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la lettre du Pays-Basque

Tradition

San Bladi ou Blaise dans nos terres

Saint-Blaise sculpté sur porte d'entrée © DR

San Bladi, Blaise, compte dans le sentiment religieux de l’âme basque et béarnaise. Il n’est que de citer l’Hôpital Saint Blaise en Soule (voyez notre article), et la chapelle d'Oxarty dédiée à San Bladi (datée de 1594, elle est située à 3km d’Iholdy, vers l'Est, pèlerinage des enfants du village le 3 février et le lundi de Pentecôte), pour se remémorer les pèlerinages et les dévotions deux fois par an en ces lieux antiques où se mêlent les origines anciennes de Saint Blaise et celles attachées aux chemins de Saint Jacques de Compostelle qui traversent notre région.

La renommée de Bladi, évêque arménien du IVème siècle, avait traversé l’Europe, procurant à l’Hôpital Saint Blaise les fondations d’une église du XIIème siècle bâtie par les chanoines de l’abbaye Sainte Christine du Somport pour y accueillir dans leur hôpital de la sainte miséricorde les pèlerins engagés sur le chemin de Roncevaux.

Or, les légendes concernant Bladi l’Arménien sont légion : il aurait vécu en ermite en Arménie et descendait auprès des populations de la vallée où il exerçait ses pouvoirs de guérisseur reconnu. On l’apparentait à l’ours, animal solitaire qui hiberne une longue partie de l’année et jouit de la part des paysans d’une dévotion particulière, à la fois mêlée de crainte et de vénération.

Dans un Moyen-âge où les cultes terriens rendus aux divinités et aux forces de la nature croisent la dévotion aux premiers témoins du christianisme, Bladi correspond bien à ce profil transversal du mystère contenu dans l’hiver, saison faite d’une interminable nuitée qui s’éclaire au mois de février dans l’effusion de la création sous toutes ses forces.

Les paysans de nos terres pyrénéennes ont joui d’un imaginaire intense à propos de l’ours dont les forces cachées pouvaient symboliser plusieurs fonctions de la nature en métamorphose. Une mission agraire de fécondité, à l’heure des semailles et du renouvellement des cheptels domestiques, une vertu médicinale entremêlée de culte à Bladi et à l’ours lui-même, que les gens de la terre adoraient de toute évidence avant de transférer sur Bladi leur dévotion personnelle.

Réputé guérir les insuffisances respiratoires selon les croyances du temps jadis, le nom-même de Bladi pouvait soulager les humains affectés par la torpeur de l’hiver. Ces saints ancestraux avec leurs « pouvoirs » se sont ainsi inscrits dans la mémoire religieuse locale.

En Grèce, Bladi est le patron des chanteurs, également celui des corderies et des tisserands, autant de dispositions mystérieuses liées à ses pouvoirs demandés par les humains pour le travail de leur voix ou de leurs créations !

L’éleveur des animaux, le paysan - homme de sa terre - qui connaît les risques épidémiques et les avatars de la météo, saura se vouer à San Bladi lorsque les circonstances le lui demanderont, dans le fil de l’histoire spirituelle confrontée aux grandes épidémies destructrices des espèces animales et des humains aux époques passées.

Ne sourions pas : selon les croyances correspondant à chaque époque, Bladi répondait aux attentes des éleveurs de troupeaux, et le bénéfice de ses dons correspondait à leurs sollicitations.

La chapelle d’Iholdy vouée à sa bénédiction conserve une valeur patrimoniale certaine pour notre région, tout comme l’Hôpital Saint Blaise, classé au patrimoine de l’Unesco.

