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la lettre du Pays-Basque

Histoire

Les jésuites indiens

Messe des jésuites, basilique du Bom Jesus à Goa, haut lieu de pèlerinage en Inde © DR

Que ne saurait-on dire pour gratifier la mémoire de Francisco de Xabier de la postérité numérique de ses fils en Inde depuis cet Etat de Goa qui garde le souvenir de son passage ?

Les jésuites indiens ont su créer pas moins de trente huit universités, cinq grandes écoles de commerce et d’administration indienne, cent cinquante-cinq lycées dans le pays et dix des meilleures universités dans le classement national. Les professeurs y sont payés par le gouvernement et, parmi leurs anciens élèves, on trouve un ancien président de l’Inde, des grands chefs d’entreprise de dimension internationale et de très nombreux cadres des administrations et de l’Etat. Ces étudiants sont issus pour 90 % de la religion hindoue ou musulmane, les chrétiens étant minoritaires.

Les Jésuites veillent à enseigner des valeurs humanistes communes aux populations multiples d’un « pays-continent » reconnu pour sa diversité. L’ordre jésuite ayant choisi « l’option préférentielle d’aide aux plus pauvres », comprenez que dans un pays où les classes sociales séparent rigoureusement les plus riches de la multitude des plus pauvres, on trouve dans ces établissements scolaires et universitaires de nombreux « dalits » ou « intouchables » et des « tribals » ou des populations indigènes dans la langue du pays.

Le défi social demeure un enjeu national pour les jésuites qui, selon le propos de leur fondateur Iñigo de Loiola « le roi éternel » inscrivent leur apostolat social dans la priorité des priorités d’un ordre engagé pour soulager de leurs misères les moins nantis.

Or, le régime des castes demeure encore bien présent : 40 millions d’enfants travaillent dans des conditions inhumaines et la condition féminine est encore sous développée. La santé, l’éducation des filles et le manque d’eau potable constituent encore des sujets de préoccupation sociale et de survie pour la population.

De plus, ces dernières années, les fondamentalistes hindous « font entendre leur voix » et soumettent aux violences et aux armes les minorités du pays parmi lesquelles on trouve des chrétiens et des musulmans.

Les jésuites fondèrent dès 1951 l’« Indian Social Institute » à Delhi et Bangalore, développé depuis 1994 sous le vocable de « La société Loiola » fédérant les initiatives sociales portées par la congrégation où se reconnaissent les médecins, les chercheurs et universitaires, les enseignements de diverses disciplines, des hospitaliers, des éducateurs et des acteurs de terrain engagés auprès des plus démunis.

Le pays-continent que représente l’Inde et sa population d’un milliard 290 millions d’habitants est un défi majeur pour les religieux autochtones directement concernés par le destin de leur pays.

La congrégation compterait 23 provinces, près de 5000 religieux, et l’active dernière province créée au Népal s’est ajoutée aux précédentes. Indiens de naissance et d’origine, les jésuites sont impliqués dans l’étude et l’enseignement du sanscrit, des védas et des upanishads dans cette approche d’étude de la pensée hindoue du pays, ses maîtres et leurs doctrines.

Dans les temps plus anciens, les jésuites essayèrent d’« indianiser » la religion des chrétiens apportée par les missionnaires venus d’Occident, et la nouvelle génération jésuite œuvre pour fonder une théologie indienne spécifique, originale et autochtone par la connaissance des langues vernaculaires, les écritures et la culture nationale diffusée par des maisons d’éditions, des revues en langue nationale, par les réseaux sociaux et les canaux de l’information moderne.

Le yoga et la liturgie indienne venant s’ adjoindre aux rites venus de notre tradition romaine, chacun se souvient de la querelle des rites d’antan de « la propaganda fidéi »qui divisa les chrétiens et les missionnaires en Chine, et en Inde d’avec les autorités de l’Église, à propos du bien-fondé de ces aggiornamento, admis depuis lors, mais qui continuent toujours les tenants des traditions plus anciennes.

Depuis 1542 et le souvenir de Francisco de Xavier, les chrétiens de l’Inde gardent le souvenir du premier martyr jésuite Antoine Criminalis qui fut assassiné en 1549 et demeure sujet de vénération des jésuites et des chrétiens du pays.

L’ordre jésuite connut des difficultés et des persécutions dans l’histoire passée : en 1759, les religieux furent expulsés de l’Inde vers le Portugal pour laisserla place aux MEP de Paris venus de la France, mais l’Ordre fut restauré à nouveau en Inde en 1814 lors de la venue de nouvelles recrues provenant de Lyon et de Toulouse. Maduré fut le point de départ et de propagation jésuite en Inde, et dès 1952, les religieux autochtones acquirent leur autonomie  en administrant eux-mêmes leurs effectifs nationaux et ne dépendant plus que de leurs supérieurs. Parmi ces religieux français, on cite le père Ceyrac, qui fut le dernier jésuite français en Inde. 475 français servirent en Inde, jésuites missionnaires attachés à cette église asiatique depuis le XIXème siècle. Soulignons qu’actuellement, un jésuite sur cinq est indien dans la congrégation, avant les salésiens et les franciscains présents dans le pays mais moins nombreux.

 

 

 

 

 

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