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Mort de M. Vincent Lambert : l’évêque de Bayonne réagit

ifestants pour laisser en vie Vincent Lambert © DR

Voici le communiqué diffusé par Mgr Aillet, évêque de Bayonne : « C’est avec tristesse et amertume que j’apprends le décès de Monsieur Vincent Lambert, ce 11 juillet, à 8h24 du matin.
Vincent Lambert vivait depuis plus de dix ans dans un état dit « pauci relationnel » (conscience minimale) et bien que le CHU de Reims se soit toujours opposé à son transfert dans une unité de soins spécialisée, il n’était ni dans le coma, ni en fin de vie : c’est l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation auxquels il avait droit, comme tout être humain, qui ont entraîné sa lente agonie et provoqué sa mort.
L’heure est à présent à la prière et au recueillement.
J’invite par conséquent les prêtres du diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron à célébrer, aujourd’hui même ou demain, une messe à l’intention de Vincent Lambert, comme je recommande aux fidèles de prier pour lui, ses parents et ses proches.
Puissions-nous ne jamais oublier que la valeur d’une civilisation se mesure au respect qu’elle porte aux plus faibles de ses membres et qu’« une société est humaine si elle protège la vie, chaque vie, de son début jusqu’à sa fin naturelle, sans choisir qui est digne ou non de vivre. Que les médecins servent la vie, qu’ils ne la suppriment pas » (Pape François le 10 juillet 2019).
† Marc Aillet le 11 juillet 2019 ».

Par ailleurs, nous avons cru intéressant de reproduire ci-dessous la tribune de l’écrivain Michel Houellebecq publiée dans « Le Monde » avant le décès de Vincent Lambert, annoncé par sa famille ce jeudi :

« Ainsi, l’Etat français a réussi à faire ce à quoi s’acharnait, depuis des années, la plus grande partie de sa famille : tuer Vincent Lambert. J’avoue que lorsque la ministre « des solidarités et de la santé » (j’aime bien, en l’occurrence, les solidarités) s’est pourvue en cassation, j’en suis resté sidéré. J’étais persuadé que le gouvernement, dans cette affaire, resterait neutre. Après tout, Emmanuel Macron avait déclaré, peu de temps auparavant, qu’il ne souhaitait surtout pas s’en mêler ; je pensais, bêtement, que ses ministres seraient sur la même ligne.
J’aurais dû me méfier d’Agnès Buzyn. Je m’en méfiais un peu, à vrai dire, depuis que je l’avais entendu déclarer que la conclusion à tirer de ces tristes événements, c’est qu’il ne fallait pas oublier de rédiger ses directives anticipées (elle en parlait vraiment comme on rappelle un devoir à faire à ses enfants ; elle n’a même pas précisé dans quel sens devaient aller les directives, tant ça lui paraissait aller de soi).
Vincent Lambert n’avait rédigé aucune directive. Circonstance aggravante, il était infirmier. Il aurait dû savoir, mieux que tout autre, que l’hôpital public avait autre chose à foutre que de maintenir en vie des handicapés (aimablement requalifiés de « légumes »). L’hôpital public est surchargé, s’il commence à y avoir trop de Vincent Lambert ça va coûter un pognon de dingue (on se demande pourquoi d’ailleurs : une sonde pour l’eau, une autre pour les aliments, ça ne paraît pas mettre en œuvre une technologie considérable, ça peut même se faire à domicile, c’est ce qui se pratique le plus souvent, et c’est ce que demandaient, à cor et à cri, ses parents).
Vincent Lambert vivait dans un état mental particulier
Mais non, en l’occurrence, le CHU de Reims n’a pas relâché sa proie, ce qui peut surprendre. Vincent Lambert n’était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n’était en proie à aucune souffrance du tout. Il n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu’on ne connaît à peu près rien.
Il n’était pas en état de communiquer avec son entourage, ou très peu (ce qui n’a rien de franchement original ; cela se produit, pour chacun d’entre nous, à peu près toutes les nuits). Cet état (chose plus rare) semblait irréversible. J’écris « semblait » parce que j’ai rencontré pas mal de médecins, pour moi ou pour d’autres personnes (dont plusieurs agonisants) ; jamais, à aucun moment, un médecin ne m’a affirmé qu’il était certain, à 100 % certain, de ce qui allait se produire. Cela arrive peut-être ; il arrive peut-être aussi que tous les médecins consultés, sans exception, formulent un pronostic identique ; mais je n’ai jamais rencontré le cas.
Dans ces conditions, fallait-il tuer Vincent Lambert ? Et pourquoi lui, plutôt que les quelques milliers de personnes qui à l’heure actuelle, en France, partagent son état ? Il m’est difficile de me défaire de l’impression gênante que Vincent Lambert est mort d’une médiatisation excessive, d’être malgré lui devenu un symbole ; qu’il s’agissait, pour la ministre de la santé « et des solidarités », de faire un exemple. D’« ouvrir une brèche », de « faire évoluer les mentalités ». C’est fait. Une brèche a été ouverte, en tout cas. Pour les mentalités, j’ai des doutes. Personne n’a envie de mourir, personne n’a envie de souffrir : tel est, me semble-t-il, l’« état des mentalités », depuis quelques millénaires tout du moins ».

Rédaction

Commentaires

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  1. Pierre Bouchet
    le 13/07/19 à 07h11

    Voilà de très belles et sages interventions, de Mgr Aillet, du Pape François, et de Michel Houellebeck. Je souscris à tout. Mais notre civilisation occidentale judéo-chrétienne est en train de passer sans qu'on voie comment la redresser. Le respect envers les plus faibles était devenu une de ses marques fondamentales, il n'en reste que l'écume, avec le soin pour les enfants nés bien portants, et pour les migrants... mais très sélectivement, car pas envers les enfants malformés dans le sein de leur mère, ni envers les migrants économiques... De qui peut-on tenir le droit d'être ainsi sélectif ??? Nourrir et hydrater ne sont pas des soins médicaux, mais simplement une assistance à personne en danger.


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