayant entre-temps appris leur présence, prendra en charge le reste du voyage à Paris. Potemkine - dont le descendant deviendra le célèbre conquérant qui illustrera le règne de Catherine II - parviendra finalement auprès de Louis XIV pour lui annoncer la signature d'un armistice avec la Pologne.

Le récit de l’ambassade de Potemkine fourmille de remarques très intéressantes pour qui étudie les mœurs et les usages du temps en France, vus bien sûr par des voyageurs russes. En parcourant un grand nombre de villages, de bourgs et de villes souvent importantes, ils eurent l’occasion de visiter palais et jardins, d’admirer une fabrique de tapisseries, l'établissement royal où se frappent les monnaies d'or et d'argent, le garde-meuble de la couronne, où étaient conservés les objets de grand prix : lustres en cristal ; vases en or, en vermeil, en argent, en cristal et en pierres rares, aiguières, bassins et grands plateaux en argent massif sur lesquels il était d'usage de présenter des fruits au souverain. Ainsi que les habits du roi taillés suivant la mode du pays et d'un excellent travail.

Architecture, artisanat, gastronomie, art de vivre : on voit déjà dans ce rapport tout ce qui alimentera la vision de la France que les Russes consolideront au fil des générations.

Car, depuis ces premières impressions de Potemkine transmises au tsar Alexis et dont son fils, Pierre le Grand, prendra évidemment connaissance, beaucoup de Français – huguenots exilés (Pierre le Grand fut aussi accueillant à leur égard que les protestants allemands), architectes, artistes, invités auxquels s’ajouteront les éducateurs et les philosophes prisés de Catherine II, puis les émigrés de la révolution de 1789 –  tous ont nourri une « référence française » privilégiée du bon goût et de la culture dans la société russe. Le duc de Richelieu, constructeur d’Odessa, le marquis de Traversay, ministre de la Marine de cinq souverains russes successifs, le chorégraphe Marius Petipa et beaucoup d’autres en furent l’illustration, ainsi que mes arrière-grand-père Alexandre de Roberty de La Cerda, général d’artillerie, et arrière grand-oncle Wladimir Andrault de Buy de Langeron, officier général de la garde et dernier gouverneur des palais impériaux de Gatchina près Saint-Pétersbourg.

 

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