Logo BasKulture

la lettre du Pays-Basque

Histoire

Un missionnaire basque entre Birmanie et Corée

Le Père Antoine Gaztambide et sa mission © DR

Le Père Antoine Gaztambide a commencé sa mission en Birmanie en 1960. Expulsé du pays à peine six ans plus tard, il a passé un demi-siècle comme missionnaire en Corée.

Né à Arnéguy en 1032  dans une famille du pays, Antoine  était le frère de François, son benjamin, ancien curé de Saint-Jean-de-Luz, et de frères partis aux Etats-Unis où la famille Gaztambide a essaimé.

Parent d’une autre famille nombreuse issue d’Arnéguy, les Camino, on trouve les descendants de ces parentés dans diverses parties du monde, dans la tradition de l’envoi vers d’autres pays et d’autres cultures.

Antoine a étudié plusieurs langues, comme il le relate lui-même dans sa biographie : le basque, l’espagnol, d’usage courant (concurremment au basque) à Arnéguy, le français, l’anglais, le birman et le coréen. Sans oublier le latin acquis lors de ses études au séminaire. Soit, un Basque polyglotte, comme tous ces missionnaires d’Orient, qui conforte le sens universel de cette vocation “ad vitam”.

Il se dit que son pays est désormais la Corée où ses nombreuses relations lui ont appris le goût de la fraternité partagée. Répondant aux sollicitations de la Revue des Missions Etrangères diffusée depuis Paris, sa vie est racontée dans le numéro de janvier 2018 pour le plus grand bonheur de tous ses amis (on y retrouvera beaucoup de noms qui fleurent bon le « terroir basco-gascon », ndlr.). Baskulture a décidé de reproduire cet intéressant témoignage en « cédant le clavier » au Père Antoine Gaztambide.

François-Xavier Esponde

 

Dire quelques mots sur ce que je fais en Mission. Bien sûr en Corée où je suis depuis 50 ans, mais puis-je le faire sans mentionner la Birmanie où j’ai passé plus de six ans, de 1960 à 1966 ?

De fait, lors de la destination en 1958, ma joie ne fut pas totale. L’anglais y est indispensable et moi qui n’avais étudié que l’espagnol en secondaire. En plus, la Birmanie donnait difficilement le visa, les derniers partis avaient dû attendre longtemps. C’était donc un séjour à Londres qui m’attendait, combien de temps ? Dès le lendemain je m’attaquais à l’étude de l’anglais, « My tailor is rich. » J’ai passé plus d’un an à Mill Hill. Le visa est arrivé le 23 décembre. Dès janvier, j’étais sur un bateau-cargo. Seul MEP (Missions Etrangères de Paris, ndlr.) à bord, avec 15 à 20 passagers au total. 27 jours après, j’étais à Rangoun, chez le Père Ogent, après plusieurs escales en cours de route. Un voyage bien agréable.

J’ai suivi des cours de langue, à Myaungmya, chez le Père Narbaitz, un Basque, jamais retourné en France. Il a accepté d’aller à Paris pour des soins. Il y est mort malheureusement loin de la mission qu’il avait décidé de ne jamais quitter. Pour moi, ce furent ensuite quelques mois de pratique à Kanazogong, chez le Père Mourrier, un MEP avec une longue expérience, dans la mission. Puis au centre du diocèse à Pathein où j’ai passé plus de deux ans, vicaire d’un Père birman, le Père Martin. À côté du presbytère se trouvait une grande école secondaire de filles, tenue par les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, où j’ai eu pas mal de travail. De plus à une heure de route, se trouvait une école de Frères. Y enseignait alors le Père Duhart, puis le Père Lahitte des MEP.

La Birmanie est à majorité bouddhiste mais nos chrétiens sont pour la plupart des ex- animistes. Le bouddhisme y est très différent de celui de la Corée. Le soir à la tombée de la nuit, quand on circule dans les villages, il suffit d’entendre les chants qui sortent de chaque maison pour voir s’il s’agit de bouddhistes, de catholiques ou de protestants. Chaque maison ayant son propre autel ad hoc.

