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la lettre du Pays-Basque

Conférence

Regard sur l’histoire et son enseignement

Le professeur Jean de Viguerie © DR

En complément du prochain colloque intitulé « L’Histoire en perspective d’avenir - Assise 1986-2019 » qui aura lieu mercredi 7 août prochain (à 15h) à l’église Saint-Laurent de Cambo, il nous a paru utile de rappeler les paroles du pape Benoît XVI au Comité pontifical des sciences historiques qui, déjà en 2008, critiquait l’amnésie dominant aujourd’hui la culture européenne, jusqu'à « oublier des époques entières » : ce qui produit « une société ignorante de son passé et donc privée de mémoire historique ». D’où « une perte d'identité » pour l’individu et pour la société... Et Benoît XVI d’insister pour une revalorisation des études historiques : « Il ne s'agit plus d'affronter une historiographie hostile au christianisme et à l'Eglise ; aujourd'hui, c'est l'historiographie elle-même qui traverse une crise plus sérieuse [et] doit lutter pour sa survie dans une société imprégnée de positivisme et de matérialisme » : idéologies polarisées sur les succès techniques et qui « déterminent la conception de la vie d'amples secteurs de la société », malgré les catastrophes qu’elles ont déchaînées au siècle dernier. Résultat de cette domination : « Le passé apparaît comme l'arrière-fond ténébreux sur lequel le présent et l'avenir resplendissent des promesses d'avenir trompeuses. A ceci est aussi liée l'utopie d'un paradis sur terre, en dépit du fait que cette utopie se soit démontrée fallacieuse. » L'Eglise quant à elle a toujours encouragé une « culture historique authentique », y compris pour éclaircir à travers les siècles sa « mission complexe », a déclaré Benoît XVI.

Par ailleurs, il nous a également paru intéressant de reproduire cet entretien avec le professeur Jean de Viguerie, professeur honoraire de l'université Lille III et membre de l'Académie des Jeux floraux, spécialiste de l'Histoire de France au XVIIIe siècle et du catholicisme français, auteur de nombreux ouvrages sur ces questions.

Regard sur l’enseignement catholique.

L’enseignement catholique, comme celui de l’Église qui a instruit l’Europe d’autrefois, est-il compatible avec notre « civilisation pluraliste » ?

- Jean de Viguerie : La réponse à cette question est non. En effet pluralisme sous-entend tolérance, et la tolérance pluraliste admet tout sauf la religion catholique enseignée et pratiquée dans son intégrité. Elle qualifie cette religion de fanatique et la rejette absolument. Voltaire écrivait déjà : « Il faut commencer par n’être pas fanatique – entendez catholique – pour mériter la tolérance. »

La crise du système éducatif telle que nous la vivons s’est-elle déjà produite ailleurs ? Si oui, l’a-t-on résolue et comment ?

- Jean de Viguerie : La réponse est également non. La crise actuelle de l’enseignement – elle a commencé il y a une quarantaine d’années – n’a pas de précédent. Aussi haut que l’on remonte dans le temps, on ne trouve rien de semblable. Depuis les origines de l’Histoire, on n’avait jamais vu pareille subversion des méthodes, pareil défi au bon sens, pareil mépris de l’intelligence. C’est la première fois que l’on dévalue à ce point la mémoire, le « par cœur » et l’exercice de la raison ; la première fois que l’on sépare ainsi la jeunesse de l’histoire et de la littérature de son pays, et que l’on prétend faire passer « l’épanouissement de l’enfant » et sa libre expression avant l’acquisition du savoir et la formation de l’intelligence. On avait vu des époques avec peu d’écoles et un grand nombre d’analphabètes. Mais, au moins, le petit nombre qui s’instruisait, observait les règles élémentaires et de tous temps respectées, de l’apprentissage des connaissances. La véritable instruction subsistait, même si elle n’était dispensée qu’à très peu d’enfants. Aujourd’hui les écoles sont innombrables, mais les enfants qu’elles prétendent former, n’acquièrent jamais, sauf exception, ce savoir de base qui permet à l’homme de garder sa dignité en cultivant sa mémoire et en exerçant sa raison.

L’Église missionnaire n’est-elle pas en train d’édifier dans les régions les plus pauvres du globe la Chrétienté de demain ? L’Europe occidentale possède-t-elle encore des ressources pour reconquérir son identité ou doit-on s’attendre à un tournant dans l’histoire du christianisme ?

Jean de Viguerie : Il se peut que certains pays pauvres du Tiers monde connaissent un progrès de la foi et une augmentation du nombre de christianisés. Mais le patrimoine culturel chrétien y est souvent très pauvre, et, de ce fait, les études indispensables à l’affermissement de la religion et à la formation du clergé souffrent de grandes insuffisances. Inversement, dans les pays d’Europe occidentale, l’Église aurait toutes les facilités pour remplir sa mission d’enseignement. Elle a les moyens matériels ; elle a surtout à sa disposition l’immense héritage culturel de la Chrétienté, mais la foi diminuant et le nombre des pratiquants se réduisant tous les jours, elle n’a plus les hommes capables de faire fructifier les richesses infinies de ce patrimoine, et de délivrer un enseignement catholique de haute qualité.

- Des facultés universitaires aux collèges, on a pu observer que les conflits au Proche-Orient exacerbent les « communautarismes ». Ce phénomène rampant ne risque-t-il pas de faire imploser l’Éducation Nationale ?

- Jean de Viguerie : L’Éducation Nationale possède une grande faculté d’adaptation. Dans les années soixante-dix, personne n’aurait imaginé qu’elle puisse intégrer des millions d’enfants immigrés. Si on avait dit aux gens : « Vous aurez des classes avec quatre-vingt pour cent d’enfants musulmans et parlant à peine le français », ils auraient répondu : « Cela ne se fera jamais, l’Éducation Nationale imploserait ». Et pourtant cela s’est fait, et l’Éducation Nationale n’a pas implosé. Pourquoi ? Parce que l’Éducation Nationale est seulement un cadre, ou, si l’on préfère, un récipient. C’est une structure artificielle. Ce n’est pas une véritable éducation ; elle ne transmet rien d’essentiel. On peut donc y mettre ce qu’on veut et qui on veut. Mais alors, diront certains, il ne sera plus possible de donner un enseignement méritant ce nom ? Sans doute, mais peu importe. Ne s’agit-il pas en premier lieu de fabriquer des « citoyens », autrement dit des observants fidèles de la religion des droits de l’homme ? Et l’on peut fabriquer de tels citoyens avec tout le monde.

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