Dans son livre « l'Hôpital-Saint-Blaise, histoire, art et croyances » (Atlantica Biarritz, 2009), Robert Elisssondo cite le récit publié dans « l'Avenir de Bayonne » (17 février 1898), sous le pseudonyme de G. de la Nive :

« Il y a une vingtaine d'années, j'ai vu la St-Blaise se fêter dans le pays de Soule. Au milieu des grands bois qui séparent Mauléon de Barcus, il est un endroit, pas bien grand, appelé « l'Hôpital St-Blaise ». Pour le 3 février, il s'y fait de nombreux pèlerinages ; on s'y rend de plusieurs lieues à la ronde, village par village, pendant trois jours consécutifs. L'église est toute petite, mais fort ancienne ; elle a un cachet antique pas trop banal. Toute la cérémonie religieuse consiste, pour le curé, à défiler devant la balustrade où le populaire Vient s'agenouiller en rangs ininterrompus. A chacun il fait la même demande : « Combien d'évangiles » ? Le nombre d'évangiles est relatif à celui des bêtes à corne du pèlerin, et c'est cinquante centimes par évangile. Un premier clerc inscrit le nom du déposant et le nombre d'évangiles ; un second recueille les fonds.

La cloche de l'Hôpital St-Blaise est miraculeuse ; les trois jours du pèlerinage constituent le bénéfice annuel de son sonneur. Elle est affreusement fêlée, elle a un horrible bruit de ferraille; mais avez-vous des migraines, avez-vous des maux de dents ? Mettez alors la tête sous la cloche et dites au sonneur de la faire retentir une, deux, trois, quatre fois. C'est deux sous le coup de cloche et, la foi aidant, vous en aurez pour toute l'année à être dispensé de migraines et de maux de dents...

Les bons propriétaires souletins n'ont eu garde d'oublier un encens particulièrement agréable à saint Blaise. Ils sont venus au pèlerinage portant sous le bras une grosse poignée de poils de la queue de leur bétail. Et, à la nuit tombante, ils en forment des tas considérables tout autour de l'église et les font brûler. Pendant que la fumée s'élève, chaque groupe de villageois, qui ne voyagent jamais sans musique, ici avec un violon, là avec un « chirula », plus loin avec une véritable fanfare, se met à danser, à chanter avec un entrain admirable ».

François-Xavier Esponde

Cantique à Saint Blaise

Gora, gora, bladi saintia (bis)

1
Zuri hersatzen gira,
Sen Bladi handia, Umilki galthatzera Zure sokhorria.

2
Eliza eder hau da Txutik aspaldian,
Sen Bladiren phausada
Ospitale – Pian.

3
Zebazten, Armenian, Sen Bladi zen sorthü, Zelilako bidian
Goizik abiatü.

4
Zunbat zen maithatia Bedezi zelarik !
Ai ! zer aphezküpia Jentek haitatürik !

5
Jinko Hunak deithurik,
Egon zen oihanin ; Gai - et- egün barurik Beitzagon othoitzin.

6
Harpe zilo batetan Zian egongia : Jesusen ürhatsetan Bizitze praubia.

7
Üsü jiten zeitzola Basa - ihiziak
Etzatera khantila
Dio ixtoriak.

8
Liziniuz ordunko Enperadore zen.
Basa - ihizik beno Krüdelago beitzen.

9
Deitzen dü Agrikola Gobernadoria,
Bortütik khen dezala Ermita Saintia.

10
Soldaduek ordian Presuntegin sarthü ; Gaixuak zer etzian Ixilik sofritü !

11
Burdun orrazekila Die xehekatzen,
Süz gorritiekila Phentsa zer ahal zen !

12 Azkenekoz lephua Ezpataz muztürik,
Lorietan badua Debria goithürik.

13 Holako etsenpliak Har bihotz barnila,
Egün batez güziak Hel gitin zelila.

 

 

Commentaires

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  1. Dominique Uthurralt
    le 13/02/18 à 03h55

    Merci M. Esponde pour cet article très complet sur ces croyances religieuses anciennes qui expliquent nos rituels contemporains. En effet cette tradition reste toujours très suivie dans notre village, comme un événement de sociabilité incontournable du calendrier festif de l'Hôpital-Saint-Blaise. Le parallèle entre l'image de l'Ours et Saint-Blaise est également tout à fait intéressant et illustre bien comment ces personnages ont pu fortement marquer la culture pyrénéenne. En espérant avoir le plaisir de vous recevoir dans notre église à l'occasion du Spectacle de Son & Lumière pourquoi pas, et d'échanger autour de ces thèmes! Avec tous nos remerciements.


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