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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Nostradamus et le Pays Basque

Nostradamus © DR

En ce début d’années, il était d’usage en de nombreuses contrées de se livrer à des prédictions, le Pays Basque n’étant pas de reste avec la tradition des « Zotalegunak » (notre « Lettre » du 28 décembre).

Beaucoup de témoignages du temps passé ont déjà été relevés dans les vieux livres où ils dormaient, réimprimés et passés au crible de la critique. Et si ces textes ne nous apportent pas toujours autant de lumières que nous le souhaiterions sur le Pays Basque, son histoire et ses origines, du moins nous démontrent-ils combien les Basques et leur pays excitaient jadis déjà l'intérêt, même dans des régions éloignées et dans les milieux les plus divers.

Ainsi, dans les actes du VIIème Congrès d’Etudes Basques qui s’était tenu en 1948 - il y a donc 70 ans - au Casino municipal de Biarritz, on trouve une intéressante étude de Philippe Veyrin consacrée à des prédictions de Nostradamus qui concernent le Pays Basque !

Il s’agit de deux quatrains, lesquels en dépit de leurs obscurités voulues, font clairement allusion à notre région. Ils sont tout bonnement tirés des « Centuries », œuvre de Maistre Michel Nostradamus, le plus illustre devin du XVIe siècle, qui vivait à Salon de Provence, entre 1503 et 1566. Du moins lui sont-ils attribués : l'on verra plus loin la portée de cette restriction.

Ces huit vers assez bizarres figurent d’ailleurs dans la plupart des éditions contemporaines car la vogue du fameux magicien - à qui Catherine de Médicis, lors de son grand voyage en 1565 à travers la France, alla présenter le jeune roi Charles IX - persiste en effet, plus vivace que jamais.

Voici comment sont libellés les quatrains 85 et 86 de la Huitième Centurie :

85 Entre Bayonne et Saint Jean de Lux, Sera posé de Mars la promottoire: Aux Hanix d'Aquilon Nanat hostera lux Puis soffoqué au lict sans adjoutoire.

86 Par Arnani Tholoser Villefranque Bande infinie par le Mont Adrian, Passe rivière Hutin par pont la planque Bayonne entrer tous Bichoro criant.

Comme on le voit, le premier quatrain ne nous livre que deux vers d'apparence intelligible à tout le moins pour l'entendement du profane dépourvu d'une intuition supraterrestre. Sans trop m'avancer, je crois comprendre que des événements belliqueux doivent se dérouler de Bayonne à Saint Jean de Luz. « Poser de Mars la promottoire », cela doit signifier « promouvoir la guerre ». Les deux vers suivants paraissent faire allusion à quelque meurtre sensationnel.

Quant au deuxième quatrain, il indique clairement des noms de lieux au Pays Basque. Voici comment Philippe Veyrin les traduisait : « Par Hernani, Tolosa, Villafranca de Orio, bande infinie », c'est-à-dire d'innombrables envahisseurs, venus de Castille puisqu'ils débouchent par le fameux passage souterrain du Mont San Adrian, traversent la Bidassoa à Irun par un pont de planches, entrent enfin à Bayonne où tous les habitants poussent leur traditionnel cri d'alarme et de ralliement : Biaforo !

Hutin peut être considéré comme une coquille pour Hurin, Hurin étant une métathèse du nom d'Irun dont il existe des exemples anciens. De même, on peut voir dans Bichoro une banale erreur typographique pour Biaforo ; clameur - soit dit en passant - qui n'était pas l'apanage des seuls Bayonnais puisque, par exemple, c'est à l'appel presque semblable « de Via fora » que les Catalans se soulevèrent en l'an 1461 contre Jean II d'Aragon et en faveur du Prince de Viane.

En résumé, si notre texte était authentique, il en ressortirait que, du fond de sa lointaine résidence provençale, le mystérieux Nostradamus aurait eu quelque connaissance de la géographie du Pays Basque et des usages bayonnais. Hélas, il nous faut déchanter, et voici pourquoi : seules les six premières Centuries, publiées du vivant de l'astrologue, sont sûrement son œuvre. Peut-être aussi la septième Centurie, imprimée dans l'édition de 1558, chez Pierre Rigaud, à Lyon.

Nos deux quatrains, eux, appartiennent à la Huitième Centurie et les éditions les plus anciennes où elles figurent sont celles de 1556 et de 1568 dont les rajouts sont des plus suspects. D'après des bibliographes compétents, elles ne seraient que des publications apocryphes, perfidement antidatées et n’auraient été éditées qu'entre 1610 et 1615, même 1649.

Sous l'Ancien Régime, ces contrefaçons auraient été parfois l'œuvre d'organismes, administratifs, sortes de services de propagande occulte, chargés d'influencer et d'orienter l'esprit public. Si cette thèse est vraie, l'on peut penser que durant la guerre interminable soutenue par Richelieu contre les Habsbourg d'Espagne, nos deux quatrains auraient pu être fabriqués pour maintenir en éveil l'opinion française sur les risques probables d'une tentative d'invasion espagnole dans le Sud-Ouest, tentative qui se réalisa effectivement vers 1636.

Car, Saint-Jean-de-Luz et Ciboure ne furent jamais à l'abri des assauts de l’Océan ni de ceux livrés par les armées espagnoles, depuis l’assujettissement du Guipuzcoa voisin au royaume de Castille. Par exemple, à l'incendie de 1558, ne subsista que la Maison Esquerraenea.

En 1636, les espagnols détruisirent presque totalement Ciboure, rasant ou brûlant 430 maisons sur 600, s'emparant de dizaines de navires avec leur chargement, la population étant obligée de se réfugier à Bayonne.

 

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