La situation politique y était très confuse, il y avait des groupes de guérillas partout. On était souvent entre deux feux dans nos tournées, en situation de danger permanent. Nos tournées se faisaient souvent à pied ou en canoë, avec parfois des plongées involontaires. Un autre problème était celui des dialectes. Dans nos virées, il nous fallait des connaisseurs de ces dialectes pour communiquer avec les villageois qui ne connaissaient pas le birman.

Durant mes deux dernières années en Birmanie, j’étais curé à Yothoegong, au nord du diocèse, où les routes étaient très difficiles, j’ai dû faire mon entrée en charrette à bœuf. Quelle ambiance de paix et de joie quand même !

La Corée

Il a fallu tout quitter en 1966. Le permis de séjour jusque-là renouvelé tous les ans, ne l’était plus. J’étais l’un des premiers à quitter le pays. Avec un ou deux confrères qui avaient travaillé dans le même secteur, nous avions décidé d’aller où que ce soit ensemble, je les ai attendus pendant un an à Paris. Pour où ?

Ce fut la Corée. Le diocèse d’Andong avait été érigé à Rome dès 1967, sans autre particularité. Le district restait sous la juridiction du diocèse de Taegu, confié à la charge des MEP, ayant comme responsable le Père Coyos. Une dizaine de MEP y travaillaient. Les quatre de Birmanie étaient donc prêts pour ce diocèse, avec comme évêque Mgr René Dupont, qui était à Taejon. Nous revoilà à l’étude du coréen à Séoul. Nous étions prêts à aller à Andong, dès que le diocèse fut officialisé, en 1967. Une langue en plus pour moi, la cinquième. Ma première langue à apprendre avait été le français puisque jusqu’à l’âge de cinq ans, je ne parlais que le basque. L’étude de l’espagnol me fut plus facile, habitant la frontière, avec la possibilité de le pratiquer tous les jours. Puis j’ai appris l’anglais, le birman et le coréen.

En 2017, je suis le seul encore présent ici des quatre. Deux sont en France, le Père Maguet avait quitté rapidement le pays, il est mort depuis malheureusement. Mon activité au diocèse a surtout été paroissiale, six paroisses à raison de plus de six ans par paroisse.

Un style de vie qui n’a rien à voir avec celui de Birmanie. Une nation bien plus développée, un bouddhisme, un peu différent.

En 1998, une équipe de jeunes curés et religieuses, souhaitait qu’un curé termine à 65 ans la direction de la paroisse. J’ai commencé alors à organiser un centre de pèlerinage, autour de la tombe d’un certain Hong You Han, qui vers 1790, à la lecture d’écrits d’un Jésuite espagnol Bantoja s’était intéressé à notre religion, il n’a jamais été baptisé. C’est aussi un centre pour colonies de vacances. J’y suis resté plus de treize ans. Je suis actuellement, retiré dans une maison du diocèse, où je vis, si l’on peut dire, en ermite mais avec la responsabilité d’une chapelle à 25 km d’ici, sans en être le curé en titre. Il y a là près de quarante fidèles. Je fais aussi les remplacements de curés dans leur paroisse, les confessions de religieuses et autres personnes. Je suis en fait loin d’être un ermite. Jusqu’à quand ? Dieu seul le sait. Que sa volonté soit faite... Je remercie le Seigneur de m’avoir donné tant de joie et de bonheur, partout où j’ai été. Et un grand merci à tous ceux et celles qui ont été avec moi de près ou de loin, pendant si longtemps...

P. Antoine Gaztambide, MEP

 

Commentaires

Réagir
  1. Alan Abeberry
    le 05/03/18 à 10h14

    Sympa, il a fait du chemin (bide) depuis la jeunesse. Il serait intéressant de connaître son sentiment sur la convergence entre bouddhisme et christianisme. Pour le Dalai Lama, Jesus est 1 boddhisattva ou 1 Bouddha...


En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.