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la lettre du Pays-Basque

Tradition

Mars au cœur de la tradition latine

Le dieu Mars par Rubens © DR

1- Mars en ce troisième mois du calendrier.

Il paraît impossible de renoncer à cette origine latine de notre culture civile et religieuse inscrite en chacun d’entre nous.

Mars, mois de la guerre en l’honneur du dieu Mars, père de Romulus et Remus, légendaires fondateurs de Rome au VIIIe siècle, reste la référence originelle de notre histoire.

Cité dans la triade pré-capitoline avec Jupiter et Quirinus, les trois divinités se toiseront dans la mythologie et l’histoire de la Cité romaine.

Le dieu Arès des Grecs avait engendré cette myriade de divinités romaines au sommet de la hiérarchie des puissances invisibles de l’Agora et de la croyance de la latinité.

Si les dieux sont sacrés dans la vie romaine et ne souffrent d’aucun manquement sous peine de mort, les Grecs vilipendaient librement leurs dieux dans leur littérature, contrairement aux Romains qui ne supportaient aucune « incartade » dans ce domaine.

Mars est le Dieu de la guerre qui ouvre donc la saison militaire en ce mois des guerres prochaines de l’Empire et qui s’achèvera en octobre par d’autres sacrifices destinés à la divinité en guise de reconnaissance de ses bienfaits.

Mars débute au printemps - aux beaux jours -, les jeunes gens sont alors honorés - car la jeunesse mène les combats - et font l’objet d’un culte entretenu à leur endroit en ce mois de mars.

Alors qu’en janvier, on avait renouvelé la désignation des magistrats de la ville, en mars on prépare les opérations militaires d’envergure. Les recrutements et les formations des soldats invoquent le dieu Mars pour la fertilité des sols et les hommes engagés pour la guerre. On prête à ce dieu une origine indo-européenne pour les mêmes fonctions militaires en le comparant au dieu Maris chez les Etrusques. La fonction militaire demeure ainsi le dénominateur commun de toutes ces civilisations anciennes dans la protection et la défense des empires sans cesse menacés par des adversaires prompts à engager des guerres.

Parce que les chrétiens héritèrent de cette tradition originelle, les prénoms Marc et Martin semblent dérivés du nom de Mars issu de l’ancienne culture latine. Au dieu Mars, on prête une fertilité majeure, engendrant encore plusieurs divinités, avec Junon et Vénus sous le nom de « la crainte et la terreur » dont chacun devine les attributs guerriers bien portés par ces hommes rudes dans les combats.

Le dieu Arès ayant assumé cette fonction mythologique dans la civilisation grecque plus ancienne, il donna à Mars la mission de la poursuivre en d’autres lieux et selon les mêmes usages. En évoquant Mars, le poète Ovide l’affuble d’un casque, de la lance, de l’épée et du bouclier, comme autant de signes de son engagement sur le terrain militaire avec l’égide sur la poitrine et la tête de Méduse. Il est nu ou habillé, peu importe en ce cas, sur un char ou à pied, toujours en état de guerrier comparé parfois au loup en vigilance.

Primitivement les romains adoraient Mars hors l’enceinte de la cité alors que l’Empereur Auguste érigera le temple de Mars et le forum dans la ville même de Rome. Les prêtres attachés à son service avaient mission de protéger les boucliers de la guerre des victoires, d’organiser une fois l’an la procession de ces trophées dans les rues de la ville, et de convier aux agapes les populations dont les femmes étaient absentes selon les usages de ce temps.

2 – Mars vénéré en octobre.

En octobre, fin de la campagne des soldats de retour à Rome, on organisait encore des festivités avec courses de chars attelés de deux chevaux dont un, parmi ceux qui avaient remporté la course en l’honneur du dieu Mars était sacrifié d’un trait de javelot.

Ces pratiques  nous sembleraient aujourd’hui totalement barbares mais en ces temps-là, elles donnaient lieu à grandes réjouissances dans la cité. La queue sanguinolente du cheval était immédiatement portée au Temple de la divinité pour y répandre son précieux sang. On brûlait encore avec ces dépouilles offertes au dieu les enfants mort-nés de la ville que l’on disait nombreux, parmi lesquels les filles non acceptées à la naissance par le pater familias, qui connaissaient le sort funeste de la mort.

La tête du cheval décolletée était entourée d’une couronne de pains qui devenait l’objet d’une dispute notable des adorateurs du jour, cherchant par tous les moyens à disposer de quelques morceaux comme gages de protection du temps à venir.

Le sacrifice du cheval d’octobre au dieu Mars aura survécu encore quelque temps à l’avènement du christianisme dont les fidèles réprouvaient cependant de telles pratiques jugées barbares. Si des animaux domestiques tels le taureau, le verrat, le bélier, rarement un autre cheval étaient sacrifiés à Mars, en retour le coq, le vautour, le loup et le pic-vert lui étaient consacrés, et l’on ne portait la main sur ces familiers de la divinité qui les incarnaient dans la cité.

Les femmes patriciennes participaient elles aussi à ces festivités en consacrant le coq de leur choix comme une offrande agréable à Mars. Elles seules pouvant le faire selon des observances reconnues pour elles en ce mois d’octobre.

La Fontaine de Mars, le Temple de Mars, le Champ de Mars, étaient les lieux mémoriels des latins et selon la tradition, avec le mardi, second jour de la semaine, nous avons adopté ce dieu dans notre calendrier. Et ce n’est jamais sans raison que ce mois continue de rappeler des manifestations perpétuées au long de cette saison printanière qui commence.

François-Xavier Esponde

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