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la lettre du Pays-Basque

Tradition

Mgr Théas, le courage et la ténacité !

Mgr Aillet lors de la cérémonie à Barzun en mémoire de Mgr Théas © DR

Les grands serviteurs de la paix sont bien souvent des sujets de tous les jours dont certains ont marqué leur époque et la mémoire du temps.
Le 7 octobre dernier, à l’occasion des 40 ans de la disparition de Mgr Théas, la commune de Barzun en Béarn a salué le fils du village lors d’une cérémonie d’hommage civique et de prière sous les auspices du maire et de Mgr Aillet, évêque de Bayonne, Lescar Oloron qui retraça la vie de celui qui fut évêque de Montauban, Tarbes et Lourdes, en rappelant ses décorations militaires (officier de la Légion d'honneur, Médaille militaire Croix de guerre « 14-18 », Médaille de la Résistance, de résistant déporté, juste parmi les nations), et signalant qu'un lycée de Montauban porte son nom... Conférence, pose d’une plaque sur la maison familiale portant le nom de Mgr Théas, messe en l’église du village et réception de la famille en présence des évêques de Montauban et de Tarbes Lourdes ont agrémenté ce rendez-vous mémoriel pour la région et le diocèse.
Pierre Marie Théas, prêtre puis évêque natif de Barzun en Béarn, est un prêtre du diocèse de Bayonne. Né en 1894 et décédé en 1977 à Pau, le Béarnais du sérail fut un homme de caractère et de conviction.
Les circonstances de la vie - sans doute malgré lui - le rendront homme de paix et d’exemplarité.
Ordonné prêtre en 1920 par Mgr Gieure en la cathédrale de Bayonne, il avait fait la guerre de 1914 ; décoré il fut reconnu bon patriote par ses pairs.
Les circonstances qui suivirent son élection comme évêque de Montauban en 1940 seront inédites pour ce pasteur, professeur de séminaire, diplômé de Droit canon et happé, comme ses contemporains, par le déroulé de la guerre dans ce département rural aux portes de Toulouse.
Il sera ordonné évêque en la cathédrale de Bayonne par Mgr Vansteenberghe...
Le Tarn-et-Garonne, situé sur les voies de passage et de la résistance contre l’occupant, feront de cet évêque un être courageux : dès 1940, lors d’une conférence tenue à l’Académie de Montauban, il expose la pensée du philosophe juif Bergson. Et il ne tardera pas à prendre la défense des juifs pourchassés, mis en prison, déportés dans ce département et à Toulouse.
Ses déclarations publiques lues en chaire - à plusieurs reprises - contre les mesures antisémites en cours font de lui une cible idéale de poursuites et d’arrestation par la gestapo qui le transfère à Compiègne où il subira brimades et vexations. Il recevra la Médaille des Justes parmi les Nations en 1969.
Evêque de Lourdes, il devient le bâtisseur « malheureux » de la basilique souterraine - portant sa signature pour les uns, une entreprise incomprise par les autres – elle sera réalisée au prix de souffrances humiliantes pour ce patriote peu versé dans les chiffres mais visionnaire pour son diocèse.
De Gaulle lui avait confié en 1945 une mission de confiance : obtenir de Rome la reconnaissance du Gouvernement provisoire français dès la Libération, ce qui fut fait. Mgr Théas servit de protection à beaucoup de ses confrères dont on ne flattait plus le courage pendant la guerre et qui reconnurent la témérité de cet évêque béarnais de souche, droit dans ses marques et serviteur détaché de l’Eglise en tous temps, en tous lieux et pour tous les mondes ! Dès 1944, il comprenait la nécessaire réconciliation entre l’Allemagne et la France. Il fonda le mouvement catholique pour la paix dès la fin de la guerre, Pax Christi... Un mouvement international qui poursuit encore aujourd’hui dans cet univers de conflits en cours le service de cet idéal de dialogue et de justice pour la société et dans l’Eglise.
Témoin de la paix d’hier d’aujourd’hui et de demain, face aux sujets de discorde qui ne manquent pas : la paix sociale, la paix dans la famille humaine, la paix entre les religions monothéistes et orientales, sont des engagements de la vie chrétienne qui traversent les époques des conflits les plus sanguinaires des humanités.
Chez nous, le dialogue urgent avec les réseaux de la culture basque, avec des familles et des philosophies écologiques, les écoles de sagesse par des échanges en débats avec les religions donnant un aperçu des réalités du moment à tous ceux qui veulent servir le bien commun, partager et emprunter ces chemins de rencontres inédits ou par trop souvent étrangers à des appartenances personnelles isolées... Mgr Théas avait compris les différences entre les mondes au temps de la guerre, lors de ses séjours comme prisonnier politique pour fait d’incivilité et de résistance à l’Occupation. Il en avait reconnu le bénéfice pour favoriser de la sorte le dialogue avec la différence : il fit de Lourdes le carrefour des différences par-delà les cultes, les empathies et les sympathies légitimes de toute vie.
Un Témoin de la paix en acte pour hier et aujourd’hui.
Ne nous privons pas d’avoir connu et reconnu chez les nôtres ces aventuriers de la Foi : Théas, Vansteenberghe, Roger Etchegaray et bien d’autres, qui furent hommes de conviction, comme tant de ceux qui gravitent aujourd’hui dans les Associations Humanitaires et Hospitalières, Ordre de Malte, Médecins sans frontières, Pompiers sans frontières, Médecins du monde, la Croix Rouge, les Œuvres de bienfaisance catholique, qui s’engagent sans discontinuer pour le bien des hommes et servir  la paix aujourd’hui
 
Abbé François-Xavier Esponde
Correspondant de Pax Christi Bayonne

 

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