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Un cardinal et un évêque - Serviteurs de la Paix

Mgr José María Setién salue le lehendakari Juan José Ibarretxe en 1999 © EFE

Mon « maître » ès radio et ami, le Père Ignace Arregui, a reproduit dans son récent envoi la chronique de Javier Elzo, ancien doyen de la Faculté de sciences politiques et de sociologie de l'Université de Deusto à Bilbao et, parmi ses nombreux titres, lauréat de la Société d'études basques Eusko Ikaskuntza et Officier de l'Ordre des Palmes Académiques en France. A cause de ses publications sur les jeunes Basques proches d'ETA, il avait « vécu sous la protection d’une escorte permanente pendant une décennie », ce qui donne d’autant plus de poids à ses écrits concernant le décès de Mgr José María Setién, ancien évêque de Saint-Sébastien, « vilipendé par beaucoup, défendu par si peu. Aujourd'hui, je veux simplement dire que Setién a condamné mille fois l'ETA, qui l'a renvoyé avec des insultes et des menaces, ce qui ne l'a pas empêché de condamner les mauvais traitements et la torture subis par certains de ses membres. Il souffrait d'incompréhension, mais même alors, il respectait le contradicteur intellectuel sans ressentiment. Je l'ai vécu personnellement quand, à plus d'une occasion, j'ai exprimé mon désaccord avec certaines de ses positions. J'ai beaucoup appris de lui, entre autres choses, que vous n'avez jamais à répondre, pas d'insultes ou d'anonymes. Mais il me reste sa recherche intellectuelle incessante de la vérité ». Et de souligner encore « la gentillesse et la grande timidité de celui qui a été évêque de Saint-Sébastien pendant plus de 27 ans, de 1972 à l'an 2000 ». En 2005, Mgr Setien avait invité Javier Elzo à lire son livre de mémoires consacré à sa recherche incessante de pacification en Euskadi : « Il est venu dire qu'au-delà de sa condition d'évêque, au-delà de sa condition de prêtre, c'était sa condition d'homme de ce peuple qui l'a conduit à ne pas rester indifférent à l’absence de paix en Euskal Herria, et à la souffrance de tant de ses concitoyens. Dans une approche toujours essentiellement religieuse, dès ses premiers travaux de professeur, il était devenu clair que la religion n'était pas seulement une affaire privée, une question de sacristies. Et c’est à cause de cela qu’en tant qu’évêque, il était tellement critiqué, et même injurié ».
Voici maintenant la chronique de l’abbé François-Xavier Esponde. ALC
Deux personnalités singulières nous quittent à quelques jours d’intervalle.
Le Cardinal Jean Louis Tauran, originaire de Bordeaux, et Mgr Jose Maria Sétien, né à Hernani en Guipuzkoa en 1928.
Deux apôtres résolus au service de la paix

1 – Mgr Sétien, après des études de séminaire à Rome, sera envoyé comme professeur de droit canonique et de théologie à Salamanque où il enseigna la théologie et fut Doyen de la Faculté Catholique de la ville. Après diverses missions à Vitoria et Santander, il est ordonné évêque auxiliaire et par la suite, évêque titulaire de Saint Sébastien en ces années troubles et douloureuses de la violence qui endeuilla la région de cruelles blessures et de morts en série.

Mgr Sétien, en fidèle serviteur de « Pacem in Terris », la Lettre encyclique écrite par le Pape Jean XXIII, se consacrera à son diocèse basque et aux problèmes de l’heure, réunissant, invitant au dialogue les partis adverses, rappelant sans discontinuer le devoir de la paix au cœur des « tribulations guerrières » des oppositions en cours.
Admiré des uns, blâmé des autres, il persévèra en faveur des dialogues impossibles entre des opinions adverses et frontales.
Auteur de plusieurs ouvrages sur les Droits humains, la religion et la laïcité, la paix et les guerres, la relecture quotidienne de « Pacem in Terris » au cœur des évènements vécus in situ dans son diocèse, Mgr Sétien administra un grand diocèse où fleurissaient encore les vocations, sacerdotales et religieuses, les écoles confessionnelles et les universités. Le diocèse de Saint Sébastien est le point névralgique de l’Ordre jésuite avec Loiola, celui des Franciscains avec le Sanctuaire d’Aranzazu, et de très nombreux ordres religieux féminins d’enseignantes au service de l’enfance.

Lorsque les circonstances l’imposèrent, meurtres et assassinats politiques s’ajoutant, il écrivit des Lettres Pastorales en espagnol et en basque, pour refuser immanquablement la violence et les morts violentes. L’évêque présida lui-même les obsèques des victimes de la violence, donna des conférences, et prit position sans hésiter, contre les agissements perpétrés par les plus irréductibles.

Pendant vingt-et-un ans, il sera l’évêque de Saint Sébastien dont on appréciait la haute culture théologique, la connaissance de plusieurs langues dont le basque, et les vues ecclésiales de longue portée. Un immense serviteur de la paix à tous prix, sans aucune restriction, sans état d’âme, pour le bien commun d’une région qui pleure ce grand homme, humble et immensément généreux !

2 - Le Cardinal Jean Louis Tauran, originaire de Bordeaux, professeur de droit canonique à Toulouse, fut nommé à Rome à la fonction de diplomate du Vatican puis de bibliothécaire du Saint Siège. Un poste élevé dans la prestigieuse institution romaine où l’église conserve le patrimoine mondial des cultures et des religions du monde.
Le pape Jean-Paul II le nommera par la suite Préfet du Dialogue Inter-religieux au cœur des familles religieuses internationales. Le Cardinal Tauran circule dans le monde à la rencontre de toutes les familles spirituelles de la terre. Il prend part à des échanges avec les croyants d’autres origines spirituelles. Bouddhistes, hindouistes, musulmans, chrétiens d’Orient et du monde entier, animistes, il est l’envoyé du pape lors de rencontres internationales où il siège au nom du Vatican.
Habitué de notre Pays Basque, il se ressource au couvent des Bénédictines d’Urt où il donna aux sœurs du monastère des conférences dont certaines sont diffusées ce jour.
Le cardinal fut salué par le Ministres des Affaires Etrangères français comme « diplomate de la paix exceptionnel », tous ceux qui eurent le privilège rare de l’entendre reconnaissaient son intelligence supérieure et sa finesse d’esprit reconnue.
En 2013, le public “urbi et orbi” attendant le message du camerlingue du Conclave en la personne de Jean Louis Tauran vit le cardinal français sur le balcon surplombant la Place Saint-Pierre de Rome citer le nom du cardinal José Mario Bergoglio devenu le Pape François. Dernier cardinal français à Rome, Jean-Louis Tauran vient de décéder aux Etats Unis et ses nombreux amis d’ici partagent son souvenir et sa mémoire.

 

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