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la lettre du Pays-Basque

Livre Poésie

Quelques alexandrins pour la paix au Pays Basque

Gerry Adams, chef du Sinn Fein irlandais, sous la fresque de Latouche © DR

C’est la Villa Arnaga, ancienne demeure d'Edmond Rostand devenue musée de l’auteur de « Cyrano » - dont on commémore le centenaire de la disparition cette année – qu’avait choisie Vincent Bru pour cette réunion internationale destinée à « avancer vers la résolution du conflit au Pays Basque » (notre « Lettre » du 27 avril). L'ancien maire de Cambo devenu député de la circonscription s'était déjà impliqué dans le processus de désarmement officiel de l’ETA et le rapprochement des prisonniers. Sous les fresques du peintre Gaston Latouche évoquant « La fête chez Thérèse » avec son carrosse rouge avaient pris place les personnalités internationales ayant participé à la Conférence d’Ayete en 2011, des élus et représentants de partis politiques ainsi qu’une nuée de journalistes. Une scène peu ordinaire chez Edmond Rostand et Rosemonde Gérard, qui a inspiré ce poème à notre ami Yves Ugalde :

Arnaga vit ce matin un vrai grand moment.

Un jour à se fendre de quelques alexandrins.

Ne serait-ce que par respect, et plus tendrement,

Pour celui qui l'a bâti avec tant d'entrain.

Je ne peux m'empêcher de penser à l'auteur

De Cyrano, de l'Aiglon et de Chantecler,

Dont l'âme ce jour doit planer sur les hauteurs

De la grande etxe sur fond d'un ciel bleu clair.

Rostand, le poète, l'écrivain des beaux théâtres,

A fait dire à ses grands personnages d'histoire

Des mots survolant, de loin, les décors de plâtre

Et les intrigues prétextes à des faits de gloire.

N'aimer Rostand que par la beauté de sa langue,

C'est faire fi du grand souffle de son œuvre.

L'homme au cœur des conflits et lorsque la paix tangue

Lutte contre du sang et de la haine la pieuvre.

Un certain public et les critiques d'alors

Ont rangé l'écrivain parmi les virtuoses

D'une expression classique déclamée sous les ors

Toisant, mais sans le dire, les manieurs de prose.

Qu'il soit coq pour de vrai et paré de ses plumes,

Ou qu'il le joue en costume avec ses épées,

Sans prendre le risque d'une liberté posthume,

Il parlait sans cesse d'amour et de respect.

Ce sont eux qui à la fin triomphaient toujours,

Malgré les rancœurs et les conflits dépassés.

L'Aiglon et ses guerres qui ne verront pas le jour,

Le coq avec sa domination déplacée.

Ce matin, c'est dans la grande maison basque

D'un auteur bien supérieur à sa renommée

Que des hommes et des femmes, tout sauf fantasques,

Marchent sur ses pas, et sans y être sommés.

Dans les hauts bosquets et derrière les statues,

Il y a sûrement des sceptiques, et de tous côtés.

En attendant, l'histoire, elle, s'écrit, donne un statut

A des mots, il y a peu, encore chuchotés.

Arnaga, etxea, offre tout son prestige

A une paix durable qu'Hugo, sur son autre socle,

Depuis un Hernani qu'une autre guerre fige,

A ces artisans sortis du temps des monocles.

Ils osent la grande lunette qui voit la lune

Sans rien mépriser des vraies douleurs des batailles.

Ils veulent voir plus loin que le sang à la une,

Malgré les voix, plus faibles, qui encore les raillent.

Yves Ugalde

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