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Tradition
Toussaint en Pays Basque
Toussaint en Pays Basque
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| François-Xavier Esponde 726 mots

Toussaint en Pays Basque

1 – Le culte aux morts

Le culte rendu aux disparus le jour de la Toussaint est une fête mémorielle traditionnelle en Pays Basque et constitue une des singularités locales, avec les confrontations à la pelote sur les canchas, les disputes sportives dans les stades et les émulations des bertsulariak, joutes verbales des versificateurs.

A Toussaint, la famille - tous ses éléments en âge de se déplacer - se rendent à l’église pour la célébration des vivants, puis au cimetière attenant pour le recueillement auprès des disparus.

Une époque de fleurissement sans originalité particulière, sinon les habituelles espèces végétales qui ajoutent des couleurs blanche, rouge, bleue et violette aux surfaces des caveaux familiaux. Pas de fleurs séchées ni de végétation du cycle précédent.

Ne pas s’y conformer serait indécent, inapproprié, car on remarque les sépultures de ceux qui ne se livrent pas à ces usages en manquant aux règles de la mémoire des morts, coutumes toujours vives dans les esprits au Pays Basque.

Le silence du lieu, au demeurant si coloré et agrémenté, contraste avec la déférence apportée à ce jour marqué si particulièrement chaque année. Ainsi, on aura pris soin de décanter la pierre des scories de l’humidité, nettoyer les environs de toute trace étrangère au site préservé.

A l’heure où l’on observe un retour à la végétation - préférée au gravillon ou à la pierre dénudée -, on prendra soin cependant de ne pas livrer le lieu à la diffusion d’espèces envahissantes qui pourraient y proliférer.

Si à l’église, au cours de la célébration du culte, on cite parfois dès le jour de Toussaint les noms des défunts de l’année écoulée, au cimetière on sera à peine surpris de noter la propreté du cadre dans son ensemble, les soins apportés pour maintenir cet espace à l’abri des invasions végétales et de la prolifération d’insectes comme les abeilles ou les frelons.

2 - Le cimetière a changé de visage, ces dernières décennies.

Aux sépultures anciennes dans le bâti du temps passé qui succédaient à la mise en terre directe originelle du lieu, un retour au végétal et à la matière première encouragé par la pratique de l’incinération - encore rare en terre basque -, la présence de cavurnes ou « domiciles personnalisés des cendres » voit le jour avec le développement des « Etxolak » qui rappellent les urnes-cabanes des romains. Il n’est plus rare de constater que l’agrandissement du cimetière primitif ajoute cet espace nouveau à l’enchaînement géométrique des caveaux primitifs.

Dans la terre pour les uns, à la surface du sol pour les autres, en respectant quelque peu - mais pas souvent - l’orientation des sépultures anciennes, est-ouest, traditionnellement conforme à l’édifice religieux premier du site.

Les monuments empruntés pour disposer du columbarium sont grégaires pour la plupart. Une croix solaire, un soleil ou des signes particuliers propres à chaque famille.

Des dimensions conventionnelles. Peu d’emphase dans les monuments, un désir de se fondre dans la matière, un dépouillement singulier qui contraste avec la majesté acquise de certaines sépultures surdimensionnées à côté de ces édifices miniatures.

Les civilisations perdurent dans l’histoire par les soins apportés aux lieux du souvenir et des espaces funéraires. En ce qui concerne notre époque, elle sera austère dans sa pratique si l’on en juge par comparaison avec les habitations, les places publiques et les bâtiments historiques passés. La sobriété actuelle dispose des lieux de sépulture comme des lieux de mémoire a minima pour les générations suivantes.

 

Si nos ancêtres laissèrent trace sur les parois d’Oxocelhaya des peintures murales pour se rappeler de leur passage sur cette terre, si les laboureurs du temps empruntèrent le champ de leur travail pour y déposer leurs dépouilles familiales, parmi les espèces de leur labeur, si depuis quelques siècles et la fondation des églises et des cimetières attenants, on adopta la règle commune d’en faire le lieu ultime du séjour des morts, si l’inhumation des corps côtoie désormais celle des urnes cinéraires, les pratiques funéraires se sont dépouillées du protocole antérieur au bénéfice d’une simplicité partagée par beaucoup.

Les pierres naturelles, marbre, pierre de la Rhune ou d’Arudy proviennent désormais de Chine ou de l’étranger, leur transport et manutention deviennent coûteux.

Mais le culte aux morts n’a que peu varié dans les esprits des autochtones.

Du moins dans cette région, la nôtre, qui adopte ces nouveautés mais perpétue ses traditions !

François-Xavier Esponde

 

 

 

 

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