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la lettre du Pays-Basque

Tradition

Les Jeux de paume historiques

Jeu de Paume parisien au XVIème siècle © DR

Le troisième fils de la Reine d’Angleterre et du Duc d'Edimbourg, Son Altesse Royale le Prince Edouard, comte de Wessex, se rendra au Pays Basque du 20 au 22 mai, à l’occasion d’une tournée mondiale destinée à promouvoir et faire mieux connaître le jeu de paume (voyez notre rubrique « Actualité »).

Si le jeu de paume fut sans doute en France, au XVe et au  XVIe siècle, le jeu le plus populaire qui ait jamais existé en aucun temps et aucun pays, c’est bien au Pays Basque qu’il a survécu, avec de légères modifications, sous forme de trinquet. Ceux de Saint-André à Bayonne et celui de Hapette à La Bastide Clairence, restauré dernièrement, datent encore du XVIe siècle.

« Dans l’Orléanais, des ecclésiastiques s’adonnaient à la paume dans les cloîtres, au XIe et XIIe siècles », expliquait dans sa conférence donnée en 1929 au Musée Basque Albert de Luze, joueur émérite et historien du jeu de paume, avant la partie de démonstration opposant au Trinquet Saint-André M. E. Baerlein, champion amateur anglais, et Pierre Etchebaster, champion du monde professionnel.

Une « redevance du prétoire » existait même dans certaines églises où le vicaire général était tenu au jour de Pâques après complies de fournir des éteufs (balles) à l’évêque et aux chanoines avec des cabarets (palettes) à les frapper : « Le 15 avril 1525, à l’issue du sermon, l’évêque accompagné du bailli de la Fauconnerie, d’un clerc notaire juré et de plusieurs autres notables, s’était transporté derrière l’église cathédrale au lieu du prétoire de l’Officialité afin et en la manière accoutumée et par récréation, de frapper avec une raquette un ou plusieurs éteufs neufs que les chanoines étaient tenus de lui fournir ».

C’est au début du XVIe siècle que le battoir recouvert en parchemin (qui a succédé au gant de cuir) avait été remplacé par la raquette. Albert de Luze précisait encore qu’un seul exemplaire de battoir, à sa connaissance, avait été conservé « comme une relique, M. Duhau, au vieux Trinquet de Bayonne ». Après avoir été le jeu des évêques et des prêtres, le jeu de paume devint celui des rois et des nobles : presque tous les rois de France l’ont pratiqué assidûment, Louis Ier de Navarre (futur Louis X le Hutin) qui avait développé La Bastide Clairence en 1312 y laissera sa vie à cause d’un refroidissement mortel !

Au XVIIe siècle, certains vaisseaux étaient même pourvus d’un jeu de paume, telle la « Belle Française » construite en 1635.

Henri de Navarre joua très jeune à la paume au château de Pau comme en témoigne une lettre de Jeanne d’Albret ordonnant la reconstruction du jeu de paume de Pau « afin que notre très cher fils puisse prendre et recevoir quelque plaisir comme étant le dit jeu le plus honnête exercice à quoi on puisse passer le temps et le moins scandaleux ».

L’actuel trinquet Saint-André à Bayonne est une ancienne salle de jeu de paume attestée dés 1610 comme appartenant à Maubec, Sieur de Peillicq (qui donnera son nom à une rue au quartier Saint-Esprit). Louis XIV y serait venu disputer une partie à l’occasion de son mariage avec l’Infante d’Espagne, ainsi que ses petits-fils, quand le Duc d’Anjou s’arrêta à Bayonne sur le chemin de Madrid. A la fin du XIXe siècle, l’aire de jeu sera légèrement modifiée pour permettre la pratique de la pelote basque.

Bayonne a d’ailleurs possédé un autre Jeu de paume peut-être plus ancien encore. Vers le milieu du XVIe siècle, disent les archives de la ville, « on pose un pavage dans une grande partie de la rue du Verger, (plus tard rue des Tanneries) près du Couvent des Carmes et devant le jeu de paume de Niert, où les écoliers jouaient la comédie et cela pour un billet d’entrée au théâtre. » Et Ducéré ajoute : « pendant la plus grande partie du XVIIe siècle la place d’Armes est un lieu de rendez-vous de promeneurs et d’amateurs du jeu de paume ».

Quant au trinquet Hapette acquis par la municipalité de La Bastide Clairence en 2008, il a pour particularité d’avoir été très peu transformé et les poutres de sa charpente semblent dater de 1512. Il est probable que l’aménagement intérieur (les « tambours ») est d’origine.

Les salles de jeu de paume avaient trois tambours ; à La Bastide, deux de ces tambours existent encore ; le troisième était sur le mur du fond, du côté du jardin mais il avait été démoli afin de pouvoir jouer au « blaid ».

 

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