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la lettre du Pays-Basque

Livre

« Quand le diable dansait à Ilbarritz », de Jean Pierre Alaux

Quand le diable dansait à Ilbarritz © DR

A Biarritz où « ça ventilait dur ce matin, des nuages violines barraient l’horizon et l’Atlantique moutonnait comme dans les heures qui précèdent un coup de tabac ».

Sur la feuille blanche  tendue par le réceptionniste de l’hôtel Regina, on pouvait lire en lettres gothiques : « Ilbarritz est la propriété du diable. Nous vous promettons une descente aux enfers » ! Ne ratez sous aucun prétexte la sortie en librairie, cette fin de semaine, du nouveau roman de Jean-Pierre Alaux « Meurtres au Pays Basque - Quand le diable dansait à Ilbarritz », publié aux éditions Geste Noir. Les amoureux des aventures de Séraphin Cantarel seront ravis de retrouver le célèbre conservateur des Monuments de France (qui avait commencé sa carrière au musée Bonnat à Bayonne) dans une enquête le menant vers le très mystérieux château d'Ilbarritz construit par le fantasque baron de l'Espée. Quand il débarque à Biarritz au printemps 1989 avec son jeune collaborateur Théo Trélissac, sa mission paraît impossible : sauver l’impressionnante bâtisse d’une probable démolition. Il se heurtera à des oppositions locales et surtout à Albert Deschanel, l’énigmatique occupant des lieux. Mais que se passe-t-il donc, la nuit, à Ilbarritz pour que ce château attise autant de convoitises ? L’inquiétante disparition de deux surfeurs, un curieux attentat et un meurtre maquillé en suicide ébranlent soudain la légendaire quiétude de la célèbre station balnéaire basque. Alors que la tempête fouette la grève, les masques tombent les uns après les autres. Le château d’Ilbarritz peut donc livrer enfin ses lourds secrets. Même les plus inavouables…

Dans un style alerte où le suspense tient en haleine jusqu’aux dernières lignes de l’intrigue, l’auteur des « Histoires à jeter l’ancre » qui n’ignore rien de la villégiature d’Eugénie, des pêcheurs de baleines basques ou des mystères du phare biarrot continue de dérouler une saga qui fleure merveilleusement notre sud-ouest ! Une fine analyse des caractères bien trempés de ses habitants s’agrémente de détails historiques témoignant de solides connaissances étayées par une documentation sans failles, jusqu’au carosse renversé de la reine Nathalie de Serbie et, plus tard, aux premiers essais de la télévision en couleurs ! Jean-Pierre Alaux s’inscrit ainsi dans le droit fil d’un Hubert Monteilhet.

A propos de son remarquable « Avis de tempête sur Cordouan », je constatais déjà que Jean-Pierre Alaux dépassait sans conteste un genre « policier » confiné parfois injustement à un rôle mineur en littérature. Et son dernier roman ne fait que confirmer ce style qui a remarquablement mûri en souplesse, qui offre des tanins soyeux et une rondeur en bouche de bon aloi, pour paraphraser les amateurs de bons crus (il est l’auteur de la tout aussi remarquable série « Le sang de la vigne » - 25 volumes chez Fayard - adaptée à la télévision avec Pierre Arditi dans le rôle du fameux œnologue-enquêteur). Bref, un vrai « style » littéraire, où l’on reconnaîtra le tempérament de l’auteur et qui traduit une belle inspiration soutenue par un travail conséquent. Bien à l’opposé du formatage aussi vulgaire que convenu, enseigné dans quelques officines d’outre-Atlantique et parfois diffusé chez nous, où la pauvreté du vocabulaire rejoint la précarité d’une bien-pensance polit’correcte, telle une ceinture de chasteté destinée à châtrer des intelligences trop libres et indépendantes.

Non conformiste, Jean-Pierre Alaux ? Puisque je vous dis qu’il adore fumer un gros cigare après avoir dégusté une bonne bouteille, comme ses héros, et tant pis pour les pisse-vinaigre… De l’étoffe pour un prix littéraire qu’il recevra lors du prochain palmarès du Prix des Trois Couronnes samedi 4 mai prochain (à 18h) au château d’Arcangues !

« Meurtres au Pays Basque - Quand le diable dansait à Ilbarritz » de Jean-Pierre Alaux, éditions Geste Noir, 13,90 €.

 

 

 

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